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Accumulation #1, le nouveau solo de Jesus Sevari en présentation
à Mains d'Oeuvres. Je l'ai vu, je l'ai photographié, écouté, c'est du bon !


Théâtrorama interviewe Images de danse !
Sondage : la critique de danse contemporaine en France


Mardi 23 juin 2009

Beatriz Setien Yeregui, Beatriz chante (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ma première rencontre avec le Regard du Cygne, 210, rue de Belleville. Il paraît que le lieu est un ancien relais de poste de la fin du XVIIe siècle, quoique Hillairet n'en fasse pas mention. 3 numéros plus loin, au 213, subsiste un des regards de l'aqueduc de Belleville, le regard de la Lanterne, dont les éléments les plus anciens remontent au XVe siècle. Les regards se croisent. Passé la façade anonyme du 210, surprise, on plonge dans Paris-village, version arrière-cour et lampions. On chemine par une longue courette pavée comme entre les jambes d'une femme. Au bout, une petite salle minuscule, cosy comme un utérus. Pierre nue et rugueuse, poutres antiques, parquet de bois, juste quelques rangs de sièges encaissés, il faut se serrer les coudes. Cette sorte de fanum peut s'ouvrir sur la cour par deux battants, y laissant entrer toute sa lumière.

Pépinière de talents comme Micadanses, le Point Ephémère et Mains d'Oeuvres, le Regard du Cygne programme de singuliers événements nommés Spectacles sauvages et Cabaret des Signes. Pour son Cabaret, Kataline Patkaï a convoqué des ami(e)s et leur a laissé carte blanche. Reste que la proposition frappe par sa cohérence. Corps de femmes, visions de femmes, féminisme à l'évidence, mais un féminisme ouvert, serein, sans agressivité, où l'on se sent bien, cocooné. A l'instar du lieu, à l'image de Kataline Patkaï, dont le visage toujours gracieux oscille entre la Joconde et les anges de la cathédrale de Reims. En soi c'est déjà une réussite, à l'heure où le mot même de femme prête à polémique (voyez l'énervement oiseux que suscite l'exposition elles@centrepompidou).
Le sous-titre de ce Cabaret, Jesus et les douze apôtres, donne lui aussi dans ce féminisme souriant : car Jesus s'avère être une femme, la lumineuse Jesus Sevari, et ses apôtres aussi. Parcours sur l'identité féminine, donc, mais aussi sur l'identité de l'expatrié. Kataline est d'origine hongroise. Beatriz Setien Yeregui d'origine espagnole. Jesus chilienne. Viviana Moin argentine.  Et celles qui paraissent plus immédiatement françaises se glissent dans des corps étrangers, étranges, animaux.


Viviana Moin, Billy (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Des femmes qui disent "je" pour se raconter, se partager en somme. Sur le ton de la confidence plutôt que de la proclamation (tant pis pour le cliché sexiste). Isabelle Esposito est la plus inquiétante (La sombre sautillante - une version de la femme étrangement rare sur les plateaux de danse), Viviana Moin la plus sexuelle (Billy - à tous les fabricants de sextoys qui me lisent : Viviana Moin a d'excellentes idées à soumettre à votre profession), Beatriz Setien Yeregui la plus érudite (Beatriz chante - elle joue avec la pensée de Joseph Kosuth et chante des galanteries médiévales ; rappelons à ce sujet que "faire l'amour", avant le XIXe siècle, ne veut pas dire ce que l'on imagine, mais compter fleurette et rien de plus), Julie Trouverie la plus préhistorique, sinon la plus animale (Mysterious Skin - ah ! qu'avec elle La Guerre du feu eût été jolie !)


Julie Trouverie, Mysterious Skin (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Venu faire des photos le jour précédent la première, je n'ai pas pu entendre les Vraoums, ni voir Gemma Higgin Botham et Ugo Dehaes (haha ! un homme), ni partager la tant attendue "performance culinaire". Celle-ci piquant d'autant plus ma curiosité que son principe - manger sur des corps vivants pour assiette - a déjà une longue tradition derrière lui, dont j'ignore l'essentiel. A quand remonte ce jeu surréaliste, sommet d'érotisme cannibale ?


Kataline Patkaï, Sisters
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Kataline a repris un extrait de Sisters. Créée aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2008, cette pièce chemine. Cette fois c'est Kataline qui, Duras en main, jouait le rôle de démiurge et de coryphée. Dans l'atmosphère intime du Regard du Cygne, sous les éclairages changeants et très doux de la lumière naturelle, la pièce autrefois perdue sur le grand plateau du nouveau théâtre de Montreuil changeait de visage. On mesurait mieux les détails, les motifs, les obsessions de Kataline Patkaï. Particulièrement le lien - le cheveu, à la manière de Pelléas et Mélisande, que l'on retrouve dans Krack, nouveau projet de Kataline dont on goûte un aperçu. Lien sensuel (de désir) et violent (de domination et d'arrachement), écheveau ferment de ronde, ou plus exactement de spirale, d'enroulement. Des figures triangulaires aussi, s'étirant en fronton grec (du Parthénon), et d'agrégat monstrueux, polymorphe, prodigue en contractions et en éclatements, dont rarement une tête émerge. Fil, enveloppe, triangle, monstre, autant de signatures de la féminité.


