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DVD toujours disponibles (critique un de ces jours ;-)...) : La danse : le ballet de l'Opéra de Paris de Frederick Wiseman ; Chic et danse 1, de Philippe Vallois (Nijinski, la marionnette de Dieu - Huguette Spengler, la nébuleuse du rêve)

 

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 23:26
Pour célébrer Merce Cunningham, non encore disparu, Boris Charmatz a pris une voie expérimentale. Il rend hommage à la danse, mais aussi à la photographie, et par là au temps, à la fragilité qu'il induit.

Charmatz n'a choisi que d'anciens interprètes de Cunningham, des plus jeunes aux plus âgés. La jeune fille et la Mort, presque. Il ouvre sa pièce sur les deux plus anciens, homme et femme, qui frappent par leurs corps débiles, frêles comme des chats. Voilà ce que sont devenus les fringants athlètes. Lui*, difforme par ses jambes maigres, comme monté sur échasses. La légèreté que leur donnait autrefois leur musculature puissante, ils l'ont retrouvée, autrement, dans leurs muscles fondus. Ne pouvant plus que mimer le mouvement et jouer la comédie, ils sont pourtant impressionnants dans cet exercice. Elle**, dans un visage défait de Droopy, a conservé des yeux intenses, des yeux qui se souviennent.

Charmatz est parti d'un livre éponyme, Merce Cunningham, Fifty Years (1997 ; bêtement traduit par un demi-siècle de danse dans la version française). L'idée était d'utiliser les photographies de ce livre, prises dans leur ordre chronologique, comme les images d'un seul film, de la chorégraphie ultime. Tout le problème, évidemment, étant d'écrire les images intermédiaires, pour donner des muscles à ce squelette. De fait, le résultat est étrange et reste syncopé. Il demeure un collage de poses, de figures, de grimaces, auquel Charmatz ajoute quelques traits d'humour, en affublant par exemple ses interprètes de collants criards, comme un pied de nez aux collants vintage et à la photo noir et blanc.

Les danseurs refont, ils rejouent même parfois ce qu'ils ont été sur une photographie. Certaines notes de piano frappent comme le son du déclencheur photographique. Comme le marteau du commissaire priseur, le déclencheur sonne une fin. C'est le côté mortuaire de la photographie.

Pour apprécier pleinement l'expérience, il faudrait posséder le livre et tout l'oeuvre de Cunningham. Elle invite à des lectures que je ne peux pas faire. C'est la limite du travail de Charmatz, qui exige du spectateur une forte dose d'érudition chorégraphique. Ce que je peux faire, c'est observer quelques caractéristiques de poses, le pied cambré, les mains tendues et plates, l'équilibre sur un pied ; le corps cunninghamien, ses cuisses de grenouille ; ressentir, dans l'égrènement de cinq décennies, l'écoulement de l'histoire, de l'histoire de la danse, de la musique d'avant-garde, des passions humaines : la musique expérimentale des fifties ; les corps apparemment libérés, échevelés des sixties, la guitare électrique et la batterie qui les accompagne ; les nineties plus inquiètes, imperceptiblement désaccordées. Par sa longueur même, l'oeuvre de Cunningham a une dimension historique, s'inscrit dans l'aventure humaine.

A voir l'actualité récente (centenaire des Ballets russes à Monaco et à l'opéra Garnier, Isadora Duncan au musée Bourdelle, Anna Halprin rejouée dans le monde entier...), le temps pourrait être au regard rétrospectif. Charmatz lui-même a rendu dernièrement un hommage à Hijikata, l'un des pères du butô. On ne peut que s'en féliciter. Le moment serait venu d'une renaissance pour une danse contemporaine quelque peu essoufflée, peut-être, d'avoir couru trop vite.

50 ans de danse, de Boris Charmatz, a été donné aux Abbesses du 8 au 12 décembre 2009.

