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L'exposition rétrospective de Tristan Jeanne-Valès,

Danse l'étreinte

(1980-2007), visible en ligne (en tout petit !), a tourné en France (à l'IMEC) et à l'étranger depuis l'automne 2008. Elle est disponible pour de nouveaux accrochages.
N'hésitez pas à contacter le photographe
(infos  et contacts ici)
 
***

Lundi 9 novembre 2009

Christian Ubl, Black Soul (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Le 14 octobre dernier, premiers pas à l'Etoile du Nord pour une soirée du festival Avis de turbulences, dirigé par Jean-François Munnier.

D'abord Black Soul, premier volet d'un dyptique en noir et blanc de Christian Ubl. Est-ce le temps de se réveiller, de s'échauffer, je n'ai pas bien compris cette pièce. En travaillant mes photographies, j'ai soupçonné comme un fond cinématographique, comme des citations, du cinéma classique des années 40-50. Le noir et blanc, bien sûr, la mise en scène (le micro, la fumée, le souffle dans les cheveux, la panoplie d'ange accrochée à un cintre acrobate), les costumes de résille noire comme de la pellicule 35 mm.

Christian Ubl, Black Soul (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Tout se passe dans une installation faite de mobiles portant des mannequins transparents couverts de résilles. Alors, la fille est en blanc et le monsieur (Christian Ubl) est en noir, toujours. Ce doit être lui l'âme noire, OK ; des fois il porte la fille. Mais parfois la fille aussi est en résille noire comme le monsieur, bon, et ils se traînent par terre. C'est assez beau, si. Je ne devais pas être réveillé.



Réveil avec Matthieu Hocquemiller et un extrait de sa nouvelle création, Bonnes nouvelles.

Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Je ne sais pas comment Matthieu Hocquemiller est en vrai, mais les pièces de ce fan de Benasayag (on se souvient de son J'arrive plus à mourir) fleurent bon l'utopie socialiste sauce Amérique latine. De la critique sociale, oui, mais de l'optimisme, du volontarisme. Bonnes nouvelles (donc) adopte la ligne claire : une succession de tableaux bien délimités, didactiques (ce serait presque un ballet de la Chine populaire). Vive la lisibilité ! C'est si rare dans la création contemporaine.

D'abord, Hocquemiller vous démollit le phallocratisme en deux coups de cuiller à pot. Puis trouble notre conception de la différenciation sexuelle, souligne ce qu'elle a de caricatural et d'outré. Il y a du féminin dans le masculin et du masculin dans le féminin : n'est-ce pas beau ainsi, pourquoi jouer les bravaches ? Soudain, une Pietà déboule, le Christ pantelant dans les bras de la Madonne ; sauf que la Madonne n'est plus la mamma révérée des machistes, mais une jeune fille libre et ordinaire. On ne voit plus un fils et sa mère, un homme et une femme, juste l'interdépendance et l'entraide, les ferments de toute communauté.


Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Un jean a beau être raide neuf, il n'aide pas à tenir debout. Et le tissu ne cache pas la peur. Que tombent les voiles, des poses hiératiques ramènent à l'homme universel. Dernier tableau : découverts, vit, fente, seins, formes se répondent, se juxtaposent et se complètent, composent une poétique de la transparence et de la complétude où le miroir n'est pas mur mais porte, ouverture.


Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Une leçon d'humanisme populaire, éminemment politique, éminemment nécessaire à l'heure où la culture du grand-frère, les replis identitaires font des ravages.

En complément de cette chronique, voir la vidéo (!i) du même Hocquemiller, puis votez pour elle sur le site du festival Idill. Et voyez la critique de l'incontournable Guy.



Philippe Ménard, Ridi, Pagliaccio ! (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ridi, Pagliaccio !,
de Philippe Ménard, met en scène un petit soldat de la société médiatique, de la chair à télévision. Version moderne et condensée de la célèbre pièce de Ruggero Leoncavallo, Pagliacci (1892), c'est un précis de décomposition. On ne sera jamais des empereurs ni des saints, mais l'individu peut espérer, et espère malgré tout devenir dieu vivant l'espace d'un moment, généralement le temps que la star filante met à quitter le ciel. Et pour y parvenir, est prêt à tout sacrifier. La vie médiatique devient la vie tout court. Ce danger ne guette plus que les artistes. Avec Internet, l'homo consomaticus est devenu mediaticus, chacun est en proie à cette folie.

Ridi... m'a d'abord agacé ; un peu long, un peu vide. Et puis je me suis souvenu que l'interprète, la pétulante Stefania Brannetti, est italienne, et du sort qu'on réserve aux femmes dans la télévision berlusconienne, ce monstre abject et fascisant. Un élégant coup de poing, à méditer.


Philippe Ménard, Ridi, Pagliaccio !
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Black Soul, de Christian Ubl, Bonnes nouvelles, de Matthieu Hocquemiller, et Ridi, Pagliaccio !, de Philippe Ménard, ont été donnés à l'Etoile du Nord dans le cadre du festival Avis de turbulences #5 du 15 au 17 octobre 2009.

Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Dimanche 8 novembre 2009

Je ne croyais pas si bien dire quand j'annonçais, il y a un mois, qu'on ne comptait plus les festivals de vidéodanse en ligne. Ils se multiplient comme des petits pains.

Après Umove, Choreographic Captures, le festival de vidéodanse de Napolidanza et SideBySide.net, voici Idill.
"idill fait l’objet d’un appel à candidature international, lancé par les trois lieux scéniques initiateurs du projets – Charleroi/Danses, La Gaîté et le Sadler’s Wells ainsi que par Arte via le site www.arte.tv." Un projet très classique avec cinq prix à la clef, dont le prix du public, pour lequel les internautes sont invités à désigner leur vidéo favorite parmi 24 propositions présélectionnées par le jury du festival.

Qu'y a-t-il à gagner ? Une projection dans le cadre de la biennale de danse de Charleroi le 26 novembre prochain et "une diffusion via internet afin de lui assurer [au lauréat] les retombées internationales voulues". Bref, ne rêvons pas, c'est comme d'hab : une promesse de notoriété et de la poudre de perlinpinpin. Et maintenant qu'existent de multiples sites de partage de vidéo gratuits et de forte audience, on ne voit pas bien ce que quelques sites institutionnels peuvent apporter de plus en termes de visibilité médiatique. On imagine assez, en revanche, l'huile qu'une dotation en euros lourds et trébuchants pourrait apporter dans les rouages des caméras vidéo. Et je m'autorise à penser qu'Arte, "partenaire" de l'affaire, pourrait être un peu plus "partenaire" en diffusant les lauréats à la télévision, et non seulement sur son site Internet, ce qui ne l'engage pas beaucoup.