Kataline Patkaï, Sisters (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Muettes à quelques incantations près (pas très convaincantes, soit dit au passage), ces femmes pourraient être soeurs de couvent, avec leurs capuchons de moine. Mais de leur chenille sort une volée grouillante de papillons en maillot de bain. Conglomérat qui s'autodésire, s'autosatisfait et me rappelle, malgré des postulats très éloignés, une pièce toute récente d'Isabelle Choinière. Ou qui rencontre, sur un mode moins ouvertement sensuel, le motif du Bain turc cher à Ingres. Symboles et idées se bousculent encore : mue, métamorphose, double, un et multiple, manifestation du genre dans l'unique, leur conflictuelle confrontation. Quoique tournée vers elle-même, cette entité complexe n'hésite pas à dévisager le regard du public, comme une démonstration de force, une sorte de défi tranquille.

Cabaret des signes #5 : Jesus et les douze apôtres, suite de performances dirigée par Kataline Patkaï, a été donné au Regard du Cygne à Paris du 15 au 17 mai 2009.

Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Lundi 15 juin 2009

Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour terminer la saison de Mains d'Oeuvres, un joli duo de Marie-Jo Faggianelli. De la beauté assumée sans académisme, du japonisme à l'orée du XXIe siècle : deux raisons, a priori, d'aller voir ces Récits dispersés.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ce titre pouvait annoncer du butô et sa tonalité sombre ; mais il faut prendre "dispersé" en bonne part : dispersés comme ces fleurs jetées peu à peu sur le plateau, haïkus répandus comme des bulles de vent. Wen-hsuan Chen revêt une longue robe noire pinabauschienne, Marie-Jo Faggianelli une robe bleue vaporeuse. Les corsages à demi-défaits, dont elles relèvent continument la bretelle, les gestes attentifs que l'une et l'autre se portent suggèrent une histoire sensuelle dont on ne saura rien de plus.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Plutôt que japonaise, l'esthétique de la pièce nous plonge dans l'Occident du début du XXe siècle. Les couleurs délicates rappellent les verres diaphanes d'Henry Cros. Les gestes libres et élégants, la danse légère d'Isadora Duncan, avec des détours par Martha Graham. A un seau d'eau près, nous étions chez Pina Bausch. Et puis certaines poses gracieuses de Wen-hsuan Chen rappellent les danseuses de terre cuite des vieilles dynasties chinoises.
L'absence de musique évite de tomber dans la joliesse. Reste qu'un je ne sais quoi m'a manqué pour adhérer tout à fait à ces Récits trop évidemment beaux.

Guy Degeorges est moins réservé que moi.

Récits dispersés, de Marie-Jo Faggianelli, a été donné à Mains d'Oeuvres les 12 et 13 juin 2009.

Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Dimanche 31 mai 2009
C'était ma première rencontre avec Meg Stuart. Je ressens toujours une inquiétude à découvrir un nouvel artiste : saura-t-il me parler, parviendrai-je à l'entendre ? Ce soir, la rencontre s'est faite.

Do Animals Cry
est d'abord une grande fresque du vide contemporain. Elle commence dans la pénombre, en soirée pyjama. Cinq adultes, gentils, pas vraiment méchants, même un peu cons-cons, qu'on a envie d'aimer, destinés à mourir dans pas longtemps. Des occidentaux hébétés de base (individuellement inoffensifs, collectivement responsables d'Abu Ghraib ou de Guantanamo). En un mot nous. Suit un petit-déj, puis une succession de tableaux de la vie ordinaire.
Ces individus paraîtraient normaux si Meg Stuart ne s'attachait à l'autre face de leur réalité, ces minutes d'ineffable mélancolie où l'individu lambda se sent submergé par les siècles. Alors l'éternité, tapie dans les interstices du banal, le saisit ; l'excès de civilisation le laisse démuni, plus que jamais enfant, transi d'interrogations irrésolues, insolublement seul dans sa course aux chimères ; traversé par le désir et cette folie latente, d'entre les secondes, invisible à l'oeil nu de la comédie humaine, qui fait de nous des êtres dignes, capables d'amour et de compassion.

C'est quand survient la figure du Christ que l'on comprend que la nouvelle pièce de Meg Stuart est véritablement un mystère chrétien. En tee-shirt et jean, il dévale une échelle les bras en T ; le voilà donc revenu. A ce jeune homme gracile aux cheveux longs, nos amis tentent de se raccrocher avec une fébrilité panique, désespérée, comme au cocotier de la dernière chance, comme s'ils ressentaient une menace imminente. A suivre Meg Stuart, ils ont raison : dans le naufrage de nos vies, le Christ est là, accompagnateur silencieux, imperturbablement serein, infatigable, éternel. Il faut donc cesser d'avoir peur et de désespérer.
En fond de scène un boyau de petit bois comme un fourreau géant de traîne-bûches, une échelle dessus comme sur un sous-marin. Un passage ? Un accélérateur de particules ? Une métaphore du recommencement, de la circulation perpétuelle entre les mondes ? A la fin de la pièce, la scène se vide, les accessoires sont entassés en hâte à ses deux extrémités, bouchant le tunnel. Ce pourrait être la fin des temps, l'heure du jugement dernier.