* Gus Solomons jr., né en 1940, interprète de Cunningham de 1964 à 1968.
** Valda Setterfield, danseuse et comédienne, interprète de Cunningham de 1964 à 1974.
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 10:50
Rien à voir avec le Lac des Cygnes. Ce cygne noir renvoie à une théorie de l'improbable qui menace toute certitude inductive. On a pu affirmer longtemps que les cygnes étaient blancs ; jusqu'au jour où, en 1790, John Latham découvrit et décrivit pour la première fois des cygnes noirs.


En l'espèce, Black Swan est-il le cygne noir de l'oeuvre de Gilles Jobin, ou une pièce à cygne noir ? Certes, Black Swan surprend par son ouverture très dansée, qui tranche avec la précédente création de Jobin, Text to Speech ; mais au fond, on reconnaît aisément sa patte esthétique et conceptuelle. En revanche, la pièce en elle-même est un condensé d'incongruités, d'imprévisibilité qui forcent le spectateur à l'abandon. Le cygne est à l'intérieur.

Black Swan immerge dans un bocal de sonorités électro-acoustiques, orientales, de liquidités métalliques. Une femme exécute une danse presque rituelle, brassant l'air de la scène comme pour s'en approprier tout l'espace. Bras en cercle. Une autre femme la rejoint pour un très beau duo féminin, souple et perpétuel, contrebalancé de l'une à l'autre magnifiquement. Puis appropriation de la terre, sensuelle. Vient un homme, appui.

Avec les lapins en peluche je perds pied. Un deuxième homme, Jobin en collant de Frère Jacques. Le cygne noir c'est lui, sculpté comme un athlète un peu court. Il sautille et mouline des lapins, une Snoopy dance of joy. Le duo des hommes est plus violent ; courses, sauts, vifs et grands mouvements des bras, lapins brandis comme des gants de boxe ; musique aussi plus martiale. Arrêts sur images. Passés sur un corps debout les lapins citent Braindance, ces fragments de miroir patiemment collés sur corps nu. Un roulé-boulé avec chevaux en peluche, ah ? Une transhumance d'éléphants, superbe et raffinée, frôle une danseuse cyan. Puis tout leur jeu, un peu long, de longues baguettes, nautoniers du noir, jusqu'à pousser les chevaux sur le devant de la scène. Cette fin m'échappe. Vaincu par le rhume, je m'endors. Je crois que c'était beau.

Black Swan, de Gilles Jobin, a été donné aux Abbesses du 1er au 5 décembre 2009.

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 09:46
Au terme d'une après-midi marathon passée à Mains d'Oeuvres auprès de Grazia Capri (qui répète On Being an Angel, solo intime et intense inspiré de l'oeuvre de Francesca Woodman) et d'Eléonore Didier (qui met la dernière main à !Kung Solo, ultime avatar de son Paris possible, pour lequel elle a passé la main à Mathilde Lapostolle), me revoici aux Abbesses. Nouveauté au Théâtre de la Ville : la feuille de présentation a gagné en grammage et s'offre des illustrations en couleurs. Quel luxe !


Lia Rodrigues, Pororoca (cl. Vincent Jeannot)

Pororoca fait partie de ces spectacles dont j'attends beaucoup. Parce que c'était la première fois que je voyais une pièce de Lia Rodrigues, dont la renommée est aujourd'hui installée ; parce que c'était la première fois que Lia Rodrigues était invitée au Théâtre de la Ville (espérons que ce ne sera pas la dernière) ; parce que, Brésilienne travaillant au sein d'une favela de Rio de Janeiro, elle semble bien placée pour nous parler de la société humaine et des difficultés qu'elle traverse. Oh je sais, vous allez dire que c'est une grosse naïveté de démocrate européen, tant pis, j'assume. Dans cette pièce, du moins, Lia Rodrigues a manqué cette dimension sociale et politique. Hélas, j'ai vu beaucoup de bonnes idées, mais pas d'idée. Une cellule sans noyau.

