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Critiques

Jeudi 22 octobre 2009

Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Aude Lachaise a un sacré culot. Pour son premier solo de chorégraphe, elle ne danse pas, ou si peu. Mademoiselle donne dans la conférence dansée, le one-woman show, le cours de philosophie. Pleine d'une tranquille inconscience, elle affronte les écueils tranchants de la gestuelle et de l'éloquence, et n'en sort pas totalement déchirée.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Elle fait mentir outrageusement ceux qui pensent que les danseurs ne savent que danser et les bimbos que sourire. Elle sait parler et écrire, et avec un brio certain (avis aux éditeurs !). Aude est belle mais ne se tait pas. Enfin elle parle cul sans se mettre à poil. En danse contemporaine, une vraie provocation. Et se dévoile d'autant moins que, sous l'apparente confession, elle se cache. Cette midinette qui fantasme sur Brando, voudrait succomber au marlou Marlon ce n'est pas elle, au mieux qu'un grossier doublage. Et à qui s'adresse-t-elle dans cet incessant va-et-vient du tu au vous, est-ce à nous public, à un homme, à son homme, à une copine ? Tous à la fois, sans doute.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Directe et stylée, sans doute belle amoureuse, et au dedans bouillante et survoltée, cette petite bonne femme en jupe et au texte bien troussé pratique l'humour de race. A coup sûr, Aude Lachaise a encore beaucoup à dire et à montrer.

L'avis de Guy Degeorges

Marlon, d'Aude Lachaise, en répétition au Point Ephémère le 18 septembre 2009, donné depuis dans le cadre des Plateaux les 25 et 26 septembre.


- Par Jérôme Delatour
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Mardi 6 octobre 2009
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour son premier solo, encore tout juste ébauché, Maxence Rey a choisi un beau titre énigmatique ; à l'instar de sa coiffe étrange, évasée comme la couronne de la sublime Nefertiti. Baroque, lisse, son costume rappelle Goude et Decouflé, le glamour propre des années frime. Mais dans son regard monumental, je préfère croiser l'oeil surréel des korè archaïques, mieux celui d'une cariatide, soutenant un temple invisible.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sa tête semble porter ce poids immense et son oeil nous jeter un sort. Nous sommes dans la théâtralité, un jeu de gestes et de pupilles. Maxence Rey cherche, dit-elle, "à être au plus près de l’humain dans sa fougue à être en vie, dans sa vulnérabilité et sa fragilité face à la mort". J'ai senti tout autre chose, ou j'ai senti la même chose par d'autres chemins. Cette coiffe intrigante, ces poses raides, ce violent clair-obscur composent une figure hiératique, hors du temps et de la vie. A peine quelques mouvements triviaux tentent-ils de troubler cette image et de la rendre plus humaine. Vissée sur sa chaise, elle chuchote des choses inaudibles. Je ne démords pas du passé. C'est une sibyle, une de ces simples femmes par qui le monde caché parlait en les faisant trembler, un intercesseur.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Maxence Rey a beaucoup travaillé avec Isabelle Esposito, et cela se voit. De cette dernière je ne connais qu'un fragment de solo, mais avec lequel la parenté me paraît évidente : une femme, singulière, statique sur une chaise, habitant une sorte de monde parallèle, étrange. Attendons de voir quelle direction Maxence prendra désormais.

L'avis de Guy Degeorges

Les Bois de l'ombre, de Maxence Rey, en répétition à Mains d'Oeuvres le 4 septembre 2009.

- Par Jérôme Delatour
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Jeudi 16 juillet 2009
De notre envoyé spécial à Saint-Ouen


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

C'est Guy qui m'a poussé à rendre visite à Sofia Fitas à Mains d'Oeuvres en sa compagnie. J'avais vu l'an dernier son Experimento 1 et je n'avais pas été entièrement convaincu. Je trouvais qu'il manquait d'originalité. Un solo féminin dans le noir, minimaliste, de la lumière juste sur la peau, une enveloppe sonore un peu marine, une enveloppe charnelle de plastique évoquant le fourreau d'une diva, mais comme par pur hasard ; une danse intime, au plus près, rappelant au profane le foetal butô (on en reparlera). Bon. Avec tout ce noir, d'ailleurs, j'avais bien eu du mal à prendre des photos. Avec le recul, il me semble qu'elles auraient pu être pires.