Le christianisme serait-il donc la nouvelle obsession belge ? Il y a peu, Alain Platel a rendu hommage à la Vierge (Vsprs), et plus récemment à la compassion chrétienne (Pitié). Dans sa récente Orgie de la tolérance, Jan Fabre met en scène un Christ dépassé par les événements, ayant perdu la partie ; un souverain démonétisé, pantin de notre cynisme. Chez Meg Stuart au contraire, peut-être parce qu'elle est d'abord américaine, le Christ reste intact, intouchable, transcendental.
Crise mystique dans un climat mondial difficile ? Pas sûr. Chez tous, le même constat d'épuisement de l'humanité, les mêmes critiques de nos faiblesses et de nos fuites, les mêmes interrogations (l'homme et l'animalité - "I am an animal", slogan chez Fabre ; "Do Animals Cry", question chez Stuart) ; mais leur Christ s'impose d'abord comme un modèle laïc de moralité, de vertus humaines. Quoi qu'il en soit, c'est chez Meg Stuart qu'il a le plus beau rôle et le plus manifeste. Vers la fin de sa pièce, elle lui accorde un long et bouleversant solo. Son Christ est une entité étrange, androgyne, troublante, comme dépourvue de conscience, instinctivement bienveillante, indiciblement sensuelle ; à la fois partout et à côté, nulle part, parallèle, double... L'Eglise catholique gagnerait à s'emparer de cette pièce.

Formellement, on pourrait parler de théâtre mimé, Theatertanz plutôt que Tanztheater, car la narration y occupe une place prépondérante. Aucune importance. Soutenu par la musique planante de Hahn Rowe, un tantinet facile mais efficace, Do Animals Cry retrouve l'émotion que Platel avait produite dans Vsprs et perdue dans Pitié. Les six interprètes sont tous admirables, l'agencement millimétré, subtil, à mille lieues de la farce pauvrette et bâclée de Jan Fabre. Pas une bitte à l'air en deux heures de spectacle, quelle audace révolutionnaire !

Une fois de plus, les commentateurs m'étonnent par leur à peu près et leur manque d'esprit critique. Pourquoi prendre les dossiers de presse pour argent comptant ? On me vend une "saga familiale", de la radicalité, de l'audace. Pour la saga familiale, c'est absurde. Une famille ne se compose pas de six personnes du même âge ; il fallait comprendre famille humaine, et peut-être même enfants de Dieu. Et si radicalité il y a, c'est de mettre en scène la figure christique et de lui donner autant de place. Mais, curieusement, aucun des commentateurs que j'ai lus ne l'a seulement aperçue ! Il faut dire que la pièce n'a encore été jouée qu'en France ; gageons que les commentateurs étrangers sauront percevoir ces symboles religieux que le Français moyen, à l'évidence, ne comprend plus.

Do Animals Cry, de Meg Stuart, a été donné au Théâtre de la ville du 26 au 30 mai 2009.
Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Lundi 4 mai 2009
Du 27 au 29 mai prochains, Marie Chouinard (re)danse, en solo, pour un public trié sur le volet (250 $ puis 125 la place... pour le prix, le thé vert est offert). C'est pour la bonne cause, le financement de sa compagnie.
Pour l'occasion, Marie Chouinard a créé un site qui vaut le coup d'oeil. Elle s'y connaît en teasing !
Publié dans : Brèves - Par Jérôme Delatour
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Lundi 20 avril 2009

Ali Fekih,
Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Les Flamants roses, c'est bien trouvé. Car tout n'est pas rose dans la vie d'Ali, mais Ali veut en parler. Non pas tant pour lui que pour les autres, pour tous les autres, nous, malades ou non, car son expérience est riche et singulière. Et qu'il flambe un peu, Ali.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Nouveau solo, plus autobiographique encore que Des Equilibres. Plateau blanc cette fois, peut-être parce que tout n'est pas encore tout à fait ficelé, mais après tout le blanc convient bien après le noir : cette fois, on vous dit tout, ou presque. Un grand fracas d'enfance brisée. Des craies de couleur fracturées, des craies qui n'écrivent pas. Toute la couleur à terre. Des fils de mémoire entre France et Maghreb.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Corps et prothèse : double carcasse, double peine. Solitude. Hamlet sur un cercueil à roulettes.
L'insoutenable légèreté des sacs plastique. Sa vie à lui tiendrait peut-être dans un sac, un sac voyageur qui ne saurait pas voler.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Tout est couleur sauf Ali, sauf quand il retourne sa veste ou qu'il se dévoile en costard collant.
Ali manie brillamment l'arte povera des bouts de ficelle.
Il pousse ses béquilles à bout ou les brandit. Béquillibriste. Elles le tiennent à distance de la terre, et des autres éventuellement, comme une menace.
Ali dit quelques mots poétiques. Il marmonne plutôt, ils sont presque inaudibles. Ce n'est pas son truc, ou pas encore.

Il paraît qu'Ali cherche un diffuseur !

Les Flamants roses, d'Ali Fekih, a été présenté à Micadanses les 6 et 7 avril 2009.

Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Jeudi 16 avril 2009
La photographie est l'art scandaleux par excellence. La photographie est l'art du cru : elle donne l'illusion de fixer le réel sans passer par le polissoir de la culture. Elle semble avoir passé, dès sa naissance, un pacte diabolique avec le corps immédiat, si différent du corps idéal, iconique des arts anciens ; le corps mort, le corps déchiqueté, nu, glorieux. Exemples : Bismarck, chancelier du Reich, photographié sur son lit de mort en 1898. Photo "volée" par ses deux auteurs, alors achetée à prix d'or par la Deutscher Verlag, puis interdite par la famille et censurée jusqu'en 1952. Leonor Fini photographiée par Cartier Bresson en virée en Italie (1933) : summum de la photo érotique, extrêmement rare chez Cartier Bresson (mais ici la controverse n'est que sur la vente de tirages contre la volonté du maître). Un exemple plus récent : The Hand, 11 septembre 2001. Ce jour-là, Todd Maisel photographie une main arrachée sur le site des Twin Towers. Le New York Daily News la publie et s'attire les foudres d'une grande partie de l'opinion américaine.