Grosso modo, Pororoca représente une société, à tout le moins une communauté (huit femmes et trois hommes, formidable troupe à l'oeil brillant), au sein de laquelle la sexualité est le centre de tout. Société organisée en couples, duos, trios amoureux toujours changeants, hommes-femmes, femmes-femmes, hommes-hommes, corps à corps parcourus d'une nervosité compulsive. Sensualité latente, êtres frénétiquement jouisseurs, déchaînés comme des grenouilles en rut, ils forment une communauté organique, soudée par une sociabilité de l'accouplement. Il y a des moments de suspension, semblables au répit nocturne. Un individu, par hasard, s'extirpe aussi parfois du groupe. Débranché, il paraît mélancolique. Mais il est vite rattrapé, réintégré.

Ces gens ont l'épuisement gai. Il y a bien quelques tensions, on se marche dessus, on veut se faire une place comme dans les trains de Central do Brasil, mais avec infiniment plus d'urbanité ; car le coït revient furtivement, par lequel tout conflit s'évite et s'aplanit. Du sexe comme vecteur de civilisation, il y aurait beaucoup à dire, et cette vision de kamasutra revient souvent chez les chorégraphes ces dernières années (Gilles Jobin, Alain Platel, Kataline Patkaï, notamment).

Mais à ce point Lia Rodrigues s'égare, enchaîne les workshops un tantinet répétitifs, jusqu'aux clichés rebattus de l'homme-animal et des danseurs qui dévisagent le public pour lui renvoyer sa propre image. Nous sommes des animaux, regardez... Or nous, c'est VOUS. Ha ha ! vous êtes bien eus !
Hum. Je ne suis pas de la religion du neuf à tout prix, mais ce plat-là, Jan Fabre nous l'a déjà servi (à la fin de Parrots & Guinea Pigs en 2002, si je ne m'abuse) et il est toujours aussi fade.

La pièce se termine sur le reflux du Pororoca - détail que la plupart des spectateurs, passablement énervés ce soir-là et peu enclins à quelque forme d'écoute que ce soit, n'auront sans doute pas vu. Les danseurs, partie de nous-mêmes, remontent parmi nous, en sens inverse de notre regard ; comme le Pororoca, courant induit par la marée montante, reflue à l'embouchure de l'Amazone. Encore une idée qui n'aura pas été exploitée : idée d'un contre-courant, mais contre qui et pour quoi faire ? Encore un peu de travail, et Pororoca pourrait devenir un chef-d'oeuvre.

Pororoca, de Lia Rodrigues, a été donné aux Absesses du 25 au 28 novembre 2009. Voir la pièce en images sur le site de Vincent Jeannot, ainsi que les points de vue de Guy Degeorges et du blog Sur l'Octuple sentier.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 11:06

Christian Ubl, Black Soul (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Le 14 octobre dernier, premiers pas à l'Etoile du Nord pour une soirée du festival Avis de turbulences, dirigé par Jean-François Munnier.

D'abord Black Soul, premier volet d'un dyptique en noir et blanc de Christian Ubl. Est-ce le temps de se réveiller, de s'échauffer, je n'ai pas bien compris cette pièce. En travaillant mes photographies, j'ai soupçonné comme un fond cinématographique, comme des citations, du cinéma classique des années 40-50. Le noir et blanc, bien sûr, la mise en scène (le micro, la fumée, le souffle dans les cheveux, la panoplie d'ange accrochée à un cintre acrobate), les costumes de résille noire comme de la pellicule 35 mm.

Christian Ubl, Black Soul (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Tout se passe dans une installation faite de mobiles portant des mannequins transparents couverts de résilles. Alors, la fille est en blanc et le monsieur (Christian Ubl) est en noir, toujours. Ce doit être lui l'âme noire, OK ; des fois il porte la fille. Mais parfois la fille aussi est en résille noire comme le monsieur, bon, et ils se traînent par terre. C'est assez beau, si. Je ne devais pas être réveillé.



Réveil avec Matthieu Hocquemiller et un extrait de sa nouvelle création, Bonnes nouvelles.

Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Je ne sais pas comment Matthieu Hocquemiller est en vrai, mais les pièces de ce fan de Benasayag (on se souvient de son J'arrive plus à mourir) fleurent bon l'utopie socialiste sauce Amérique latine. De la critique sociale, oui, mais de l'optimisme, du volontarisme. Bonnes nouvelles (donc) adopte la ligne claire : une succession de tableaux bien délimités, didactiques (ce serait presque un ballet de la Chine populaire). Vive la lisibilité ! C'est si rare dans la création contemporaine.

