Travelogue est un néologisme qui désigne un journal de voyage. Mais, précisément, il n'y a pas de voyage dans Travelogue. C'est un poème de l'enfermement.
Ce qui transparaît avec force dans Travelogue, c'est à quel point le monde des objets, et particulièrement celui que nous avons élaboré dans nos villes, et que nous y élaborons sans cesse plus méticuleusement, plus étroitement, nous conditionne. Que nos gestes soient un peu exagérés, répétés artificiellement, et l'on s'aperçoit que la chaise nous assied, que le lit nous couche, que la porte nous ouvre et nous ferme, que le frigo nous conserve, que la table nous appelle à soi. Ces objets, aussi symboliques que fonctionnels, nous dictent nos mouvements, nous désignent des voies toutes tracées, des espaces d'affrontement. Et les écouteurs distillateurs de pop et de variété, qui remplissent nos têtes de promesses d'évasion, ne font que nous boucher les oreilles.
Notre liberté citadine est un leurre. Un appartement est un théâtre avec ses entrées et ses sorties, ses actes bien huilés, un temple avec ses rites et ses cérémonies.
Les protagonistes de ce huis-clos terrible sont jeunes, mais on les voit très bien vieux, accomplir les mêmes gestes, ou accomplis par les mêmes objets, comme les Vieux de Brel : "leur monde est trop petit // Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit".
Travelogue fut la première pièce de Sasha Waltz, et peut-être la plus essentielle. La voyant, et voyant les commandes prestigieuses que Sasha Waltz accepte depuis son départ de la Schaubühne (Didon et Enée, Médée, Roméo et Juliette), je crains fort qu'elle s'empêtre dans les pièges de l'académisme doré, dépouillé de tout enjeu social et politique - un peu comme Marie Chouinard ou Robyn Orlin.
♥♥♥♥♥♥ Travelogue, de Sasha Waltz, a été donné au Théâtre de la Ville du 20 au 24 mai 2008.