Bien sûr, les choses ne sont pas aussi simples. La photographie n'est pas que lumière fixée sur papier, elle a très tôt remporté des victoires décisives contre cette fausse évidence. Le 10 avril 1862, la chambre des appels de Paris reconnut que les "dessins photographiques" pouvaient "être le produit de la pensée, de l'esprit, du goût et de l'intelligence de l'opérateur". Une décision semblable fut prononcée aux Etats-Unis en 1882.
Quand bien même le photographe serait sincère, son oeuvre peut être ruinée par une simple légende, et plus généralement par le contexte dans lequel elle est publiée. La supposée véracité de la photographie, encore ancrée dans notre imaginaire collectif, invite à tous les tripatouillages : photomontages, maquillages pour supprimer ici la cigarette de Sartre, le képi français devant un camp de concentration, un apparatchik en disgrace, pour ajouter là fées ou ectoplasmes.

Ainsi sont posées les thématiques de l'exposition, inextricablement tissées des origines à nos jours : controverses autour du corps obscène, controverses autour de la photographie, oeuvre d'art ou simple reproduction, véridique ou mensongère.

Les esprits chagrins se plaindront que la BnF, après des décennies d'expos de manuscrits enluminés, donne trop dans le X et la controverse. Il n'empêche, cette exposition-ci n'est pas inutile, car elle fournit à l'apprenti photographe un panorama assez exhaustif des risques qu'il encourt à prendre, et surtout à montrer, des photographies. Et il en ressortira plutôt rasséréné : les procès sont légion, mais les photographes s'en sortent de mieux en mieux, car le prestige de la photographie en tant qu'art n'a cessé de progresser depuis ses débuts. Le cas le plus malheureux est celui de Kevin Carter (1960-1994) : ayant publié la photo d'un vautour attendant la mort d'un enfant famélique au Soudan, il reçut bien vite le prix Pulitzer ; mais, ne supportant pas d'être lui-même traité de vautour, il se suicida. La photographie de reportage pose souvent de tels cas de conscience : peut-on, comme Dorothea Lange ou Sebastiao Delgado, faire de belles images avec la misère humaine ? Prendre une photo quand il n'y rien d'autre à faire ?
Dans les années 1860, Auguste Belloc écopa d'une amende et de quelques mois de prison pour avoir fait commerce de ses photos de cons grand ouverts (qui auraient inspiré Courbet - ah bon ? pourquoi pas). Aujourd'hui, la photo érotique ne pose marginalement problème que placardée en 4 par 3 dans les centres ville, et le photographe est rarement inquiété.

Le droit sur l'image reste au fond le plus flou et le plus controversé. Vous photographiez un individu dans la rue : qui est l'auteur de la photographie ? Le photographe ? Quid de son modèle ? Et ce dernier peut-il se plaindre d'avoir été photographié ? Rarement, mon général, tant que sa dignité n'est pas mise en cause : ainsi Luc Delahaye, ayant photographié des passagers du métro pour sa série L'Autre en 1999, eut un procès avec un de ses modèles involontaires. Celui-ci le perdit, car il allait du projet même du photographe que ses vues fussent "volées". Quand Spencer Tunick photographie ses foules nues, les journalistes ont-ils le droit d'en publier des photos sans rien demander à personne, et notamment à ses modèles d'un jour ? Parfaitement, a-t-il été répondu à la suite d'une performance en Suisse. Et que se passe-t-il si l'on photographie une icône de la société de consommation ? Tom Forsythe s'y risque en 1997 en photographiant la poupée Barbie dans des poses peu valorisantes ; Mattel attaque. Vertement débouttée par deux fois, la société doit verser 2 millions de dollars au photographe. - Qui aura dû quand même, en attendant l'issue du procès, avancer les frais d'avocat...
Mais le verdict n'est pas toujours aussi favorable au photographe. En 1997, le performer Alberto Sorbelli intervient au Louvre pour une Tentative de rapport avec un chef-d'oeuvre (la Joconde). Kimiko Yoshida le photographie puis, à quelque temps de là, vend des tirages de ses clichés sans en avertir le modèle. Alberto Sorbelli l'apprend et lui fait un procès. Conclusion de la cour d'appel de Paris, 2004 : performer et photographe sont co-auteurs des photographies ; ils doivent les signer ensemble et partager les bénéfices de leur vente. Depuis, Sorbelli a changé de photographe.

Et si une tierce personne s'avise de réutiliser une photographie pour son propre compte ? En 1992, Jeff Koons fait fabriquer une de ses sculptures, String of Puppies, d'après une photographie d'Art Rogers. Il n'a pas contacté ce dernier mais au contraire, a pris soin d'arracher sa signature du tirage qu'il possède. Il signe là son forfait et sera condamné. En 2004, Mladen Antonov produit Combats à Tetovo. Les photographies ne sont pas de lui, il a puisé dans celles de l'AFP qu'il n'a fait parfois que recadrer. L'affaire fait grincer l'AFP qui, cependant, n'a pas entrepris de poursuites judiciaires.

Signalons que cette exposition n'est pas une production de la Bibliothèque nationale de France mais du musée de l'Elysée de Lausanne. On peut lui reprocher sans snobisme d'abuser des tirages numériques, dont le rendu ne fait guère vibrer. La BnF a eu la bonne idée de les contrebalancer d'une petite collection de tirages vintage. Parmi eux, le portrait du mime Deburau par Nadar (1854) impressionne particulièrement. Son grain est infime et pourtant palpable. Et la désinvolture de la mise en scène - l'artiste pose devant un simple drap négligemment tendu - n'empêche pas un éclairage subtil, lunaire à souhait.