D'abord, Hocquemiller vous démollit le phallocratisme en deux coups de cuiller à pot. Puis trouble notre conception de la différenciation sexuelle, souligne ce qu'elle a de caricatural et d'outré. Il y a du féminin dans le masculin et du masculin dans le féminin : n'est-ce pas beau ainsi, pourquoi jouer les bravaches ? Soudain, une Pietà déboule, le Christ pantelant dans les bras de la Madonne ; sauf que la Madonne n'est plus la mamma révérée des machistes, mais une jeune fille libre et ordinaire. On ne voit plus un fils et sa mère, un homme et une femme, juste l'interdépendance et l'entraide, les ferments de toute communauté.


Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Un jean a beau être raide neuf, il n'aide pas à tenir debout. Et le tissu ne cache pas la peur. Que tombent les voiles, des poses hiératiques ramènent à l'homme universel. Dernier tableau : découverts, vit, fente, seins, formes se répondent, se juxtaposent et se complètent, composent une poétique de la transparence et de la complétude où le miroir n'est pas mur mais porte, ouverture.


Matthieu Hocquemiller, Bonnes nouvelles
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Une leçon d'humanisme populaire, éminemment politique, éminemment nécessaire à l'heure où la culture du grand-frère, les replis identitaires font des ravages.

En complément de cette chronique, voir la vidéo (!i) du même Hocquemiller, puis votez pour elle sur le site du festival Idill. Et voyez la critique de l'incontournable Guy.



Philippe Ménard, Ridi, Pagliaccio ! (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ridi, Pagliaccio !,
de Philippe Ménard, met en scène un petit soldat de la société médiatique, de la chair à télévision. Version moderne et condensée de la célèbre pièce de Ruggero Leoncavallo, Pagliacci (1892), c'est un précis de décomposition. On ne sera jamais des empereurs ni des saints, mais l'individu peut espérer, et espère malgré tout devenir dieu vivant l'espace d'un moment, généralement le temps que la star filante met à quitter le ciel. Et pour y parvenir, est prêt à tout sacrifier. La vie médiatique devient la vie tout court. Ce danger ne guette plus que les artistes. Avec Internet, l'homo consomaticus est devenu mediaticus, chacun est en proie à cette folie.

Ridi... m'a d'abord agacé ; un peu long, un peu vide. Et puis je me suis souvenu que l'interprète, la pétulante Stefania Brannetti, est italienne, et du sort qu'on réserve aux femmes dans la télévision berlusconienne, ce monstre abject et fascisant. Un élégant coup de poing, à méditer.


Philippe Ménard, Ridi, Pagliaccio !
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Black Soul, de Christian Ubl, Bonnes nouvelles, de Matthieu Hocquemiller, et Ridi, Pagliaccio !, de Philippe Ménard, ont été donnés à l'Etoile du Nord dans le cadre du festival Avis de turbulences #5 du 15 au 17 octobre 2009.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 13:48

Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Aude Lachaise a un sacré culot. Pour son premier solo de chorégraphe, elle ne danse pas, ou si peu. Mademoiselle donne dans la conférence dansée, le one-woman show, le cours de philosophie. Pleine d'une tranquille inconscience, elle affronte les écueils tranchants de la gestuelle et de l'éloquence, et n'en sort pas totalement déchirée.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Elle fait mentir outrageusement ceux qui pensent que les danseurs ne savent que danser et les bimbos que sourire. Elle sait parler et écrire, et avec un brio certain (avis aux éditeurs !). Aude est belle mais ne se tait pas. Enfin elle parle cul sans se mettre à poil. En danse contemporaine, une vraie provocation. Et se dévoile d'autant moins que, sous l'apparente confession, elle se cache. Cette midinette qui fantasme sur Brando, voudrait succomber au marlou Marlon ce n'est pas elle, au mieux qu'un grossier doublage. Et à qui s'adresse-t-elle dans cet incessant va-et-vient du tu au vous, est-ce à nous public, à un homme, à son homme, à une copine ? Tous à la fois, sans doute.