Malgré tout, la sélection pour le prix du public me semble de bon aloi. J'y trouve quelques noms connus comme Maria Clara Villa-Lobos avec un amusant Sacre de la chair (auquel fait étrangement écho la proposition d'Antonin de Bemels, Mouthface), Boris Charmatz avec Magma, un extrait de l'emblématique Herses, Matthieu Hocquemiller avec un joli (!i), qui n'est pas sans rappeler sa dernière pièce Bonnes nouvelles, dont je parlerai bientôt. Et sans doute d'autres à découvrir, car la liste des vidéos n'annonce aucun nom d'artistes, que des titres de pièces. J'aime bien, au hasard, le léger Flying Practice de Rosane Chamecki, Phil Harder et Andrea Lerner, qui semble démontrer qu'avec un peu d'effort il n'est pas si difficile de s'envoler.

A vos claviers, votez !
Publié dans : Liens vidéo - Par Jérôme Delatour
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Jeudi 22 octobre 2009

Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Aude Lachaise a un sacré culot. Pour son premier solo de chorégraphe, elle ne danse pas, ou si peu. Mademoiselle donne dans la conférence dansée, le one-woman show, le cours de philosophie. Pleine d'une tranquille inconscience, elle affronte les écueils tranchants de la gestuelle et de l'éloquence, et n'en sort pas totalement déchirée.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Elle fait mentir outrageusement ceux qui pensent que les danseurs ne savent que danser et les bimbos que sourire. Elle sait parler et écrire, et avec un brio certain (avis aux éditeurs !). Aude est belle mais ne se tait pas. Enfin elle parle cul sans se mettre à poil. En danse contemporaine, une vraie provocation. Et se dévoile d'autant moins que, sous l'apparente confession, elle se cache. Cette midinette qui fantasme sur Brando, voudrait succomber au marlou Marlon ce n'est pas elle, au mieux qu'un grossier doublage. Et à qui s'adresse-t-elle dans cet incessant va-et-vient du tu au vous, est-ce à nous public, à un homme, à son homme, à une copine ? Tous à la fois, sans doute.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Directe et stylée, sans doute belle amoureuse, et au dedans bouillante et survoltée, cette petite bonne femme en jupe et au texte bien troussé pratique l'humour de race. A coup sûr, Aude Lachaise a encore beaucoup à dire et à montrer.

L'avis de Guy Degeorges

Marlon, d'Aude Lachaise, en répétition au Point Ephémère le 18 septembre 2009, donné depuis dans le cadre des Plateaux les 25 et 26 septembre.


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Mardi 6 octobre 2009
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour son premier solo, encore tout juste ébauché, Maxence Rey a choisi un beau titre énigmatique ; à l'instar de sa coiffe étrange, évasée comme la couronne de la sublime Nefertiti. Baroque, lisse, son costume rappelle Goude et Decouflé, le glamour propre des années frime. Mais dans son regard monumental, je préfère croiser l'oeil surréel des korè archaïques, mieux celui d'une cariatide, soutenant un temple invisible.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sa tête semble porter ce poids immense et son oeil nous jeter un sort. Nous sommes dans la théâtralité, un jeu de gestes et de pupilles. Maxence Rey cherche, dit-elle, "à être au plus près de l’humain dans sa fougue à être en vie, dans sa vulnérabilité et sa fragilité face à la mort". J'ai senti tout autre chose, ou j'ai senti la même chose par d'autres chemins. Cette coiffe intrigante, ces poses raides, ce violent clair-obscur composent une figure hiératique, hors du temps et de la vie. A peine quelques mouvements triviaux tentent-ils de troubler cette image et de la rendre plus humaine. Vissée sur sa chaise, elle chuchote des choses inaudibles. Je ne démords pas du passé. C'est une sibyle, une de ces simples femmes par qui le monde caché parlait en les faisant trembler, un intercesseur.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Maxence Rey a beaucoup travaillé avec Isabelle Esposito, et cela se voit. De cette dernière je ne connais qu'un fragment de solo, mais avec lequel la parenté me paraît évidente : une femme, singulière, statique sur une chaise, habitant une sorte de monde parallèle, étrange. Attendons de voir quelle direction Maxence prendra désormais.

L'avis de Guy Degeorges

Les Bois de l'ombre, de Maxence Rey, en répétition à Mains d'Oeuvres le 4 septembre 2009.

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Jeudi 1 octobre 2009
Cette fois, ça y est vraiment : la vidéo de danse a investi Internet. On ne compte plus, ou presque, les festivals de vidéodanse en ligne.

Je vous ai parlé dernièrement de Umove et de Choreographic Captures ; tandis que Napolidanza publie sur Muvideo une large sélection des films présentés à son 16e festival international de vidéodanse, un autre festival sort du bois et fait encore mieux : SideBySide.net organise une sorte d'Eurovision planétaire en ligne de la danse contemporaine, destiné à soutenir la jeune création.

SideBySide est dirigé par Mario Alfonso, danseur de formation classique résidant à Düsseldorf, et sponsorisé par plusieurs institutions allemandes. Cette année, il y a eu 156 soumissions. Les vidéos des sept nominés (choisis par "our international expert jury", mais de qui se compose-t-il ? je ne l'ai pas trouvé) sont en ligne et les internautes peuvent voter jusqu'au 14 novembre 2009 pour leur vidéo préférée. En bonus, vous pouvez regarder les vidéos des nominés et des lauréats des années précédentes, car oui, ce festival existe depuis 2005 !

Qu'en est-il des chorégraphies et des vidéos soumises ? Ni les unes ni les autres ne m'ont spécialement exalté, et un coup d'oeil aux lauréats des années précédentes n'emballe pas plus : la pièce lauréate 2008, un gentil duo d'Anat Katz, ne dépasse pas le niveau d'un travail d'étudiant. Le caractère extrêmement hétéroclite des pièces nominées laisse en outre un peu perplexe... comment comparer ?

J'ai oublié de le préciser, ici il n'y a rien à gagner : juste la diffusion de la vidéo et une ligne de plus sur son CV. Le jeu en vaut-il la chandelle, vu que l'audience de ce genre de festival en ligne est confidentielle, et que les sites de partage de vidéos offrent les mêmes services (diffusion de vidéos et "vote" en nombre de clics), l'audience en plus ? A la réflexion, SideBySide me semble bien cousin de l'Eurovision. Je crains que sous l'habillage high-tech ne se cache un concept complètement dépassé.

Mais qu'importe, l'essentiel est de participer, et pour une fois, tout le monde, chorégraphes talentueux et public avisé, peut le faire. A vos vidéos !
Publié dans : Liens vidéo - Par Jérôme Delatour
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Samedi 26 septembre 2009
Tout est dans le titre... Les vidéos en lice de ce premier UMOVE Online Videodance Festival, une cinquantaine, seront diffusées sur YouTube du 1er au 31 octobre.

Ce festival novateur, organisé par Pentacle (organisme américain de soutien aux artistes indépendants dont je ne saurais rien dire, car les pages qui le présentent sur son site Internet sont under construction), est résolument ouvert à tous et tourné vers le Web. Les vidéos soumises doivent lui être spécifiquement adaptées. L'accent est mis sur la qualité des propositions plutôt que sur le budget (voir la présentation du festival).