Exposition Controverses, BnF (site Richelieu), du 3 mars au 24 mai 2009.

Publié dans : Expos - Par Jérôme Delatour
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Samedi 4 avril 2009
Malgré le titre et la date, le 1er avril, Laughing Hole est tout sauf une plaisanterie. Un trou c'est une blessure, une faiblesse. Un trou c'est le vide, la vacuité. Un trou c'est une menace, un trou d'air, une voie d'eau ; le pétrin où l'on se met, un gouffre où l'on pourrait tomber.


La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Créé en juin 2006, Laughing Hole fait étrangement écho au Ha ! Ha ! de Maguy Marin, dont la première eut lieu deux mois auparavant. Les deux pièces dénoncent le rire nerveux d'une société occidentale au bord de l'implosion, satisfaite et dégoûtée de sa puissance démesurée, qui se retourne contre les autres et contre elle-même. Dans le contexte actuel, alors que cette société semble sombrer dans l'oeil du cyclone, elles pourraient prendre un accent prophétique ; mais elles ne font que traduire un sentiment depuis longtemps partagé par tout un chacun, un constat d'échec et de gâchis généralisé de nos démocraties.

Le dispositif de Laughing Hole, dans la droite lignée de toutes les autres pièces de La Ribot, est très simple, mais efficace, et son effet subtil.
Trois femmes, riant sans pouvoir s'arrêter, parcourent une salle jonchée de centaines de cartons retournés, face contre terre, sur lesquels figurent des mots, des phrases. Elles les prennent un à un pour les afficher sur les murs, composant au hasard des nuages de pensées. Parfois, elles glissent et chutent sur les cartons épars, en riant d'autant plus. Même pas mal !

La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ces cartons ont le format des cris, des slogans, des protestations. Ils font hurler nos démons contemporains : violence, vacuité, impunité, égocentrisme et corollaires (peur, veulerie) ; Guantanamo, Gaza...
Les trois performeuses, dont La Ribot elle-même, sont des femmes de ménage de charme, en blouse de couleur, tongs et culotte décontractée, rouleau de scotch en guise de bracelet. Proprettes, d'une impudeur tranquille mais modérée. Leur corps, leur vêtement, leur activité, tout en elles symbolise notre société malade : attirante et désirable, mais désespérément cynique, insolente, écervelée, inconséquente, niaise, ignorante, béate, futile, indifférente, irresponsable, - épuisée. Si le rire ne conduit pas toujours aux larmes, il mène fatalement à l'épuisement. Leurs rires de mouettes finissent noyés dans le bruit de fond.

La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

La conjonction fortuite des mots et des poses, l'arrangement aléatoire des cartons sur les murs créent des associations cocasses, surréalistes.
L'action de prendre les cartons et de les afficher relève du dévoilement, de la révélation d'une vérité connue (la grecque alètheia). Au chaos du sol jonché, elle fait succéder l'ordre des murs couverts d'inscriptions. C'est un grand ménage moral, une catharsis. Qui n'est pas exempte d'ambiguïtés : dans cette opération, nos créances toxiques ne font que migrer du sol au mur, et tacher un espace jusque-là immaculé ; et la confession de nos péchés reste légère, au fond, puisque Dieu désormais, c'est nous.

Laughing Hole dure six heures au cours desquelles les trois performeuses, fatiguées de rire, doivent se relayer pour tenir le choc. Le public peut aller et venir à sa guise, mais il me paraît plus judicieux de rester jusqu'à la fin. Pour le spectateur, c'est un exercice de patience, d'ascèse, d'extase. Aveu : je ne suis resté que trois heures trente. Mais j'étais obligé de partir, j'aurais aimé rester jusque au bout.
J'ai vécu Ha ! Ha ! comme une agression qui manquait sa cible, comme une balle perdue. Je suis plus sensible à Laughing Hole, qui prend davantage la forme d'une cérémonie expiatoire, d'une séance de thérapie collective, de conjuration du sort par la fixation symbolique des maux-mots. C'est une pièce pour repentis. Chez La Ribot, je ne me sens pas agressé, mais plutôt rasséréné, pris par la main, invité à la méditation, à changer d'attitude.

Un bémol cependant. Nombreux sont les artistes qui, chacun à sa manière - bouffonne chez Fabre, protestataire chez Marin, intellectualisée chez La Ribot, dénoncent les travers destructeurs de notre société. Dénoncer, c'est bien, mais nos médias politiques et culturels se chargent déjà bien assez de nous étriller à longueur de journée ; proposer, c'est mieux. J'attends aussi cela d'un artiste engagé.

♥♥♥♥ Laughing Hole, de La Ribot, a été donné au centre Pompidou le 1er avril 2009.

Retrouvez ici Laughing Hole en images

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Vendredi 3 avril 2009
Voilà Jan Fabre victime à son tour du syndrome du Bazar du homard. N'y allons pas par quatre chemins : l'Orgie de la tolérance est un spectacle bâclé, dépourvu d'enjeux esthétiques et idéologiques ; du Jan Fabre en roue libre.

Les indulgents pourront dire que Fabre réinvestit la tradition de la commedia dell'arte : farce, pantomime, danse (un tout petit peu), jeu et caractères outrés, postures et allusions sexuelles à tire-larigot, tout y est. Les autres s'agacent d'autant de paresse, de l'auto-recyclage permanent (c'est reparti pour l'homme-chien, le rock à fond les manettes, l'apostrophe beuglée du public (après "we are animals", c'est maintenant "Fuck you" ; il y a du progrès)...), mais surtout de l'absence de sincérité, d'un véritable engagement moral.