Aude Lachaise, Marlon (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Directe et stylée, sans doute belle amoureuse, et au dedans bouillante et survoltée, cette petite bonne femme en jupe et au texte bien troussé pratique l'humour de race. A coup sûr, Aude Lachaise a encore beaucoup à dire et à montrer.

L'avis de Guy Degeorges

Marlon, d'Aude Lachaise, en répétition au Point Ephémère le 18 septembre 2009, donné depuis dans le cadre des Plateaux les 25 et 26 septembre.


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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 22:23
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour son premier solo, encore tout juste ébauché, Maxence Rey a choisi un beau titre énigmatique ; à l'instar de sa coiffe étrange, évasée comme la couronne de la sublime Nefertiti. Baroque, lisse, son costume rappelle Goude et Decouflé, le glamour propre des années frime. Mais dans son regard monumental, je préfère croiser l'oeil surréel des korè archaïques, mieux celui d'une cariatide, soutenant un temple invisible.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sa tête semble porter ce poids immense et son oeil nous jeter un sort. Nous sommes dans la théâtralité, un jeu de gestes et de pupilles. Maxence Rey cherche, dit-elle, "à être au plus près de l’humain dans sa fougue à être en vie, dans sa vulnérabilité et sa fragilité face à la mort". J'ai senti tout autre chose, ou j'ai senti la même chose par d'autres chemins. Cette coiffe intrigante, ces poses raides, ce violent clair-obscur composent une figure hiératique, hors du temps et de la vie. A peine quelques mouvements triviaux tentent-ils de troubler cette image et de la rendre plus humaine. Vissée sur sa chaise, elle chuchote des choses inaudibles. Je ne démords pas du passé. C'est une sibyle, une de ces simples femmes par qui le monde caché parlait en les faisant trembler, un intercesseur.

Maxence Rey, Les Bois de l'ombre (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)
Maxence Rey, Les Bois de l'ombre
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Maxence Rey a beaucoup travaillé avec Isabelle Esposito, et cela se voit. De cette dernière je ne connais qu'un fragment de solo, mais avec lequel la parenté me paraît évidente : une femme, singulière, statique sur une chaise, habitant une sorte de monde parallèle, étrange. Attendons de voir quelle direction Maxence prendra désormais.

L'avis de Guy Degeorges

Les Bois de l'ombre, de Maxence Rey, en répétition à Mains d'Oeuvres le 4 septembre 2009.

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 22:02
De notre envoyé spécial à Saint-Ouen


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

C'est Guy qui m'a poussé à rendre visite à Sofia Fitas à Mains d'Oeuvres en sa compagnie. J'avais vu l'an dernier son Experimento 1 et je n'avais pas été entièrement convaincu. Je trouvais qu'il manquait d'originalité. Un solo féminin dans le noir, minimaliste, de la lumière juste sur la peau, une enveloppe sonore un peu marine, une enveloppe charnelle de plastique évoquant le fourreau d'une diva, mais comme par pur hasard ; une danse intime, au plus près, rappelant au profane le foetal butô (on en reparlera). Bon. Avec tout ce noir, d'ailleurs, j'avais bien eu du mal à prendre des photos. Avec le recul, il me semble qu'elles auraient pu être pires.


