
Frédérike Unger/Jérôme Ferron, Showcase Trilogy, Beauté plastique,
interpr. Emily Mézières (cl. Jérôme Delatour / Images de danse)
Ils sont mignons tout plein, ils ont l'espièglerie qui se lit sur le visage. Le site de la compagnie explique tout : Showcase Trilogy se compose de Beauté plastique, Laps et Let's Dance, qui évoquent respectivement l'idée de beauté, l'idée du temps qui passe et l'idée de vacuité. Pour Faits d'hiver, les trois parties ont été interprétées dans l'ordre inverse.
Je ne suis arrivé que dans les dernières minutes de Let's Dance. C'est un trio léger où l'on danse classique, mais classique un peu détraqué. Le Lac a des ratés. Au diable la perfection, semble-t-on nous susurrer, pourvu qu'on ait l'ivresse. Corps en fleurs, robes corolles ; prémices de raideurs plastiques. Vacuité ? Je ne la vois pas. Je l'ai peut-être manquée.

Frédérike Unger/Jérôme Ferron, Showcase Trilogy, Laps,
interpr. Jérôme Ferron (cl. Jérôme Delatour / Images de danse)
Avec Beauté plastique, nous passons au Sacre : cette fois, c'est du sérieux. Le titre annonce la couleur. La beauté nue et si simple ne sera qu'entraperçue, porteuse déjà d'inquiétants signes d'idéalisation. Deux Eve, déjà infiniment fluettes, se juchent encore sur la pointe de leurs pieds ; gambettes raides, sourire arrêté au beau fixe. Quand leur pudeur se pare, c'est de feuillages artificiels, leurs hanches ceintes comme par un avant-goût de couronne mortuaire. Barbiefication inéluctable. Les voilà sacrifiées, prises dans la toile des apparences. Culotte et collants les masquent de pied en cap, ton chair et lipstick imposant un bâillon intégral. Le labyrinthe des Barbie, comme un magasin de porcelaine, minutera tous leurs gestes.

Frédérike Unger/Jérôme Ferron, Showcase Trilogy, Beauté plastique
(cl. Jérôme Delatour / Images de danse)
Je préfère m'étonner de la récurrence, si insistante, de ces thèmes et de cette esthétique dans le spectacle vivant. N'est-elle pas symptomatique de l'éradication de nos mythologies anciennes, antique et chrétienne, au profit de la mythologie mercantile des Ronald et des Mickey ? Ces fils spirituels du père Noël, saint défroqué passé livreur de jouets, sont les idoles nouvelles faites pour peupler, d'autres diraient polluer, notre imaginaire. Leur immense Panthéon offre une nouvelle symbolique, universelle ("mondialisée"), pour illustrer nos passions et nos angoisses. Superman a vaincu Hercule ; Bibendum a distancé Mercure ; Barbie, massacreuse au beau sourire, a tué Eve et Narcisse. Dans toute Barbie un Chucky sommeille : enfermé dans sa prison urbaine, le corps contemporain est inquiet ; sa singularité, son histoire perpétuellement confrontés à la perfection de l'imagerie commerciale, industrielle, impersonnelle, infiniment reproductible, immortelle. Chassez le naturel, il se pourrait qu'il ne revienne plus jamais, ni au pas, ni au galop.
Avec Showcase, Frédérike Unger et Jérôme Ferron ont su trouver leur ton singulier, léger mais secrètement grave, usant simplement mais avec une certaine efficacité de la vidéo, tout en ménageant de beaux trios, duos et solos. Il faut citer, outre les deux chorégraphes-interprètes, l'épatante prestation de leur acolyte Emily Mézières.
Sans aucun doute, il faut désormais surveiller la compagnie Etant donné.
♥♥♥♥♥♥ Showcase Trilogy, de Frédérike Unger et Jérôme Ferron (compagnie Etant donné), a été donné à Micadanses dans le cadre du festival Faits d'hiver les 21 et 22 janvier 2008.