A grands coups de gags éculés, Fabre vous tartine de conformisme, d'un prêchi-prêcha bien-pensant contre la société de consommation, la religion de l'argent qui nous pourrit tous. Vous apprendrez donc qu'aimer l'argent ce n'est pas bien et que ça rend malheureux, que la jouissance sexuelle ce n'est pas bien non plus, que la mode est futile, qu'abuser des drogues n'est pas joli, que le nazisme est vilain, qu'Abou Ghraib n'est pas une belle chose, que le racisme rend laid et qu'il n'est pas juste. Et que la religion du Christ c'était pas mal, au fond.
Est-ce donc tout ce que ce pitre a à nous dire ? En matière d'obscénité, il atteint par là des sommets. Et pourtant, comble de l'ironie, Fabre a rabattu beaucoup de son obscénité scénique. Peut-être envisage-t-il une tournée en Chine ? Ou bien aurait-il adhéré secrètement aux témoins de Jéhovah ? Il faut dire que la provoc fabrienne s'émousse plus vite qu'une motte de beurre. Le comédien qui s'empale le derrière sur le canon d'un fusil aurait scandalisé il y a dix ans, aujourd'hui il fait rire gras.

Le public du Théâtre de la Ville adore la médiocrité. Personne n'a claqué son siège ce soir. Une insulte pour Fabre qui ferait bien de prendre une année sabbatique.

(Naturellement, nos "critiques" officiels, Rosita Boisseau et Marie-Christine Vernay, ont adoré. Raphaël de Gubernatis est plus crédible.)

L'Orgie de la tolérance, de Jan Fabre, est donné au Théâtre de la Ville du 31 mars au 4 avril 2009.
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Lundi 30 mars 2009
La compagnie rocheloise de Toufik OI ne quitte pas assez sa province, et c'est dommage. Le festival Artdanthé vient de donner l'occasion aux Franciliens de découvrir l'intégralité de son dernier opus, L'Inéluctable métamorphose. Une ambitieuse trilogie autour des métamorphoses du corps qui l'a tenue en haleine pendant quatre ans. Hélas, le sort a voulu que je ne puisse en voir et photographier que la première partie, un solo créé en 2004.


Toufik OI, L'Inéluctable métamorphose (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Dans un mélange d'écriture et d'improvisation, Anne Journo y interprète une Athéna au casque infime ; ayant enfanté sans doute, consignant ses histoires à même son parchemin palpitant. Sa nudité si naturelle laisse lire ses accidents, ses partitions, d'anciennes métamorphoses. Plus médiévale, sorcière belle à ébranler le plus pieux chevalier, elle manipule un graal de verres précairement empilés. Elle ne transvase pas le sang du Christ mais un simple fluide, et des figurines minuscules signalent qu'il est question de naissance ; que le néant s'écoule vers la vie, ou plutôt que l'une coule vers l'autre, et inversement.


Toufik OI, L'Inéluctable métamorphose (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Lovée dans son carton elle s'enfante.
La boîte, leitmotiv de Toufik, prolonge cette méditation : comme le corps, comme le graal, la boîte éventuellement table est enveloppe, ventre, refuge, réceptacle, passage.  Boîte ou plus exactement carton de déménagement, carton de départ, de changements irréversibles, de déchirement.
Une vidéo sert de mise en abîme. Anne Journo s'y dédouble dans d'autres espaces, dehors et dedans. Une troupe nue processe dans les méandres d'un château, et revoilà la boîte et les verres empilés. C'est un peu les chevaliers de la Table ronde chez les nudistes, me dis-je.


Toufik OI, L'Inéluctable métamorphose
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


♥♥♥♥ L'Inéluctable métamorphose, de Toufik OI, a été donné au théâtre de Vanves le 26 janvier 2009 dans le cadre du festival Artdanthé.


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Lundi 23 mars 2009

Félix Philippoteaux, Erection de l'obélisque de Louxor place de la Concorde à Paris, 1836
(châteaux de Malmaison et de Bois-Préau)

En allant à l'exposition Our Body à corps ouvert, boulevard de la Madeleine, je rêvais d'architectures haubannées. Je voulais vérifier si la nudité, thème qui traverse la danse contemporaine, s'attachait bien à la peau. Un corps sans peau est-il nu comme un corps sans vêtement ? Autrement dit, la peau est-elle le vêtement du corps ? Et si oui, où s'arrête notre corps ? Toutes ces rêveries, hélas, n'ont trouvé aucun support dans cette exposition. Rarement j'aurai vu exhibition aussi platement illustrative : voilà le corps scié en tranches de deux centimètres, en long et en travers, méthodiquement exposé, membre par membre, organe par organe, fonction par fonction, sans autre prétexte qu'une soi-disant pédagogie scientifique.

Qui plus est, ces dépouilles plastinées paraissent avoit été traitées avec une inquiétante désinvolture. Souvent, les poses se ressentent encore de la raideur cadavérique ; les visages, ou faut-il dire les têtes, sont inexpressifs ; la peinture sur les muscles, les vaisseaux et les nerfs est grossièrement appliquée, à grand coups de pinceau rouges, bleus et roses, comme si ce travail avait été fait à la va-vite, industriellement, sans excessif égard à la dignité humaine. Un travail peu humaniste, à l'évidence.