Sofia Fitas, Experimento 1
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Sofia Fitas travaille à présent Experimento 2. Oh, m'a-telle prévenu, ce sera encore dans le noir. D'ailleurs Experimento 2 paraît dans la totale continuité d'Experimento 1. On pourrait dire sans se tromper que ce n'est que la deuxième partie de la même expérience. Mais cette fois le charme opère, nous sommes dans les conditions de répétition. Pas de costume, pas de son ad hoc, juste de la musique pour se détendre et se concentrer ; pas de lumière ni de noir, que les néons du studio danse de Mains d'Oeuvres - encore un très bel endroit brut, dans ce bâtiment de parpaings qui doit être un ancien hangar ou quelque chose comme cela 1. C'est une grande boîte cubique opaque peinte en blanc. Il y fait chaud à cette saison, et j'ai couru x fois boire au lavabo, mais qu'importe. Ces lieux-là me plaisent, comme le studio du Point Ephémère, que j'espère fréquenter souvent la saison prochaine (Eléonore Didier doit y officier 2) ; beaucoup plus que les scènes et leurs artifices usés.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et donc, juste le travail assidu d'une danseuse, son travail quotidien sans doute, sa manière profonde d'être et de penser, rien, au sens premier du terme, de spectaculaire. Juste un grand papier kraft au sol qu'elle doit rescotcher de temps en temps aux quatre coins, un peu rituellement, comme pour délimiter son territoire ou son monde, et une autre couverture de papier kraft sous laquelle elle aime à disparaître et s'affairer comme un petit animal.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Imaginez tout cela dans le noir, on ne la verra pas beaucoup. Et surtout pas son visage, qu'elle ne montre que parcimonieusement, plutôt par accident, comme pour matérialiser le fait qu'une tête n'est pas plus importante qu'un dos ou un pied pour connaître le monde. Il y a des choses qui ne sont pas encore en place, nous confie-t-elle en rajustant une mèche. Cette concentration du regard sur l'état essentiel du corps (oh ! ce n'est pas tout à fait le bon terme. Il faudrait lui mêler intime, primitif, reptilien), cette manière de faire émerger du papier ses pieds maigres comme une fleur étrange font penser au butô, même si l'on devine d'emblée que ce n'est pas cela. Je pose la question, tant pis : Sofia me répond yoga. Mince, j'aurais dû y penser.


Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Et d'ailleurs, dès lors que la musique est plus sereine, et Sofia plus échauffée, ses mouvements se délient, s'arrondissent, se féminisent. Elle dit qu'elle cherche quelque chose d'aérien. De fait, après tout ce temps au ras du sol, la voilà sur jambes comme montée sur ressorts. Je ne vois pas encore d'oiseau, mais une grenouille. Je le lui dis en plaisantant.

Sofia Fitas, Experimento 2, répétitions
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

1. C'est l’ancien centre social et sportif des usines Ferodo Valeo, équipementier automobile.
2. Danseurs, chorégraphes, pour candidater aux résidences du Point Ephémère qui courront du 21 septembre 2009 au 31 mars 2010, ça se passe ici, date limite de candidature le 15 août.

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 21:40

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Epatant. Feuilletant le dernier Nouvel Obs en rentrant de Gennevilliers, je tombe sur cette citation : "dans une époque de décadence, pas d'ornementations, je vous prie ; il vaut mieux alors rechercher la communion intime avec les vieux de la vieille et ignorer le présent". Signé Vincent Van Gogh à son ami peintre Van Rappard. Parfait pour la dernière mise en scène de Genod, Vénus et Adonis. Cela lui va comme un gant. Shakespeare, dont il a monté il y a deux ans un Hamlet mémorable, fait assurément partie de ses vieux de la vieille.

Pour ce retour à Shakespeare, Genod n'a pas choisi une pièce de théâtre mais un poème, Venus and Adonis (1593), librement inspiré du livre X des Métamorphoses d'Ovide.
L'argument n'en est pas bien compliqué. Il s'agit du pouvoir absolu de l'Amour. Même Vénus est soumise à ce délinquant précoce. Quand elle reçoit un de ses traits, elle perd ses moyens, comme le premier des mortels. De cette constatation, Shakespeare tire un poème galant et comique où Vénus court après le bel Adonis sans parvenir à ses fins. Par la puissance d'Amour, les rôles sont inversés. Le chasseur devient le chassé et c'est la femme qui presse l'homme - situation particulièrement inconvenante pour un Elizabétain. Pour rendre la chose plus plaisante, Shakespeare truffe son texte, déjà très maniériste, de jeux de mots équivoques. "I'll be a park", dit par exemple la déesse, "and thou shalt be my deer" (je serai un parc, et tu seras mon chevreuil, v. 231). On entend "my dear", mon chéri, mais elle dit "my deer", mon chevreuil, et ce "deer park" évoque plutôt une réserve de chasse. Ce n'est donc pas l'enclos doré de Bambi... Vénus a la pointe carnassière.