A suivre...
Publié dans : Liens vidéo - Par Jérôme Delatour
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Dimanche 2 août 2009

Je vous dois un aveu. Lorsque j'ai commencé ce blog, je n'avais en vue que de documenter la danse contemporaine. Je privilégiais donc les sites des photographes qui publiaient régulièrement de grandes galeries des derniers spectacles joués à travers le monde. Mais après avoir vu des milliers et des milliers d'images depuis plus de quatre ans (une éternité de nos jours), et être moi-même passé, modestement, derrière l'oeilleton du photographe, je suis devenu sensible à la fabrication de ces images, à ses contraintes humaines, technologiques, économiques. Et comme les favoris de ce blog permettent aujourd'hui aisément de voir en images la plupart des spectacles récents (colonne de gauche, catégorie "Photos"), je voudrais passer à autre chose et reprendre l'enquête au début, pour m'intéresser également à ceux qui, sans suivre activement l'actualité de la danse, ont cherché à la photographier.

Ecrire l'histoire de la photographie de danse contemporaine n'a pas encore été tenté. Il faudrait remonter au temps de Nijinsky, d'Isadora Duncan et de la Loïe Fuller ; je n'ai pas le temps de m'y risquer. Je me contenterai pour cette fois, en guise d'introduction, de renvoyer à l'excellente introduction de Daniel Girardin à propos de la photographe Lois Greenfield, dont l'influence est très forte (trop) aujourd'hui chez nombre de photographes de danse, ainsi qu'au stimulant petit livre d'Hélène Pinet, Ornement de la durée (1987), dans lequel sont reproduits des photographies conservées au musée Rodin (splendides photos de Ruth St. Denis par Stephanie Ludwig - tiens, une femme photographe en 1908 - et de la Loie Fuller par Eugène Druet et divers). Sans oublier le livre classique de William E. Ewing (Fugitive Gesture: Masterpieces of Dance Photography, 1987).

Dans ce premier article, je commencerai par recenser quelques photographes d'aujourd'hui, visibles sur Internet. Les recenser tous serait une tâche infinie, quoique assez aisée dans son principe : 1. googliser, 2. éplucher les mentions de droits des programmes de salles et des festivals, 3. celles des magazines et des (rares) livres consacrés à la danse contemporaine. Pour ce premier jet, je n'ai fait que googliser "photographie danse" et "images danse" jusqu'à la page 40 ; mon enquête est donc réduite en grande part au domaine français, et limitée aux seuls photographes qui présentent des photographies en ligne ; mais elle ouvre déjà des pistes, révèle des témoignages. (Soyons honnêtes : 50% peut-être des liens de cet article ne viennent pas directement de Google, mais ont été collectés au fil du temps).

Mais revenons d'abord à mon titre. Tension entre photo et danse : parce que la photographie fige, bien sûr, mais surtout parce que le photographe veut être artiste lui aussi, et ne pas être contraint par la volonté du chorégraphe. Cloué sur son siège de générale, c'est un emmerdeur au supplice. Il rêve de voir comme personne n'a vu avant lui. Pour lui, l'humilité de la photo de spectacle est une humiliation. S'il l'accepte, il se place de lui-même au ban de sa profession, il n'aura jamais les honneurs des grandes galeries d'art contemporain, sauf miracle, ou mort : le voilà photographe de presse. (Et c'est injuste : jusqu'à l'apparition du film de danse, et surtout de la vidéo - voir à ce sujet l'excellent Panorama du film de danse en France de Nicolas Villodre - la photo constituait la seule trace précise d'un spectacle vivant. Pour ceux qui, comme moi, sont sensibles aux traces, cet humble photographe joue un rôle clef).

Le photographe peut hésiter entre documenter et créer. Mais fondamentalement, cette araignée entomologiste veut traîner le danseur dans son repère lumineux. Le photographe "auteur" n'aime guère nommer les danseurs ni le chorégraphe qu'il a saisis. Il s'approprie tout.
Tension donc entre scène et studio, et par conséquent entre danseur et modèle. En studio, la photographie de danse dérive aisément en photo de portrait. Voir par exemple le Danse Jeanloup Sieff de Jeanloup Sieff (Nathan, actuellement introuvable), recueil de 46 photographies en noir et blanc de danseurs étoiles ou anonymes saisis en répétition ou en spectacle. Portrait de danseur, de corps ou d'individu ? Je soupçonne les photographes de voir dans le danseur le modèle par excellence, celui qui "sait bouger" comme personne d'autre ; outre que le corps du danseur est singulier, magnifié par l'exercice.

La tentation du nu semble bien plus forte chez les photographes, voyeurs professionnels, que chez les chorégraphes. Chez les chorégraphes et les danseurs, le nu est parfois un désir, mais le plus souvent une nécessité ressentie. La Guilhem s'est autoportraiturée nue (pour Le Monde 2, en 2004). Sans doute parce que le corps nu reste l'essence du danseur (voir à ce sujet le livre bien documenté de Jean-Pierre Pastori, A corps perdu : la danse nue au XXe siècle, 1983). Dernièrement, Malou Swinnen a photographié les danseurs de Jan Fabre nus et de front, à l'antique. Isabelle Waternaux a fait les deux : portraits en buste à l'antique, portraits nus dansants.
De la photographie de danseurs nus (ou de modèles nus, on ne sait pas toujours), il y a pléthore. Dieter Blum lui a même consacré un livre, réalisé avec les danseurs du ballet de Stuttgart (Pure Dance, 2004). Citons pour mémoire, pour prendre la mesure de ce penchant, Bruno Baudry (petit témoignage), Bryon Paul McCartney, German Peraire (un peu plus inventif que la moyenne), Steve Richard (joli mais très classique), Ernestine Ruben ("photoformances", études, de très beaux noir et blanc), Rüdiger Tantow (studio et scène, encore de très beaux noir et blanc de studio), Yvan Teulé (studio - très kitsch- et scène, moderne et classique : Noureev, Dupond...), Gert Weigelt (studio et scène), Alex Wilson (de belles études low key, mais les modèles ne me semblent pas être des danseuses). Vient ensuite le nombreux troupeau des sectateurs plus ou moins directs de Lois Greenfield (Jan Bengtsson, La Géométrie du nu de Pavel Brunclik, photographiant les danseurs du Théâtre national de Prague, la TANZ(akt!)IONEN de Rainer Klostermeier, le BallettKalender 2005 figurant les danseurs de l'Opéra du Rhin photographiés par Klaus Kampert, Karim Ramzi, Karel Vojkovsky, Beat A. von Weissenfluh...) Ajoutons Jose Manchado et Roy Volkmann, exemples parfaits du style greenfieldien : danseurs saisis en vol, représentation politiquement correcte des différentes couleurs de peau (des blancs, des jaunes, des noirs, des latinos - mais bien peu d'Indiens ?), mais corpulence demeurant uniformément athlétique. Techniquement impeccable, cette production se révèle dramatiquement peu inventive, cramponnée au plus déprimant néoclassicisme. Dans un prochain article, je reviendrai sur Lois Greenfield et l'esthétique américaine.
Dans ce panorama du nu dansant, mention spéciale à deux photographes singuliers : Jean-François Bauret, un maître du portrait corporel (voir entre autres les pages Chorégraphie1 et Chorégraphie2), et la jeune Agnieszka Podgorska, que le festival Antipodes avait très judicieusement choisie pour l'affiche de son édition 2006. Ses autoportraits corporels renvoient en effet très directement à l'esthétique du solo contemporain (hélas, son site ne fonctionne plus à l'heure où je publie ! La mauvaise monnaie chasse la bonne, refrain connu).