Sofia Fitas, Experimento 1
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sofia Fitas travaille à présent Experimento 2. Oh, m'a-telle prévenu, ce sera encore dans le noir. D'ailleurs Experimento 2 paraît dans la totale continuité d'Experimento 1. On pourrait dire sans se tromper que ce n'est que la deuxième partie de la même expérience. Mais cette fois le charme opère, nous sommes dans les conditions de répétition. Pas de costume, pas de son ad hoc, juste de la musique pour se détendre et se concentrer ; pas de lumière ni de noir, que les néons du studio danse de Mains d'Oeuvres - encore un très bel endroit brut, dans ce bâtiment de parpaings qui doit être un ancien hangar ou quelque chose comme cela 1. C'est une grande boîte cubique opaque peinte en blanc. Il y fait chaud à cette saison, et j'ai couru x fois boire au lavabo, mais qu'importe. Ces lieux-là me plaisent, comme le studio du Point Ephémère, que j'espère fréquenter souvent la saison prochaine (Eléonore Didier doit y officier 2) ; beaucoup plus que les scènes et leurs artifices usés.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et donc, juste le travail assidu d'une danseuse, son travail quotidien sans doute, sa manière profonde d'être et de penser, rien, au sens premier du terme, de spectaculaire. Juste un grand papier kraft au sol qu'elle doit rescotcher de temps en temps aux quatre coins, un peu rituellement, comme pour délimiter son territoire ou son monde, et une autre couverture de papier kraft sous laquelle elle aime à disparaître et s'affairer comme un petit animal.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Imaginez tout cela dans le noir, on ne la verra pas beaucoup. Et surtout pas son visage, qu'elle ne montre que parcimonieusement, plutôt par accident, comme pour matérialiser le fait qu'une tête n'est pas plus importante qu'un dos ou un pied pour connaître le monde. Il y a des choses qui ne sont pas encore en place, nous confie-t-elle en rajustant une mèche. Cette concentration du regard sur l'état essentiel du corps (oh ! ce n'est pas tout à fait le bon terme. Il faudrait lui mêler intime, primitif, reptilien), cette manière de faire émerger du papier ses pieds maigres comme une fleur étrange font penser au butô, même si l'on devine d'emblée que ce n'est pas cela. Je pose la question, tant pis : Sofia me répond yoga. Mince, j'aurais dû y penser.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et d'ailleurs, dès lors que la musique est plus sereine, et Sofia plus échauffée, ses mouvements se délient, s'arrondissent, se féminisent. Elle dit qu'elle cherche quelque chose d'aérien. De fait, après tout ce temps au ras du sol, la voilà sur jambes comme montée sur ressorts. Je ne vois pas encore d'oiseau, mais une grenouille. Je le lui dis en plaisantant.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

1. C'est l’ancien centre social et sportif des usines Ferodo Valeo, équipementier automobile.
2. Danseurs, chorégraphes, pour candidater aux résidences du Point Ephémère qui courront du 21 septembre 2009 au 31 mars 2010, ça se passe ici, date limite de candidature le 15 août.

- Par Jérôme Delatour
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Jeudi 2 juillet 2009

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Epatant. Feuilletant le dernier Nouvel Obs en rentrant de Gennevilliers, je tombe sur cette citation : "dans une époque de décadence, pas d'ornementations, je vous prie ; il vaut mieux alors rechercher la communion intime avec les vieux de la vieille et ignorer le présent". Signé Vincent Van Gogh à son ami peintre Van Rappard. Parfait pour la dernière mise en scène de Genod, Vénus et Adonis. Cela lui va comme un gant. Shakespeare, dont il a monté il y a deux ans un Hamlet mémorable, fait assurément partie de ses vieux de la vieille.

Pour ce retour à Shakespeare, Genod n'a pas choisi une pièce de théâtre mais un poème, Venus and Adonis (1593), librement inspiré du livre X des Métamorphoses d'Ovide.
L'argument n'en est pas bien compliqué. Il s'agit du pouvoir absolu de l'Amour. Même Vénus est soumise à ce délinquant précoce. Quand elle reçoit un de ses traits, elle perd ses moyens, comme le premier des mortels. De cette constatation, Shakespeare tire un poème galant et comique où Vénus court après le bel Adonis sans parvenir à ses fins. Par la puissance d'Amour, les rôles sont inversés. Le chasseur devient le chassé et c'est la femme qui presse l'homme - situation particulièrement inconvenante pour un Elizabétain. Pour rendre la chose plus plaisante, Shakespeare truffe son texte, déjà très maniériste, de jeux de mots équivoques. "I'll be a park", dit par exemple la déesse, "and thou shalt be my deer" (je serai un parc, et tu seras mon chevreuil, v. 231). On entend "my dear", mon chéri, mais elle dit "my deer", mon chevreuil, et ce "deer park" évoque plutôt une réserve de chasse. Ce n'est donc pas l'enclos doré de Bambi... Vénus a la pointe carnassière.

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Mais pourquoi Adonis ne veut-il pas d'elle ? Il paraît bien difficile. Chez Ovide, il semble qu'Adonis préfère la chasse aux bêtes sauvages. Chez Shakespeare, c'est déjà plus ambigu ; peut-être Adonis est-il encore un peu jeune. Genod reprend cette hypothèse - son Adonis commet de menues gamineries - mais en ajoute une autre, plus franchement que le poète : Adonis a tellement une tête et un corps pour plaire aux hommes, qu'on se demande si Adonis lui-même ne les préfère pas aux filles.
De ce point de vue, Felix M. Ott fait un Adonis plus que crédible. Une vraie incarnation du giton, de ceux qui font la réputation du Bonheur du jour. Le choix de Kate Moran pour jouer Vénus est bien plus déroutant. On attendrait une Vénus grasse et gaillarde ; au physique on a la Vénus de Cranach, au moral une mère plutôt qu'une coureuse de caleçons. Une Vénus délicate, décente et plutôt vêtue, alors que Vénus, d'ordinaire, ne fait pas dans la dentelle. Conséquemment, le désir de Vénus pour le jeune Adonis se colore d'une nuance incestueuse, trouble. Jeu des genres et des générations, ambiguïtés des sexes et du désir, Vénus et Adonis trouve son écho dans le monde contemporain, comme dans la propre vie de Genod, que celui-ci met en scène dans son blog.