C'est alors que, comme tout le monde, je me demande l'objet d'une telle exposition. L'alibi scientifique ne tient pas ; l'imagerie médicale a depuis longtemps dépassé le stade des écorchés. L'alibi artistique pas davantage. Dans l'écorché aux muscles désinsérés (détachés en pétales), il y avait les prémices d'un homme-fleur ; dans les réseaux vasculaires peints et dépouillés de leurs organes, de forêts d'éponges ou de corail. Mais tout cela n'advient pas. Les mises en scène sont dérisoires, insignifiantes. Pour présenter le cerveau et ses nerfs périphériques, un écorché jouant aux échecs. Pour illustrer la locomotion et le travail des muscles, un cadavre tirant à l'arc (étrange arc, d'ailleurs), un cadavre à vélo, un cadavre jouant au foot. Préparations identiques, corps interchangeables. Je passe sur ce corps taillé en dominos, et je tombe sur une peau tannée, tranchée à la serpe. Quelle vérité scientifique est-elle donc censée illustrer ? Elle m'évoque plutôt un supplice ou quelque sinistre expérimentation nazie.

Ce qui met mal à l'aise dans cette exposition, ce ne sont pas tant les corps plastinés que la médiocrité du propos et le secret qui entoure son organisation. L'intention des organisateurs est obscure. L'appât du gain est une motivation qui n'est pas à négliger. A 15 euros l'entrée, le jackpot est assuré. On sait que les corps viennent de Chine, mais les organisateurs de l'exposition sont bien discrets à leur sujet. Le mot de Chine autorise tous les fantasmes. Le soupçon que les corps utilisés soient ceux de prisonniers chinois plane désagréablement, sans véritable fondement. Notons au passage qu'on ne compte qu'une seule femme sur une vingtaine de corps entiers exposés.
La FAQ du site officiel fournit un semblant de réponse : "Qui produit l’exposition OUR BODY / A corps ouvert ? - L’exposition scientifique et pédagogique OUR BODY/ A corps ouvert a été conçue et développée par la fondation médicale chinoise « Anatomical Sciences & Technologies de Hong Kong". L'origine chinoise du projet n'est pas douteuse. Cette absence complète d'esprit, de finesse, d'invention, cette glace scientifique sont la signature évidente d'une culture totalitaire. Le problème est que rien, sur Internet, ne prouve que cette prétendue fondation de Hong Kong existe réellement. Toutes les réponses fournies par Google à son sujet renvoient à l'exposition de corps plastinés, sans donner le moindre début d'information sur elle.
Une enquête publiée par ABC News le 21 mai 2008  montre au contraire que les trafics de corps chinois existent bel et bien, et qu'ils servent ce genre d'expositions. Et il en faut, des corps, pour alimenter la demande mondiale. Gunther von Hagens, inventeur de la plastination en 1977, s'en est servi autrefois. Depuis quelques années, les expositions de corps plastinés, encouragées par le succès de Hagens, se multiplient comme des petits pains. L'exposition parisienne, qui a déjà tourné à Marseille et à Lyon, s'appelle à l'étranger "Our Body : The Universe Within". Mais il y a aussi Bodies the Exhibition, Bodies Revealed, etc. Et les organisateurs savent s'adapter aux coutumes locales : en France, les cadavres font du vélo et jouent au foot ; à New York, ils jouent au tennis et au rugby. La provenance exacte des corps, toujours chinoise, fluctue d'une exposition à l'autre : tantôt les corps n'ont pas été réclamés, tantôt ils ont été donnés par les familles...

Ceux qui souhaiteraient voir des écorchés dignes de ce nom se tourneront plutôt vers les admirables réalisations de Fragonard conservées à Maisons-Alfort. Les écorchés d'Honoré Fragonard, réalisés entre 1766 et 1771, conjuguent avec bonheur références culturelles (l'art et la Bible), macabre et drôlerie. Ici, l'écorché transcende le cadavre pour devenir une pure sculpture, commencer une nouvelle vie. Tandis que quelques voiles de tissus composent une cape au Cavalier de l'Apocalypse, le nez et la lèvre pincée de l'Homme à la mandibule frémissent de rage, et son pénis se gonfle de colère. Trois foetus dansent. Souverain, le Cavalier de l'Apocalypse règne sur un petit peuple de monstres, une remarquable collection de tératologie qui invite à réfléchir aux ratés de l'industrie naturelle, et apprécier le miracle inouï de la vie.
Publié dans : Expos - Par Jérôme Delatour
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Festivals & cies

Quelques festivals...


Hiver


Artdanthé (Vanves, entre novembre et mars)
Faits d'Hiver (Île-de-France, janvier)
Premiers gestes (Paris, janvier)
Tanztage Berlin (janvier)
C'est de la danse contemporaine (Toulouse, janvier-février)
Escena contemporanea (Madrid, janvier-février)
Vivat la danse ! (Armentières, février)
Tanzplattform (février, Allemagne)
Les Hivernales d'Avignon (Avignon, février-mars)
Tanz Bremen (Brème, mars)
Les Repérages (Lille, mars)
Les Antipodes (Brest, mars) VID
Visu (Dieppe, mars) VID
Biennale nationale de danse du Val-de-Marne
(mars-avril)