Entre danse et photographie, scène et studio, le juste milieu se trouve sans doute dans la salle de répétitions. C'est là qu'il y a le plus d'égalité entre les parties. Réfréné dans ses ardeurs, le photographe y trouve un espace de liberté surveillée. Il peut aller et venir, tourner autour de ses proies plus à sa guise qu'en conditions de représentation. La répétition même lui sourit, elle lui permet de réessayer le cliché raté, de varier les approches d'une même séquence, d'un même mouvement. Mais ce n'est pas lui qui mène la danse, et cette dernière conserve pleinement ses droits.

Qu'en disent les photographes ? Quelques témoignages traînent ici et là sur Internet. Sébastien Mathé a fait ses classes à l'Opéra de Paris. Il distingue nettement ses travaux de commande (photos de presse) de sa série intitulée Viva Danza, qu'il revendique d'auteur, car elle utilise la pose longue pour créer des filés de mouvement (rien pourtant de bien affriolant ni de révolutionnaire à mon goût). Comme on pouvait s'y attendre, la photo de danse classique est elle-même codifiée : il s'agit de connaître assez la discipline pour anticiper chaque figure et déclencher au moment crucial pour fixer l'extension maximale d'un jeté ou d'une arabesque.
Gérard Uféras, portraitiste et photojournaliste, amateur de ballet classique et moderne, a beaucoup photographié les coulisses des opéras. Dans une interview récente à Danzine, il témoigne : "je ne suis pas photographe de danse : je ne cherche pas à traduire une chorégraphie. Je suis photographe avant tout. J'apporte mon regard, mon interprétation de la réalité que j'observe. Pour photographier la danse, il faut la ressentir".
En 1996, Pierre Corratgé a écrit "Pourquoi je photographie la danse". Tenté par l'expérience en 1976, il essaie de photographier Carolyn Carlson sur scène. Il est aussitôt déçu : "ce sont des photos 'prises' et non pas des photos 'faites' : aucune action possible sur l'angle de prise de vue, le cadrage et la lumière. Un banal reportage qui me laisse sur ma faim quant aux relations entre ces deux arts." Peu à peu, Pierre Corratgé a fait le chemin de la scène au studio, avec une soif de "tout contrôler", de "perfection". Il recrée des segments de chorégraphie en studio, règle au millimètre les fonds et l'éclairage. Ses modèles ? Carolyn Carlson photographiée par Jean-Loup Sieff, la Guilhem par Richard Avedon (des nus)... Lois Greenfield, à laquelle il reproche cependant de sacrifier parfois l'émotion sur l'autel du spectaculaire. Si Maguy Marin figure parmi ses chorégraphes préférés, son goût de la perfection le fait cependant lourdement pencher vers les chorégraphes de la modern dance. Pierre Corratgé s'interdit de montrer aucune photo qui n'ait été approuvée par le modèle, et regrette comme moi ces "images que je trouve superbes, qui ont été récusées. C'est la règle du jeu, et c'est à ce prix que je continue à photographier."

Actuellement, en France tout du moins, la photographie de danse n'a pas bonne presse (sans jeu de mots). Sébastien Mathé : "je suis actuellement souvent déçu par la production photographique contemporaine, dans laquelle les images n’arrivent pas à exister seules et ont besoin d’un discours critique pour en expliquer le sens. S’agissant des images de Viva Danza, je souhaite qu’elles existent par elles-mêmes, qu’elles soient esthétiquement agréables à regarder". Jean-Marc Douillard, en PPS d'un article récent, s'étonne que les chorégraphes montpelliérains ne puissent pas fournir de bonnes photos de presse de leurs spectacles. "Comme d'habitude, les photos des compagnies américaines sont meilleures techniquement et proches de ce qu'on voit sur scène [...] Les autres photos du dossier de presse de Mark Morris sont des vraies photos issues d'une générale photo digne de ce nom [...] L'argument du fric pour expliquer les mauvaises photos de presse ne tient pas. Il s'agit de mobiliser des volontés".

Qu'on se le dise ! Certes, la condition de photographe de presse est de moins en moins reluisante (lire à ce propos le blog fracassant, informatif et drôle, de Frozen Piglet). La presse va mal et paie de moins en moins. Quant aux compagnies, la plupart n'ont pas d'argent pour payer des photos professionnelles. Pourtant, dans le même temps, les photographies se produisent à tours de bras. Le numérique permet d'acquérir des images à toute vitesse et à coût quasi nul, une fois le matériel amorti. Puisque le photographe de presse, moins payé, doit économiser sur quelque chose, il économise sur le tri de ses images et sur leur traitement. Est-ce la bonne stratégie ? Ne vaudrait-il pas mieux miser sur cinq photos brillantes, mémorables, plutôt que sur cinquante passables, aussitôt oubliées ? Eric Boudet vient de me confier sa fatigue de faire de la photo de presse. Il a décidé de réduire son site à la seule partie de sa production qu'il estime vraiment et souhaite passer à autre chose.

Comment exister quand on est photographe de danse ?

Anna et Sébastien, 2009 (cl. Pascal Ferro)

Voici donc (enfin !) un premier état des lieux de la photo de danse contemporaine en France et pays francophones voisins sur Internet, qui mêle allègrement les dinosaures et les jeunes pousses, les photographes de studio et de scène. Je passe sous silence les photographes non spécialisés qui ont pu réaliser des séries intéressantes, comme François Goudier sur la danse contemporaine africaine, de même que ceux qui figurent en permanence dans les "Incontournables" de la colonne gauche de ce blog. Je compléterai cette liste au fur et à mesure, et d'avance pardon pour les oublis sûrement nombreux que je réparerai volontiers (au besoin, contactez-moi).

A venir, des articles sur les grands pionniers de la photo de danse contemporaine, sur Lois Greenfield, et peut-être des interviews ou des textes de photographes contemporains.