Pourquoi monter ce Vénus et Adonis ? Voici ce que m'écrit l'intéressé. "Si je peux me permettre de te suggérer une clé : je ne crois pas que Vénus et Adonis soit vraiment le sujet du spectacle... (Je pense que c'est un trompe-l'œil.)"

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Les habitués de Genod auront été surpris ou non, c'est selon leur compréhension du personnage. Je ne l'ai pas été. Comme d'habitude, Genod surgit comme ça, joue la maladresse sympathique, l'improvisation. Rien d'improvisé naturellement, mais le désir évident d'être proche des gens, du public si vous préférez. De rechercher des relations plus directes, comme il le fait avec son blog déjà cité. Genod ne voudrait pas effrayer, malgré sa tronche de Vercingétorix.
Ici, il était confronté à un écueil infranchissable : les Français sont nuls en anglais. Donc, si comme Genod on fait appel à une talentueuse Anglaise pour réciter le texte original de Shakespeare, il faut soit passer par un impossible sous-titrage, soit résumer l'argument au préalable. C'est cette seconde voie que Genod choisit, au risque d'alourdir considérablement sa mise en scène, puisque l'histoire s'en trouve contée deux fois. Genod s'en sort plutôt bien cependant, essaie d'alléger la lourdeur par des petits gags, en particulier un souffleur qui souffle plus qu'ordinairement admis (amusant, mais un peu anecdotique).
Comme d'habitude aussi, Genod affiche une certaine pauvreté de moyens. Dans la feuille de salle, on apprendra que les costumes ont été "empruntés" au théâtre de Gennevilliers. On voit où Genod place l'essentiel : dans le poète, dans les acteurs, le public qu'il réunit. A l'opposé de son Hamlet, le plateau est cette fois complètement nu. La salle est toute noire, de béton peint et d'acier ; et pourtant j'ai rarement vu dénument plus sexy ni mieux exploité. Adonis s'ébroue, pâle et aérien comme un modèle dans un vieil atelier de peintre, caravagesque. Dans les lumières nocturnes, la bougie électrique, le happement de la grande carcasse scénique, les acteurs vont et s'évanouissent. C'est le vide et la mort opposés à la vie et au plein, l'illusion théâtrale à cru. Quelque chose de fantomatique qui sied à merveille à nos classiques, ces revenants qui ne sont jamais partis. Ce soir-là, j'ai senti passer le souffle de Shakespeare, ce petit frisson que procure la présence des morts. Il parlait par la bouche des comédiens, à travers eux son haleine cadavérique avait le parfum des roses. Troublant.

PS. Sur le théâtre de Gennevilliers et les flèches de Buren. Ces flèches rappellent les jeux de piste de notre jeunesse. Elles semblent avoir été plantées là pour l'usage exclusif des grands enfants de Paris. Elles vous cueillent dès la sortie du métro. C'est à croire qu'il n'y a rien d'autre à voir à Gennevilliers que son théâtre. Espérons qu'elles ne soient pas volées comme les petites Vierges qu'on plaçait autrefois dans des niches au coin des rues.

PPS. Avec Vénus et Adonis, Genod annonce qu'il clôt un cycle de six ans. Qu'y aura-t-il après ? A suivre !

Vénus et Adonis, de William Shakespeare, mis en scène par Yves-Noël Genod, avec Kate Moran, Felix M. Ott et Pierre Courcelle, a été donné au théâtre de Gennevilliers les 25 et 27 juin 2009.
- Par Jérôme Delatour
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Mardi 23 juin 2009

Beatriz Setien Yeregui, Beatriz chante (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ma première rencontre avec le Regard du Cygne, 210, rue de Belleville. Il paraît que le lieu est un ancien relais de poste de la fin du XVIIe siècle, quoique Hillairet n'en fasse pas mention. 3 numéros plus loin, au 213, subsiste un des regards de l'aqueduc de Belleville, le regard de la Lanterne, dont les éléments les plus anciens remontent au XVe siècle. Les regards se croisent. Passé la façade anonyme du 210, surprise, on plonge dans Paris-village, version arrière-cour et lampions. On chemine par une longue courette pavée comme entre les jambes d'une femme. Au bout, une petite salle minuscule, cosy comme un utérus. Pierre nue et rugueuse, poutres antiques, parquet de bois, juste quelques rangs de sièges encaissés, il faut se serrer les coudes. Cette sorte de fanum peut s'ouvrir sur la cour par deux battants, y laissant entrer toute sa lumière.