Printemps


Biennale de danse de Charleroi (mars-mai)
Freedance
(Dniepropetrovsk, Ukraine, avril)
Brasil Move Berlim (Berlin, avril) VID
Springdance (Utrecht, avril)
100 dessus dessous (La Villette, avril, juin)
Un desierto para la danza (Mexico, avril-mai)
Vidéodanse (centre Pompidou, Paris, avril-mai)
Concordanse (Bagnolet, avril, juin)
Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
(Île-de-France, mai-juin) VID
Festival TransAmériques (Montréal, mai-juin) VID
Tanec Praha
(Prague, juin)
June Events (Paris, juin)
Dance Week Festival (Zagreb, juin)
Uzès Danse
(Uzès, juin)
Latitudes contemporaines (Lille, juin)
Alkantara festival (juin)
Des auteurs, des cirques (La Villette, juin)
Zawirowania (Varsovie, juin)


Eté


Festival de Marseille (juin-juillet) VID
Montpellier danse (Montpellier, juin-juillet)
Parcours de danse (Chamarande, juillet)
Festival d'Avignon (Avignon, juillet)
L'Eté des Hivernales (Avignon, juillet)
ImPulsTanz (Vienne, juillet-août) VID
Paris quartier d'été (Paris, juillet-août)
Internationale Tanzmesse nrw (Düsseldorf, août)
Tanz im August (Berlin, août-septembre)


Automne


Biennale de la danse (Lyon, septembre)
Festival Internacional de Solos de Dança Contemporânea (Malaposta, septembre)
Dansem (Marseille, septembre-octobre) VID
Sidance (Séoul, septembre-octobre) VID
iDans (Istanbul, septembre-octobre)
Il gatto danza (Ascona, septembre-novembre)
Festival d'Automne (Paris, septembre-décembre)
Les Eclats chorégraphiques (Poitou-Charentes, octobre)
Nottdance (Nottingham, octobre)
100 dessus dessous (La Villette, octobre)
Tanzhautnah (Cologne, octobre)
123Tanz (Hall, Autriche, octobre)
Tanztendenzen (Greifswald, octobre)
Bøf (Budapest, octobre)
Panorama de dança (Rio de Janeiro, octobre-novembre)
Dance (Munich, octobre-novembre)
Fest mit Pina (Allemagne, novembre) NOUVEAU
Euro Scene Leipzig (novembre) VID
Les Inaccoutumés (Paris, novembre-décembre)
Lignes de corps (Valenciennes, novembre-décembre)
Monaco Dance Forum (Monaco, décembre)
100 dessus dessous (La Villette, décembre)
Decemberdance (Bruges, décembre)


Dates variables


DatanzDa (Zürich)
La Espiral Danza
(festivals espagnols)
Les Grandes traversées (Bordeaux)
Ikonoclaste (Wuppertal)
Junge hunde (Kanonhallen, Danemark)



... & compagnies


cie l'Abrupt (Alban Richard) VID
Absolutamente (Jesus Sevari)
AIME (Julie Nioche)
Aitana Cordero VID
Alias (Guilherme Botelho)
Ann Liv Young DVD
Anna Halprin
cie Ariadone (Carlotta Ikeda) VID
Arthur Kuggeleyn + Co.
As Palavras (Claudio Bernardo) VID
Association Edna (Boris Charmatz)
cie Caterina Sagna VID
cie Cave canem (Philippes Combes) VID
cie Christine Le Berre
cie C.Loy (Cécile Loyer) VID
Corps indice (Isabelle Choinière) VID
cie Dans.Kias (Saskia Hölbling) DVD
cie DCA (Philippe Decouflé) VID
Deja donne
(Lenka Flory et Simone Sandroni) VID
Digital Video Dance Art (Iker Gómez) VID
Dorky Park (Constanza Macras) VID
Editta Braun Company VID
Erna Omarsdottir VID
cie Felix Ruckert
cie Fin novembre (Julie Nioche-Rachid Ouramdane)
Les Gens d'Uterpan (Annie Vigier/Franck Apertet)
cie Gilles Jobin DVD VID
cie Greffe (Cindy van Acker)
Groupe Noces (Florence Bernad) VID
Hors Commerce (Hélène Cathala) VID
cie Isabelle Schad
Jeremy Wade
cie Jocelyne Danchik VID
cie Jours tranquilles (Fabrice Gorgerat)
cie Kataline Patkaï
Katharina Vogel VID
Kekäläinen & Company
cie Krisztina de Châtel DVD
Kwaad bloed vzw
(Charlotte vanden Eynde & Ugo Dehaes)
L1 danceLab (collectif hongrois)
La BaZooKa VID
La Ribot DVD
La Ventura et cie (Anna Ventura) VID
La Zampa (Magali Milian-Romuald Luydlin) VID -> photos
cie L'Explose (Tino Fernández)
Liquid Loft (Chris Haring) VID
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cie Marie Chouinard
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Márta Ladjánszki VID
Mette Ingvartsen VID
MHKArt (Meryt-Halda Khan) VID
Michèle Noiret VID
Mossoux-Bonté DVD VID
Niko Raes VID
Olga Pona VID
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Perrine Valli
Pé Vermeersch VID
cie Philippe Saire
cie Post-Retroguardia (Paco Dècina)
Quasi Stellar (Apostolia Papadamaki)
Re.al (João Fiadeiro) VID
Real dance Super Sentai (Ines Birkhan & Bertram Dhellemmes)
cie Rosalind Crisp
VID
Rosas (A. T. de Keersmaeker) DVD
RoseAnne Spradlin Dance
Sinequanon VID
Sol Picó
Superamas VID
cie Thor (Thierry Smits) VID
cie Toufik OI VID
Troubleyn
(Jan Fabre)
Ultima vez (Wim Vandekeybus) DVD VID
Virginie Brunelle
XLproduction (Maria Clara Villa-Lobos) VID
Yasmeen Godder VID
Yves-Noël Genod

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