Jean-Gros Abadie, scène : il a confié des dizaines de ses photos noir et blanc au site de Cyril Maginel. Un grand moment d'archives
• Jean Barak, psychologue clinicien, scène : vingt-deux galeries, que du beau monde (Preljocaj, Carlson, Monnier, Kéléménis, Monnier, Duboc, Gallotta...)
Steeve Beckouet publie quelques chiches photos qui prouvent qu'il fait de la photo de danse en répétitions
Patrick Berger, scène (Montalvo-Hervieu, Yves-Noël Genod, biennale du Val-de-Marne...)
Mathieu Bouvier, scène : un petit site tout nouveau, tout beau, qu'en tout cas je n'ai découvert que tout récemment, par hasard comme il se doit. "Vidéaste-photographe" (la combinaison n'est pas si fréquente), il a travaillé sous la houlette de Charles Picq à la maison de la danse de Lyon avant d'oeuvrer ponctuellement pour le CND de Pantin depuis 2004
Cris Brégeon, scène : complice de Cathy Peylan depuis 2002, elle présente enfin une large sélection de photos de spectacles classées par... couleurs
Thierry Burlot, scène : ballet de Lorraine, Abou Lagraa, Gilles Jobin
Sandrine Cellard, scène : une petite nouvelle pleine d'énergie. Claude Brumachon, Piere Doussaint, et d'autres que je ne connais pas
Pierre Corratgé, studio : séries Mouvement, Fenêtres : le corps très flou ou mangé par la lumière
Matthieu Davette, scène, trois galeries : Solarium Return de Nasser Martin-Gousset, Set et Adieu de François Raffinot
Choré-Graphik, studio, projet de Sandrine Derselle ("Dine")
Véronique Duhaut, scène, Cahiers d'Avignon : Pina Bausch, Alain Platel, Jan Fabre, Sasha Waltz. L'image de scène est un matériau auquel elle superpose une autre image, une texture. On aimerait savoir comment ont réagi les chorégraphes
Patrick Fabre, scène : photographe en Limousin depuis 1991. Une galerie consacrée à Yukiko Nakamura et deux autres à Heddy Maalem. Hélas, le site n'a pas été mis à jour depuis avril 2007
Pascal Ferro, studio : Composés, Chorégraphiés. De jolies choses, des portraits. De belles recherches sur le flou de mise au point. Pour exprimer le mouvement, Pascal Ferro mise sur des séries ou des compositions d'images qui se lisent comme des micro-histoires
Raoul Gilibert, scène : Strasbourg
Ilan Ginzburg, scène, workshops : Erna Omarsdottir, La Ruée vers l'art 2005 et 2007, cie Scalène...
Marc Grémillon, scène, suisse probablement mais les photos ne sont pas légendées
Tristan Jeanne-Valès, scène : a photographié la danse contemporaine depuis vingt-cinq ans et a monté une exposition rétrospective, Danse l'étreinte (1980-2007), visible en ligne (en tout petit !), qui a tourné en France et à l'étranger depuis l'automne 2008
Audrey Leblanc, dont on a déjà parlé, privilégie la rencontre avec le chorégraphe ou le danseur, et l'argentique
Agnès Mellon, scène : photographe officielle du festival de Marseille depuis 2006
Héctor Olguin, Chilien installé en France, a exposé deux fois à Micadanses, en 2005 et 2009, lors du festival Faits d'hiver. Projet Light sur le flou de bougé
Philippe Pache, scène : photographe du ballet Béjart de 1992 à 2000 et du prix de Lausanne de 1991 à 2003
Cathy Peylan, scène : une pionnière du Web. Pina Bausch, Preljocaj, Hivernales 2004... Hélas, Cathy Peylan a mis de côté la danse pour se concentrer sur sa vision des relations lesbiennes
Christiane Robin, scène : des photographies noir et blanc de la grande époque (années 1990 ?, hélas rien n'est daté), Pina Bausch, Preljocaj, Carolyn Carlson, Cunningham, Maguy Marin, Paco Decina, etc. etc. etc. mais aussi, plus (tout ?) récemment, Dominique Boivin
Julia Romy, diplômée d'architecture, scène : beau travail sur le flou en couleurs et en noir et blanc, elle suit plusieurs compagnies
Michael Serfaty, scène : gynécologue, photographe autodidacte depuis 1976, agence ses photos de scène en tableaux pour créer des compositions qui lui sont propres
Sarah Zhiri, scène : déjà présentée ici, comme Audrey Leblanc fervente de l'argentique, de l'image rare.
e sont des photos "prises" et non pas des photos "faites": aucune action possible sur l'angle de prise de vue, le cadrage et la lumière. Un banal reportage qui me laisse sur ma faim quant aux relations entre ces deux arts.
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Jeudi 16 juillet 2009
De notre envoyé spécial à Saint-Ouen


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

C'est Guy qui m'a poussé à rendre visite à Sofia Fitas à Mains d'Oeuvres en sa compagnie. J'avais vu l'an dernier son Experimento 1 et je n'avais pas été entièrement convaincu. Je trouvais qu'il manquait d'originalité. Un solo féminin dans le noir, minimaliste, de la lumière juste sur la peau, une enveloppe sonore un peu marine, une enveloppe charnelle de plastique évoquant le fourreau d'une diva, mais comme par pur hasard ; une danse intime, au plus près, rappelant au profane le foetal butô (on en reparlera). Bon. Avec tout ce noir, d'ailleurs, j'avais bien eu du mal à prendre des photos. Avec le recul, il me semble qu'elles auraient pu être pires.


Sofia Fitas, Experimento 1
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sofia Fitas travaille à présent Experimento 2. Oh, m'a-telle prévenu, ce sera encore dans le noir. D'ailleurs Experimento 2 paraît dans la totale continuité d'Experimento 1. On pourrait dire sans se tromper que ce n'est que la deuxième partie de la même expérience. Mais cette fois le charme opère, nous sommes dans les conditions de répétition. Pas de costume, pas de son ad hoc, juste de la musique pour se détendre et se concentrer ; pas de lumière ni de noir, que les néons du studio danse de Mains d'Oeuvres - encore un très bel endroit brut, dans ce bâtiment de parpaings qui doit être un ancien hangar ou quelque chose comme cela 1. C'est une grande boîte cubique opaque peinte en blanc. Il y fait chaud à cette saison, et j'ai couru x fois boire au lavabo, mais qu'importe. Ces lieux-là me plaisent, comme le studio du Point Ephémère, que j'espère fréquenter souvent la saison prochaine (Eléonore Didier doit y officier 2) ; beaucoup plus que les scènes et leurs artifices usés.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et donc, juste le travail assidu d'une danseuse, son travail quotidien sans doute, sa manière profonde d'être et de penser, rien, au sens premier du terme, de spectaculaire. Juste un grand papier kraft au sol qu'elle doit rescotcher de temps en temps aux quatre coins, un peu rituellement, comme pour délimiter son territoire ou son monde, et une autre couverture de papier kraft sous laquelle elle aime à disparaître et s'affairer comme un petit animal.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Imaginez tout cela dans le noir, on ne la verra pas beaucoup. Et surtout pas son visage, qu'elle ne montre que parcimonieusement, plutôt par accident, comme pour matérialiser le fait qu'une tête n'est pas plus importante qu'un dos ou un pied pour connaître le monde. Il y a des choses qui ne sont pas encore en place, nous confie-t-elle en rajustant une mèche. Cette concentration du regard sur l'état essentiel du corps (oh ! ce n'est pas tout à fait le bon terme. Il faudrait lui mêler intime, primitif, reptilien), cette manière de faire émerger du papier ses pieds maigres comme une fleur étrange font penser au butô, même si l'on devine d'emblée que ce n'est pas cela. Je pose la question, tant pis : Sofia me répond yoga. Mince, j'aurais dû y penser.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et d'ailleurs, dès lors que la musique est plus sereine, et Sofia plus échauffée, ses mouvements se délient, s'arrondissent, se féminisent. Elle dit qu'elle cherche quelque chose d'aérien. De fait, après tout ce temps au ras du sol, la voilà sur jambes comme montée sur ressorts. Je ne vois pas encore d'oiseau, mais une grenouille. Je le lui dis en plaisantant.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