Pépinière de talents comme Micadanses, le Point Ephémère et Mains d'Oeuvres, le Regard du Cygne programme de singuliers événements nommés Spectacles sauvages et Cabaret des Signes. Pour son Cabaret, Kataline Patkaï a convoqué des ami(e)s et leur a laissé carte blanche. Reste que la proposition frappe par sa cohérence. Corps de femmes, visions de femmes, féminisme à l'évidence, mais un féminisme ouvert, serein, sans agressivité, où l'on se sent bien, cocooné. A l'instar du lieu, à l'image de Kataline Patkaï, dont le visage toujours gracieux oscille entre la Joconde et les anges de la cathédrale de Reims. En soi c'est déjà une réussite, à l'heure où le mot même de femme prête à polémique (voyez l'énervement oiseux que suscite l'exposition elles@centrepompidou).
Le sous-titre de ce Cabaret, Jesus et les douze apôtres, donne lui aussi dans ce féminisme souriant : car Jesus s'avère être une femme, la lumineuse Jesus Sevari, et ses apôtres aussi. Parcours sur l'identité féminine, donc, mais aussi sur l'identité de l'expatrié. Kataline est d'origine hongroise. Beatriz Setien Yeregui d'origine espagnole. Jesus chilienne. Viviana Moin argentine.  Et celles qui paraissent plus immédiatement françaises se glissent dans des corps étrangers, étranges, animaux.


Viviana Moin, Billy (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Des femmes qui disent "je" pour se raconter, se partager en somme. Sur le ton de la confidence plutôt que de la proclamation (tant pis pour le cliché sexiste). Isabelle Esposito est la plus inquiétante (La sombre sautillante - une version de la femme étrangement rare sur les plateaux de danse), Viviana Moin la plus sexuelle (Billy - à tous les fabricants de sextoys qui me lisent : Viviana Moin a d'excellentes idées à soumettre à votre profession), Beatriz Setien Yeregui la plus érudite (Beatriz chante - elle joue avec la pensée de Joseph Kosuth et chante des galanteries médiévales ; rappelons à ce sujet que "faire l'amour", avant le XIXe siècle, ne veut pas dire ce que l'on imagine, mais compter fleurette et rien de plus), Julie Trouverie la plus préhistorique, sinon la plus animale (Mysterious Skin - ah ! qu'avec elle La Guerre du feu eût été jolie !)


Julie Trouverie, Mysterious Skin (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Venu faire des photos le jour précédent la première, je n'ai pas pu entendre les Vraoums, ni voir Gemma Higgin Botham et Ugo Dehaes (haha ! un homme), ni partager la tant attendue "performance culinaire". Celle-ci piquant d'autant plus ma curiosité que son principe - manger sur des corps vivants pour assiette - a déjà une longue tradition derrière lui, dont j'ignore l'essentiel. A quand remonte ce jeu surréaliste, sommet d'érotisme cannibale ?


Kataline Patkaï, Sisters
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Kataline a repris un extrait de Sisters. Créée aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2008, cette pièce chemine. Cette fois c'est Kataline qui, Duras en main, jouait le rôle de démiurge et de coryphée. Dans l'atmosphère intime du Regard du Cygne, sous les éclairages changeants et très doux de la lumière naturelle, la pièce autrefois perdue sur le grand plateau du nouveau théâtre de Montreuil changeait de visage. On mesurait mieux les détails, les motifs, les obsessions de Kataline Patkaï. Particulièrement le lien - le cheveu, à la manière de Pelléas et Mélisande, que l'on retrouve dans Krack, nouveau projet de Kataline dont on goûte un aperçu. Lien sensuel (de désir) et violent (de domination et d'arrachement), écheveau ferment de ronde, ou plus exactement de spirale, d'enroulement. Des figures triangulaires aussi, s'étirant en fronton grec (du Parthénon), et d'agrégat monstrueux, polymorphe, prodigue en contractions et en éclatements, dont rarement une tête émerge. Fil, enveloppe, triangle, monstre, autant de signatures de la féminité.


Kataline Patkaï, Sisters (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Muettes à quelques incantations près (pas très convaincantes, soit dit au passage), ces femmes pourraient être soeurs de couvent, avec leurs capuchons de moine. Mais de leur chenille sort une volée grouillante de papillons en maillot de bain. Conglomérat qui s'autodésire, s'autosatisfait et me rappelle, malgré des postulats très éloignés, une pièce toute récente d'Isabelle Choinière. Ou qui rencontre, sur un mode moins ouvertement sensuel, le motif du Bain turc cher à Ingres. Symboles et idées se bousculent encore : mue, métamorphose, double, un et multiple, manifestation du genre dans l'unique, leur conflictuelle confrontation. Quoique tournée vers elle-même, cette entité complexe n'hésite pas à dévisager le regard du public, comme une démonstration de force, une sorte de défi tranquille.