1. C'est l’ancien centre social et sportif des usines Ferodo Valeo, équipementier automobile.
2. Danseurs, chorégraphes, pour candidater aux résidences du Point Ephémère qui courront du 21 septembre 2009 au 31 mars 2010, ça se passe ici, date limite de candidature le 15 août.

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Jeudi 2 juillet 2009

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Epatant. Feuilletant le dernier Nouvel Obs en rentrant de Gennevilliers, je tombe sur cette citation : "dans une époque de décadence, pas d'ornementations, je vous prie ; il vaut mieux alors rechercher la communion intime avec les vieux de la vieille et ignorer le présent". Signé Vincent Van Gogh à son ami peintre Van Rappard. Parfait pour la dernière mise en scène de Genod, Vénus et Adonis. Cela lui va comme un gant. Shakespeare, dont il a monté il y a deux ans un Hamlet mémorable, fait assurément partie de ses vieux de la vieille.

Pour ce retour à Shakespeare, Genod n'a pas choisi une pièce de théâtre mais un poème, Venus and Adonis (1593), librement inspiré du livre X des Métamorphoses d'Ovide.
L'argument n'en est pas bien compliqué. Il s'agit du pouvoir absolu de l'Amour. Même Vénus est soumise à ce délinquant précoce. Quand elle reçoit un de ses traits, elle perd ses moyens, comme le premier des mortels. De cette constatation, Shakespeare tire un poème galant et comique où Vénus court après le bel Adonis sans parvenir à ses fins. Par la puissance d'Amour, les rôles sont inversés. Le chasseur devient le chassé et c'est la femme qui presse l'homme - situation particulièrement inconvenante pour un Elizabétain. Pour rendre la chose plus plaisante, Shakespeare truffe son texte, déjà très maniériste, de jeux de mots équivoques. "I'll be a park", dit par exemple la déesse, "and thou shalt be my deer" (je serai un parc, et tu seras mon chevreuil, v. 231). On entend "my dear", mon chéri, mais elle dit "my deer", mon chevreuil, et ce "deer park" évoque plutôt une réserve de chasse. Ce n'est donc pas l'enclos doré de Bambi... Vénus a la pointe carnassière.

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Mais pourquoi Adonis ne veut-il pas d'elle ? Il paraît bien difficile. Chez Ovide, il semble qu'Adonis préfère la chasse aux bêtes sauvages. Chez Shakespeare, c'est déjà plus ambigu ; peut-être Adonis est-il encore un peu jeune. Genod reprend cette hypothèse - son Adonis commet de menues gamineries - mais en ajoute une autre, plus franchement que le poète : Adonis a tellement une tête et un corps pour plaire aux hommes, qu'on se demande si Adonis lui-même ne les préfère pas aux filles.
De ce point de vue, Felix M. Ott fait un Adonis plus que crédible. Une vraie incarnation du giton, de ceux qui font la réputation du Bonheur du jour. Le choix de Kate Moran pour jouer Vénus est bien plus déroutant. On attendrait une Vénus grasse et gaillarde ; au physique on a la Vénus de Cranach, au moral une mère plutôt qu'une coureuse de caleçons. Une Vénus délicate, décente et plutôt vêtue, alors que Vénus, d'ordinaire, ne fait pas dans la dentelle. Conséquemment, le désir de Vénus pour le jeune Adonis se colore d'une nuance incestueuse, trouble. Jeu des genres et des générations, ambiguïtés des sexes et du désir, Vénus et Adonis trouve son écho dans le monde contemporain, comme dans la propre vie de Genod, que celui-ci met en scène dans son blog.

Pourquoi monter ce Vénus et Adonis ? Voici ce que m'écrit l'intéressé. "Si je peux me permettre de te suggérer une clé : je ne crois pas que Vénus et Adonis soit vraiment le sujet du spectacle... (Je pense que c'est un trompe-l'œil.)"

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Les habitués de Genod auront été surpris ou non, c'est selon leur compréhension du personnage. Je ne l'ai pas été. Comme d'habitude, Genod surgit comme ça, joue la maladresse sympathique, l'improvisation. Rien d'improvisé naturellement, mais le désir évident d'être proche des gens, du public si vous préférez. De rechercher des relations plus directes, comme il le fait avec son blog déjà cité. Genod ne voudrait pas effrayer, malgré sa tronche de Vercingétorix.
Ici, il était confronté à un écueil infranchissable : les Français sont nuls en anglais. Donc, si comme Genod on fait appel à une talentueuse Anglaise pour réciter le texte original de Shakespeare, il faut soit passer par un impossible sous-titrage, soit résumer l'argument au préalable. C'est cette seconde voie que Genod choisit, au risque d'alourdir considérablement sa mise en scène, puisque l'histoire s'en trouve contée deux fois. Genod s'en sort plutôt bien cependant, essaie d'alléger la lourdeur par des petits gags, en particulier un souffleur qui souffle plus qu'ordinairement admis (amusant, mais un peu anecdotique).
Comme d'habitude aussi, Genod affiche une certaine pauvreté de moyens. Dans la feuille de salle, on apprendra que les costumes ont été "empruntés" au théâtre de Gennevilliers. On voit où Genod place l'essentiel : dans le poète, dans les acteurs, le public qu'il réunit. A l'opposé de son Hamlet, le plateau est cette fois complètement nu. La salle est toute noire, de béton peint et d'acier ; et pourtant j'ai rarement vu dénument plus sexy ni mieux exploité. Adonis s'ébroue, pâle et aérien comme un modèle dans un vieil atelier de peintre, caravagesque. Dans les lumières nocturnes, la bougie électrique, le happement de la grande carcasse scénique, les acteurs vont et s'évanouissent. C'est le vide et la mort opposés à la vie et au plein, l'illusion théâtrale à cru. Quelque chose de fantomatique qui sied à merveille à nos classiques, ces revenants qui ne sont jamais partis. Ce soir-là, j'ai senti passer le souffle de Shakespeare, ce petit frisson que procure la présence des morts. Il parlait par la bouche des comédiens, à travers eux son haleine cadavérique avait le parfum des roses. Troublant.

PS. Sur le théâtre de Gennevilliers et les flèches de Buren. Ces flèches rappellent les jeux de piste de notre jeunesse. Elles semblent avoir été plantées là pour l'usage exclusif des grands enfants de Paris. Elles vous cueillent dès la sortie du métro. C'est à croire qu'il n'y a rien d'autre à voir à Gennevilliers que son théâtre. Espérons qu'elles ne soient pas volées comme les petites Vierges qu'on plaçait autrefois dans des niches au coin des rues.

PPS. Avec Vénus et Adonis, Genod annonce qu'il clôt un cycle de six ans. Qu'y aura-t-il après ? A suivre !

Vénus et Adonis, de William Shakespeare, mis en scène par Yves-Noël Genod, avec Kate Moran, Felix M. Ott et Pierre Courcelle, a été donné au théâtre de Gennevilliers les 25 et 27 juin 2009.
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Mardi 23 juin 2009

Beatriz Setien Yeregui, Beatriz chante (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ma première rencontre avec le Regard du Cygne, 210, rue de Belleville. Il paraît que le lieu est un ancien relais de poste de la fin du XVIIe siècle, quoique Hillairet n'en fasse pas mention. 3 numéros plus loin, au 213, subsiste un des regards de l'aqueduc de Belleville, le regard de la Lanterne, dont les éléments les plus anciens remontent au XVe siècle. Les regards se croisent. Passé la façade anonyme du 210, surprise, on plonge dans Paris-village, version arrière-cour et lampions. On chemine par une longue courette pavée comme entre les jambes d'une femme. Au bout, une petite salle minuscule, cosy comme un utérus. Pierre nue et rugueuse, poutres antiques, parquet de bois, juste quelques rangs de sièges encaissés, il faut se serrer les coudes. Cette sorte de fanum peut s'ouvrir sur la cour par deux battants, y laissant entrer toute sa lumière.

Pépinière de talents comme Micadanses, le Point Ephémère et Mains d'Oeuvres, le Regard du Cygne programme de singuliers événements nommés Spectacles sauvages et Cabaret des Signes. Pour son Cabaret, Kataline Patkaï a convoqué des ami(e)s et leur a laissé carte blanche. Reste que la proposition frappe par sa cohérence. Corps de femmes, visions de femmes, féminisme à l'évidence, mais un féminisme ouvert, serein, sans agressivité, où l'on se sent bien, cocooné. A l'instar du lieu, à l'image de Kataline Patkaï, dont le visage toujours gracieux oscille entre la Joconde et les anges de la cathédrale de Reims. En soi c'est déjà une réussite, à l'heure où le mot même de femme prête à polémique (voyez l'énervement oiseux que suscite l'exposition elles@centrepompidou).
Le sous-titre de ce Cabaret, Jesus et les douze apôtres, donne lui aussi dans ce féminisme souriant : car Jesus s'avère être une femme, la lumineuse Jesus Sevari, et ses apôtres aussi. Parcours sur l'identité féminine, donc, mais aussi sur l'identité de l'expatrié. Kataline est d'origine hongroise. Beatriz Setien Yeregui d'origine espagnole. Jesus chilienne. Viviana Moin argentine.  Et celles qui paraissent plus immédiatement françaises se glissent dans des corps étrangers, étranges, animaux.


Viviana Moin, Billy (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Des femmes qui disent "je" pour se raconter, se partager en somme. Sur le ton de la confidence plutôt que de la proclamation (tant pis pour le cliché sexiste). Isabelle Esposito est la plus inquiétante (La sombre sautillante - une version de la femme étrangement rare sur les plateaux de danse), Viviana Moin la plus sexuelle (Billy - à tous les fabricants de sextoys qui me lisent : Viviana Moin a d'excellentes idées à soumettre à votre profession), Beatriz Setien Yeregui la plus érudite (Beatriz chante - elle joue avec la pensée de Joseph Kosuth et chante des galanteries médiévales ; rappelons à ce sujet que "faire l'amour", avant le XIXe siècle, ne veut pas dire ce que l'on imagine, mais compter fleurette et rien de plus), Julie Trouverie la plus préhistorique, sinon la plus animale (Mysterious Skin - ah ! qu'avec elle La Guerre du feu eût été jolie !)


Julie Trouverie, Mysterious Skin (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Venu faire des photos le jour précédent la première, je n'ai pas pu entendre les Vraoums, ni voir Gemma Higgin Botham et Ugo Dehaes (haha ! un homme), ni partager la tant attendue "performance culinaire". Celle-ci piquant d'autant plus ma curiosité que son principe - manger sur des corps vivants pour assiette - a déjà une longue tradition derrière lui, dont j'ignore l'essentiel. A quand remonte ce jeu surréaliste, sommet d'érotisme cannibale ?


Kataline Patkaï, Sisters
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Kataline a repris un extrait de Sisters. Créée aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2008, cette pièce chemine. Cette fois c'est Kataline qui, Duras en main, jouait le rôle de démiurge et de coryphée. Dans l'atmosphère intime du Regard du Cygne, sous les éclairages changeants et très doux de la lumière naturelle, la pièce autrefois perdue sur le grand plateau du nouveau théâtre de Montreuil changeait de visage. On mesurait mieux les détails, les motifs, les obsessions de Kataline Patkaï. Particulièrement le lien - le cheveu, à la manière de Pelléas et Mélisande, que l'on retrouve dans Krack, nouveau projet de Kataline dont on goûte un aperçu. Lien sensuel (de désir) et violent (de domination et d'arrachement), écheveau ferment de ronde, ou plus exactement de spirale, d'enroulement. Des figures triangulaires aussi, s'étirant en fronton grec (du Parthénon), et d'agrégat monstrueux, polymorphe, prodigue en contractions et en éclatements, dont rarement une tête émerge. Fil, enveloppe, triangle, monstre, autant de signatures de la féminité.


Kataline Patkaï, Sisters (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Muettes à quelques incantations près (pas très convaincantes, soit dit au passage), ces femmes pourraient être soeurs de couvent, avec leurs capuchons de moine. Mais de leur chenille sort une volée grouillante de papillons en maillot de bain. Conglomérat qui s'autodésire, s'autosatisfait et me rappelle, malgré des postulats très éloignés, une pièce toute récente d'Isabelle Choinière. Ou qui rencontre, sur un mode moins ouvertement sensuel, le motif du Bain turc cher à Ingres. Symboles et idées se bousculent encore : mue, métamorphose, double, un et multiple, manifestation du genre dans l'unique, leur conflictuelle confrontation. Quoique tournée vers elle-même, cette entité complexe n'hésite pas à dévisager le regard du public, comme une démonstration de force, une sorte de défi tranquille.

Cabaret des signes #5 : Jesus et les douze apôtres, suite de performances dirigée par Kataline Patkaï, a été donné au Regard du Cygne à Paris du 15 au 17 mai 2009.