Cabaret des signes #5 : Jesus et les douze apôtres, suite de performances dirigée par Kataline Patkaï, a été donné au Regard du Cygne à Paris du 15 au 17 mai 2009.

- Par Jérôme Delatour
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Lundi 15 juin 2009

Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour terminer la saison de Mains d'Oeuvres, un joli duo de Marie-Jo Faggianelli. De la beauté assumée sans académisme, du japonisme à l'orée du XXIe siècle : deux raisons, a priori, d'aller voir ces Récits dispersés.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ce titre pouvait annoncer du butô et sa tonalité sombre ; mais il faut prendre "dispersé" en bonne part : dispersés comme ces fleurs jetées peu à peu sur le plateau, haïkus répandus comme des bulles de vent. Wen-hsuan Chen revêt une longue robe noire pinabauschienne, Marie-Jo Faggianelli une robe bleue vaporeuse. Les corsages à demi-défaits, dont elles relèvent continument la bretelle, les gestes attentifs que l'une et l'autre se portent suggèrent une histoire sensuelle dont on ne saura rien de plus.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Plutôt que japonaise, l'esthétique de la pièce nous plonge dans l'Occident du début du XXe siècle. Les couleurs délicates rappellent les verres diaphanes d'Henry Cros. Les gestes libres et élégants, la danse légère d'Isadora Duncan, avec des détours par Martha Graham. A un seau d'eau près, nous étions chez Pina Bausch. Et puis certaines poses gracieuses de Wen-hsuan Chen rappellent les danseuses de terre cuite des vieilles dynasties chinoises.
L'absence de musique évite de tomber dans la joliesse. Reste qu'un je ne sais quoi m'a manqué pour adhérer tout à fait à ces Récits trop évidemment beaux.

Guy Degeorges est moins réservé que moi.

Récits dispersés, de Marie-Jo Faggianelli, a été donné à Mains d'Oeuvres les 12 et 13 juin 2009.

- Par Jérôme Delatour
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Dimanche 31 mai 2009
C'était ma première rencontre avec Meg Stuart. Je ressens toujours une inquiétude à découvrir un nouvel artiste : saura-t-il me parler, parviendrai-je à l'entendre ? Ce soir, la rencontre s'est faite.

Do Animals Cry
est d'abord une grande fresque du vide contemporain. Elle commence dans la pénombre, en soirée pyjama. Cinq adultes, gentils, pas vraiment méchants, même un peu cons-cons, qu'on a envie d'aimer, destinés à mourir dans pas longtemps. Des occidentaux hébétés de base (individuellement inoffensifs, collectivement responsables d'Abu Ghraib ou de Guantanamo). En un mot nous. Suit un petit-déj, puis une succession de tableaux de la vie ordinaire.
Ces individus paraîtraient normaux si Meg Stuart ne s'attachait à l'autre face de leur réalité, ces minutes d'ineffable mélancolie où l'individu lambda se sent submergé par les siècles. Alors l'éternité, tapie dans les interstices du banal, le saisit ; l'excès de civilisation le laisse démuni, plus que jamais enfant, transi d'interrogations irrésolues, insolublement seul dans sa course aux chimères ; traversé par le désir et cette folie latente, d'entre les secondes, invisible à l'oeil nu de la comédie humaine, qui fait de nous des êtres dignes, capables d'amour et de compassion.

C'est quand survient la figure du Christ que l'on comprend que la nouvelle pièce de Meg Stuart est véritablement un mystère chrétien. En tee-shirt et jean, il dévale une échelle les bras en T ; le voilà donc revenu. A ce jeune homme gracile aux cheveux longs, nos amis tentent de se raccrocher avec une fébrilité panique, désespérée, comme au cocotier de la dernière chance, comme s'ils ressentaient une menace imminente. A suivre Meg Stuart, ils ont raison : dans le naufrage de nos vies, le Christ est là, accompagnateur silencieux, imperturbablement serein, infatigable, éternel. Il faut donc cesser d'avoir peur et de désespérer.
En fond de scène un boyau de petit bois comme un fourreau géant de traîne-bûches, une échelle dessus comme sur un sous-marin. Un passage ? Un accélérateur de particules ? Une métaphore du recommencement, de la circulation perpétuelle entre les mondes ? A la fin de la pièce, la scène se vide, les accessoires sont entassés en hâte à ses deux extrémités, bouchant le tunnel. Ce pourrait être la fin des temps, l'heure du jugement dernier.