Publié dans : Critiques - Par Jérôme Delatour
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Festivals & cies

Quelques festivals...


Hiver


Artdanthé (Vanves, entre novembre et mars)
Faits d'Hiver (Île-de-France, janvier)
Premiers gestes (Paris, janvier)
Tanztage Berlin (janvier)
SzólóDuó Tánc Nemzetközi Fesztivál (Budapest) NOUVEAU
C'est de la danse contemporaine (Toulouse, janvier-février)
Escena contemporanea (Madrid, janvier-février)
Vivat la danse ! (Armentières, février)
Tanzplattform (février, Allemagne)
Les Hivernales d'Avignon (Avignon, février-mars)
Tanz Bremen (Brème, mars)
Les Repérages (Lille, mars)
Les Antipodes (Brest, mars) VID
Visu (Dieppe, mars) VID
Biennale nationale de danse du Val-de-Marne
(mars-avril)

Printemps


Biennale de danse de Charleroi (mars-mai)
Freedance
(Dniepropetrovsk, Ukraine, avril)
Brasil Move Berlim (Berlin, avril) VID
Springdance (Utrecht, avril)
100 dessus dessous (La Villette, avril, juin)
Un desierto para la danza (Mexico, avril-mai)
Vidéodanse (centre Pompidou, Paris, avril-mai)
Concordanse (Bagnolet, avril, juin)
Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
(Île-de-France, mai-juin) VID
Festival TransAmériques (Montréal, mai-juin) VID
Tanec Praha
(Prague, juin)
June Events (Paris, juin)
Dance Week Festival (Zagreb, juin)
Uzès Danse
(Uzès, juin)
Latitudes contemporaines (Lille, juin)
Alkantara festival (juin)
Des auteurs, des cirques (La Villette, juin)
Zawirowania (Varsovie, juin)

Eté


Festival de Marseille (juin-juillet) VID
Montpellier danse (Montpellier, juin-juillet)
Parcours de danse (Chamarande, juillet)
Festival d'Avignon (Avignon, juillet)
L'Eté des Hivernales (Avignon, juillet)
ImPulsTanz (Vienne, juillet-août) VID
Paris quartier d'été (Paris, juillet-août)
Internationale Tanzmesse nrw (Düsseldorf, août)
Tanz im August (Berlin, août-septembre)

Automne


Biennale de la danse (Lyon, septembre)
Plastique Danse Flore (Versailles, septembre) NOUVEAU
Festival Internacional de Solos de Dança Contemporânea (Malaposta, septembre)
Dansem (Marseille, septembre-octobre) VID
Sidance (Séoul, septembre-octobre) VID
iDans (Istanbul, septembre-octobre)
Il gatto danza (Ascona, septembre-novembre)
Festival d'Automne (Paris, septembre-décembre)
Les Eclats chorégraphiques (Poitou-Charentes, octobre)
Nottdance (Nottingham, octobre)
100 dessus dessous (La Villette, octobre)
Tanzhautnah (Cologne, octobre)
123Tanz (Hall, Autriche, octobre)
Tanztendenzen (Greifswald, octobre)
Bøf (Budapest, octobre)
Panorama de dança (Rio de Janeiro, octobre-novembre) VID
Dance (Munich, octobre-novembre)
Fest mit Pina (Allemagne, novembre)
Euro Scene Leipzig (novembre) VID
Les Inaccoutumés (Paris, novembre-décembre)
Lignes de corps (Valenciennes, novembre-décembre)
Monaco Dance Forum (Monaco, décembre)
100 dessus dessous (La Villette, décembre)
Decemberdance (Bruges, décembre)

Dates variables


DatanzDa (Zürich)
La Espiral Danza
(festivals espagnols)
Les Grandes traversées (Bordeaux)
Ikonoclaste (Wuppertal)
Junge hunde (Kanonhallen, Danemark)



... & compagnies


cie l'Abrupt (Alban Richard) VID
Absolutamente (Jesus Sevari)
AIME (Julie Nioche)
Aitana Cordero VID
Alias (Guilherme Botelho)
Ann Liv Young DVD
Anna Halprin
Ann van den Broek VID
cie Ariadone (Carlotta Ikeda) VID
Arthur Kuggeleyn + Co.
As Palavras (Claudio Bernardo) VID
Association Achles (David Wampach) VID
Association Edna
(Boris Charmatz)
cie Caterina Sagna VID
cie Cave canem (Philippes Combes) VID
cie Christine Le Berre
cie C.Loy (Cécile Loyer) VID
Corps indice (Isabelle Choinière) VID
cie Dans.Kias (Saskia Hölbling) DVD
cie DCA (Philippe Decouflé) VID
Deja donne
(Lenka Flory et Simone Sandroni) VID
Digital Video Dance Art (Iker Gómez) VID
Dorky Park (Constanza Macras) VID
Editta Braun Company VID
Erna Omarsdottir VID
cie Felix Ruckert
Les Gens d'Uterpan (Annie Vigier/Franck Apertet)
cie Gilles Jobin DVD VID
cie Greffe (Cindy van Acker)
Groupe Noces (Florence Bernad) VID
Hors Commerce (Hélène Cathala) VID
cie Isabelle Schad
Jeremy Wade
cie Jocelyne Danchik VID
cie Jours tranquilles (Fabrice Gorgerat)
cie Kataline Patkaï
Katharina Vogel VID
Kekäläinen & Company
cie Krisztina de Châtel DVD
Kwaad bloed vzw
(Charlotte vanden Eynde & Ugo Dehaes)
L1 danceLab (collectif hongrois)
La BaZooKa VID
La Ribot DVD
La Ventura et cie (Anna Ventura) VID
La Zampa (Magali Milian-Romuald Luydlin) VID -> photos
cie L'Explose (Tino Fernández)
Liquid Loft (Chris Haring) VID
Marcela Levi VID
cie Marie Chouinard
VID
Márta Ladjánszki VID
Mette Ingvartsen VID
MHKArt (Meryt-Halda Khan) VID
Michèle Noiret VID
Mossoux-Bonté DVD VID
Niko Raes VID
Olga Pona VID
cie Pal Frenak
Perrine Valli
Pé Vermeersch VID
cie Philippe Saire
cie Post-Retroguardia (Paco Dècina)
Quasi Stellar (Apostolia Papadamaki)
Re.al (João Fiadeiro) VID
Real dance Super Sentai (Ines Birkhan & Bertram Dhellemmes)
cie Rosalind Crisp
VID
Rosas (A. T. de Keersmaeker) DVD
RoseAnne Spradlin Dance
Sinequanon VID
Sol Picó
Superamas VID
cie Thor (Thierry Smits) VID
cie Toufik OI VID
Troubleyn
(Jan Fabre)
Ultima vez (Wim Vandekeybus) DVD VID
Virginie Brunelle
XLproduction (Maria Clara Villa-Lobos) VID
Yasmeen Godder VID
Yves-Noël Genod

VID
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