Le christianisme serait-il donc la nouvelle obsession belge ? Il y a peu, Alain Platel a rendu hommage à la Vierge (Vsprs), et plus récemment à la compassion chrétienne (Pitié). Dans sa récente Orgie de la tolérance, Jan Fabre met en scène un Christ dépassé par les événements, ayant perdu la partie ; un souverain démonétisé, pantin de notre cynisme. Chez Meg Stuart au contraire, peut-être parce qu'elle est d'abord américaine, le Christ reste intact, intouchable, transcendental.
Crise mystique dans un climat mondial difficile ? Pas sûr. Chez tous, le même constat d'épuisement de l'humanité, les mêmes critiques de nos faiblesses et de nos fuites, les mêmes interrogations (l'homme et l'animalité - "I am an animal", slogan chez Fabre ; "Do Animals Cry", question chez Stuart) ; mais leur Christ s'impose d'abord comme un modèle laïc de moralité, de vertus humaines. Quoi qu'il en soit, c'est chez Meg Stuart qu'il a le plus beau rôle et le plus manifeste. Vers la fin de sa pièce, elle lui accorde un long et bouleversant solo. Son Christ est une entité étrange, androgyne, troublante, comme dépourvue de conscience, instinctivement bienveillante, indiciblement sensuelle ; à la fois partout et à côté, nulle part, parallèle, double... L'Eglise catholique gagnerait à s'emparer de cette pièce.

Formellement, on pourrait parler de théâtre mimé, Theatertanz plutôt que Tanztheater, car la narration y occupe une place prépondérante. Aucune importance. Soutenu par la musique planante de Hahn Rowe, un tantinet facile mais efficace, Do Animals Cry retrouve l'émotion que Platel avait produite dans Vsprs et perdue dans Pitié. Les six interprètes sont tous admirables, l'agencement millimétré, subtil, à mille lieues de la farce pauvrette et bâclée de Jan Fabre. Pas une bitte à l'air en deux heures de spectacle, quelle audace révolutionnaire !

Une fois de plus, les commentateurs m'étonnent par leur à peu près et leur manque d'esprit critique. Pourquoi prendre les dossiers de presse pour argent comptant ? On me vend une "saga familiale", de la radicalité, de l'audace. Pour la saga familiale, c'est absurde. Une famille ne se compose pas de six personnes du même âge ; il fallait comprendre famille humaine, et peut-être même enfants de Dieu. Et si radicalité il y a, c'est de mettre en scène la figure christique et de lui donner autant de place. Mais, curieusement, aucun des commentateurs que j'ai lus ne l'a seulement aperçue ! Il faut dire que la pièce n'a encore été jouée qu'en France ; gageons que les commentateurs étrangers sauront percevoir ces symboles religieux que le Français moyen, à l'évidence, ne comprend plus.

Do Animals Cry, de Meg Stuart, a été donné au Théâtre de la ville du 26 au 30 mai 2009.
- Par Jérôme Delatour
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Lundi 20 avril 2009

Ali Fekih,
Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Les Flamants roses, c'est bien trouvé. Car tout n'est pas rose dans la vie d'Ali, mais Ali veut en parler. Non pas tant pour lui que pour les autres, pour tous les autres, nous, malades ou non, car son expérience est riche et singulière. Et qu'il flambe un peu, Ali.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Nouveau solo, plus autobiographique encore que Des Equilibres. Plateau blanc cette fois, peut-être parce que tout n'est pas encore tout à fait ficelé, mais après tout le blanc convient bien après le noir : cette fois, on vous dit tout, ou presque. Un grand fracas d'enfance brisée. Des craies de couleur fracturées, des craies qui n'écrivent pas. Toute la couleur à terre. Des fils de mémoire entre France et Maghreb.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Corps et prothèse : double carcasse, double peine. Solitude. Hamlet sur un cercueil à roulettes.
L'insoutenable légèreté des sacs plastique. Sa vie à lui tiendrait peut-être dans un sac, un sac voyageur qui ne saurait pas voler.


Ali Fekih, Le Flamants roses
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Tout est couleur sauf Ali, sauf quand il retourne sa veste ou qu'il se dévoile en costard collant.
Ali manie brillamment l'arte povera des bouts de ficelle.
Il pousse ses béquilles à bout ou les brandit. Béquillibriste. Elles le tiennent à distance de la terre, et des autres éventuellement, comme une menace.
Ali dit quelques mots poétiques. Il marmonne plutôt, ils sont presque inaudibles. Ce n'est pas son truc, ou pas encore.

Il paraît qu'Ali cherche un diffuseur !

Les Flamants roses, d'Ali Fekih, a été présenté à Micadanses les 6 et 7 avril 2009.

- Par Jérôme Delatour
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Samedi 4 avril 2009
Malgré le titre et la date, le 1er avril, Laughing Hole est tout sauf une plaisanterie. Un trou c'est une blessure, une faiblesse. Un trou c'est le vide, la vacuité. Un trou c'est une menace, un trou d'air, une voie d'eau ; le pétrin où l'on se met, un gouffre où l'on pourrait tomber.


La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Créé en juin 2006, Laughing Hole fait étrangement écho au Ha ! Ha ! de Maguy Marin, dont la première eut lieu deux mois auparavant. Les deux pièces dénoncent le rire nerveux d'une société occidentale au bord de l'implosion, satisfaite et dégoûtée de sa puissance démesurée, qui se retourne contre les autres et contre elle-même. Dans le contexte actuel, alors que cette société semble sombrer dans l'oeil du cyclone, elles pourraient prendre un accent prophétique ; mais elles ne font que traduire un sentiment depuis longtemps partagé par tout un chacun, un constat d'échec et de gâchis généralisé de nos démocraties.

Le dispositif de Laughing Hole, dans la droite lignée de toutes les autres pièces de La Ribot, est très simple, mais efficace, et son effet subtil.
Trois femmes, riant sans pouvoir s'arrêter, parcourent une salle jonchée de centaines de cartons retournés, face contre terre, sur lesquels figurent des mots, des phrases. Elles les prennent un à un pour les afficher sur les murs, composant au hasard des nuages de pensées. Parfois, elles glissent et chutent sur les cartons épars, en riant d'autant plus. Même pas mal !

La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ces cartons ont le format des cris, des slogans, des protestations. Ils font hurler nos démons contemporains : violence, vacuité, impunité, égocentrisme et corollaires (peur, veulerie) ; Guantanamo, Gaza...
Les trois performeuses, dont La Ribot elle-même, sont des femmes de ménage de charme, en blouse de couleur, tongs et culotte décontractée, rouleau de scotch en guise de bracelet. Proprettes, d'une impudeur tranquille mais modérée. Leur corps, leur vêtement, leur activité, tout en elles symbolise notre société malade : attirante et désirable, mais désespérément cynique, insolente, écervelée, inconséquente, niaise, ignorante, béate, futile, indifférente, irresponsable, - épuisée. Si le rire ne conduit pas toujours aux larmes, il mène fatalement à l'épuisement. Leurs rires de mouettes finissent noyés dans le bruit de fond.

La Ribot, Laughing Hole (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

La conjonction fortuite des mots et des poses, l'arrangement aléatoire des cartons sur les murs créent des associations cocasses, surréalistes.
L'action de prendre les cartons et de les afficher relève du dévoilement, de la révélation d'une vérité connue (la grecque alètheia). Au chaos du sol jonché, elle fait succéder l'ordre des murs couverts d'inscriptions. C'est un grand ménage moral, une catharsis. Qui n'est pas exempte d'ambiguïtés : dans cette opération, nos créances toxiques ne font que migrer du sol au mur, et tacher un espace jusque-là immaculé ; et la confession de nos péchés reste légère, au fond, puisque Dieu désormais, c'est nous.

Laughing Hole dure six heures au cours desquelles les trois performeuses, fatiguées de rire, doivent se relayer pour tenir le choc. Le public peut aller et venir à sa guise, mais il me paraît plus judicieux de rester jusqu'à la fin. Pour le spectateur, c'est un exercice de patience, d'ascèse, d'extase. Aveu : je ne suis resté que trois heures trente. Mais j'étais obligé de partir, j'aurais aimé rester jusque au bout.
J'ai vécu Ha ! Ha ! comme une agression qui manquait sa cible, comme une balle perdue. Je suis plus sensible à Laughing Hole, qui prend davantage la forme d'une cérémonie expiatoire, d'une séance de thérapie collective, de conjuration du sort par la fixation symbolique des maux-mots. C'est une pièce pour repentis. Chez La Ribot, je ne me sens pas agressé, mais plutôt rasséréné, pris par la main, invité à la méditation, à changer d'attitude.

Un bémol cependant. Nombreux sont les artistes qui, chacun à sa manière - bouffonne chez Fabre, protestataire chez Marin, intellectualisée chez La Ribot, dénoncent les travers destructeurs de notre société. Dénoncer, c'est bien, mais nos médias politiques et culturels se chargent déjà bien assez de nous étriller à longueur de journée ; proposer, c'est mieux. J'attends aussi cela d'un artiste engagé.

♥♥♥♥ Laughing Hole, de La Ribot, a été donné au centre Pompidou le 1er avril 2009.

Retrouvez ici Laughing Hole en images

- Par Jérôme Delatour
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Vendredi 3 avril 2009
Voilà Jan Fabre victime à son tour du syndrome du Bazar du homard. N'y allons pas par quatre chemins : l'Orgie de la tolérance est un spectacle bâclé, dépourvu d'enjeux esthétiques et idéologiques ; du Jan Fabre en roue libre.

Les indulgents pourront dire que Fabre réinvestit la tradition de la commedia dell'arte : farce, pantomime, danse (un tout petit peu), jeu et caractères outrés, postures et allusions sexuelles à tire-larigot, tout y est. Les autres s'agacent d'autant de paresse, de l'auto-recyclage permanent (c'est reparti pour l'homme-chien, le rock à fond les manettes, l'apostrophe beuglée du public (après "we are animals", c'est maintenant "Fuck you" ; il y a du progrès)...), mais surtout de l'absence de sincérité, d'un véritable engagement moral.

A grands coups de gags éculés, Fabre vous tartine de conformisme, d'un prêchi-prêcha bien-pensant contre la société de consommation, la religion de l'argent qui nous pourrit tous. Vous apprendrez donc qu'aimer l'argent ce n'est pas bien et que ça rend malheureux, que la jouissance sexuelle ce n'est pas bien non plus, que la mode est futile, qu'abuser des drogues n'est pas joli, que le nazisme est vilain, qu'Abou Ghraib n'est pas une belle chose, que le racisme rend laid et qu'il n'est pas juste. Et que la religion du Christ c'était pas mal, au fond.
Est-ce donc tout ce que ce pitre a à nous dire ? En matière d'obscénité, il atteint par là des sommets. Et pourtant, comble de l'ironie, Fabre a rabattu beaucoup de son obscénité scénique. Peut-être envisage-t-il une tournée en Chine ? Ou bien aurait-il adhéré secrètement aux témoins de Jéhovah ? Il faut dire que la provoc fabrienne s'émousse plus vite qu'une motte de beurre. Le comédien qui s'empale le derrière sur le canon d'un fusil aurait scandalisé il y a dix ans, aujourd'hui il fait rire gras.

Le public du Théâtre de la Ville adore la médiocrité. Personne n'a claqué son siège ce soir. Une insulte pour Fabre qui ferait bien de prendre une année sabbatique.

(Naturellement, nos "critiques" officiels, Rosita Boisseau et Marie-Christine Vernay, ont adoré. Raphaël de Gubernatis est plus crédible.)

L'Orgie de la tolérance, de Jan Fabre, est donné au Théâtre de la Ville du 31 mars au 4 avril 2009.
- Par Jérôme Delatour
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Quelques festivals...


Hiver


Artdanthé (Vanves, entre novembre et mars)
Faits d'Hiver (Île-de-France, janvier)
Premiers gestes (Paris, janvier)
Tanztage Berlin (janvier)
SzólóDuó Tánc Nemzetközi Fesztivál (Budapest) NOUVEAU
C'est de la danse contemporaine (Toulouse, janvier-février)
Escena contemporanea (Madrid, janvier-février)
Vivat la danse ! (Armentières, février)
Tanzplattform (février, Allemagne)
Les Hivernales d'Avignon (Avignon, février-mars)
Tanz Bremen (Brème, mars)
Les Repérages (Lille, mars)
Les Antipodes (Brest, mars) VID
Visu (Dieppe, mars) VID
Biennale nationale de danse du Val-de-Marne
(mars-avril)

Printemps


Biennale de danse de Charleroi (mars-mai)
Freedance
(Dniepropetrovsk, Ukraine, avril)
Brasil Move Berlim (Berlin, avril) VID
Springdance (Utrecht, avril)
100 dessus dessous (La Villette, avril, juin)
Un desierto para la danza (Mexico, avril-mai)
Vidéodanse (centre Pompidou, Paris, avril-mai)
Concordanse (Bagnolet, avril, juin)
Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
(Île-de-France, mai-juin) VID
Festival TransAmériques (Montréal, mai-juin) VID
Tanec Praha
(Prague, juin)
June Events (Paris, juin)
Dance Week Festival (Zagreb, juin)
Uzès Danse
(Uzès, juin)
Latitudes contemporaines (Lille, juin)
Alkantara festival (juin)
Des auteurs, des cirques (La Villette, juin)
Zawirowania (Varsovie, juin)

Eté


Festival de Marseille (juin-juillet) VID
Montpellier danse (Montpellier, juin-juillet)
Parcours de danse (Chamarande, juillet)
Festival d'Avignon (Avignon, juillet)
L'Eté des Hivernales (Avignon, juillet)
ImPulsTanz (Vienne, juillet-août) VID
Paris quartier d'été (Paris, juillet-août)
Internationale Tanzmesse nrw (Düsseldorf, août)
Tanz im August (Berlin, août-septembre)

Automne


Biennale de la danse (Lyon, septembre)
Plastique Danse Flore (Versailles, septembre) NOUVEAU
Festival Internacional de Solos de Dança Contemporânea (Malaposta, septembre)
Dansem (Marseille, septembre-octobre) VID
Sidance (Séoul, septembre-octobre) VID
iDans (Istanbul, septembre-octobre)
Il gatto danza (Ascona, septembre-novembre)
Festival d'Automne (Paris, septembre-décembre)
Les Eclats chorégraphiques (Poitou-Charentes, octobre)
Nottdance (Nottingham, octobre)
100 dessus dessous (La Villette, octobre)
Tanzhautnah (Cologne, octobre)
123Tanz (Hall, Autriche, octobre)
Tanztendenzen (Greifswald, octobre)
Bøf (Budapest, octobre)
Panorama de dança (Rio de Janeiro, octobre-novembre) VID
Dance (Munich, octobre-novembre)
Fest mit Pina (Allemagne, novembre)
Euro Scene Leipzig (novembre) VID
Les Inaccoutumés (Paris, novembre-décembre)
Lignes de corps (Valenciennes, novembre-décembre)
Monaco Dance Forum (Monaco, décembre)
100 dessus dessous (La Villette, décembre)
Decemberdance (Bruges, décembre)

Dates variables


DatanzDa (Zürich)
La Espiral Danza
(festivals espagnols)
Les Grandes traversées (Bordeaux)
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Junge hunde (Kanonhallen, Danemark)



... & compagnies


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