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Mais pourquoi Adonis ne veut-il pas d'elle ? Il paraît bien difficile. Chez Ovide, il semble qu'Adonis préfère la chasse aux bêtes sauvages. Chez Shakespeare, c'est déjà plus ambigu ; peut-être Adonis est-il encore un peu jeune. Genod reprend cette hypothèse - son Adonis commet de menues gamineries - mais en ajoute une autre, plus franchement que le poète : Adonis a tellement une tête et un corps pour plaire aux hommes, qu'on se demande si Adonis lui-même ne les préfère pas aux filles.
De ce point de vue, Felix M. Ott fait un Adonis plus que crédible. Une vraie incarnation du giton, de ceux qui font la réputation du Bonheur du jour. Le choix de Kate Moran pour jouer Vénus est bien plus déroutant. On attendrait une Vénus grasse et gaillarde ; au physique on a la Vénus de Cranach, au moral une mère plutôt qu'une coureuse de caleçons. Une Vénus délicate, décente et plutôt vêtue, alors que Vénus, d'ordinaire, ne fait pas dans la dentelle. Conséquemment, le désir de Vénus pour le jeune Adonis se colore d'une nuance incestueuse, trouble. Jeu des genres et des générations, ambiguïtés des sexes et du désir, Vénus et Adonis trouve son écho dans le monde contemporain, comme dans la propre vie de Genod, que celui-ci met en scène dans son blog.

Pourquoi monter ce Vénus et Adonis ? Voici ce que m'écrit l'intéressé. "Si je peux me permettre de te suggérer une clé : je ne crois pas que Vénus et Adonis soit vraiment le sujet du spectacle... (Je pense que c'est un trompe-l'œil.)"

Yves-Noël Genod, Venus et Adonis (cl. Patrick Berger)

Les habitués de Genod auront été surpris ou non, c'est selon leur compréhension du personnage. Je ne l'ai pas été. Comme d'habitude, Genod surgit comme ça, joue la maladresse sympathique, l'improvisation. Rien d'improvisé naturellement, mais le désir évident d'être proche des gens, du public si vous préférez. De rechercher des relations plus directes, comme il le fait avec son blog déjà cité. Genod ne voudrait pas effrayer, malgré sa tronche de Vercingétorix.
Ici, il était confronté à un écueil infranchissable : les Français sont nuls en anglais. Donc, si comme Genod on fait appel à une talentueuse Anglaise pour réciter le texte original de Shakespeare, il faut soit passer par un impossible sous-titrage, soit résumer l'argument au préalable. C'est cette seconde voie que Genod choisit, au risque d'alourdir considérablement sa mise en scène, puisque l'histoire s'en trouve contée deux fois. Genod s'en sort plutôt bien cependant, essaie d'alléger la lourdeur par des petits gags, en particulier un souffleur qui souffle plus qu'ordinairement admis (amusant, mais un peu anecdotique).
Comme d'habitude aussi, Genod affiche une certaine pauvreté de moyens. Dans la feuille de salle, on apprendra que les costumes ont été "empruntés" au théâtre de Gennevilliers. On voit où Genod place l'essentiel : dans le poète, dans les acteurs, le public qu'il réunit. A l'opposé de son Hamlet, le plateau est cette fois complètement nu. La salle est toute noire, de béton peint et d'acier ; et pourtant j'ai rarement vu dénument plus sexy ni mieux exploité. Adonis s'ébroue, pâle et aérien comme un modèle dans un vieil atelier de peintre, caravagesque. Dans les lumières nocturnes, la bougie électrique, le happement de la grande carcasse scénique, les acteurs vont et s'évanouissent. C'est le vide et la mort opposés à la vie et au plein, l'illusion théâtrale à cru. Quelque chose de fantomatique qui sied à merveille à nos classiques, ces revenants qui ne sont jamais partis. Ce soir-là, j'ai senti passer le souffle de Shakespeare, ce petit frisson que procure la présence des morts. Il parlait par la bouche des comédiens, à travers eux son haleine cadavérique avait le parfum des roses. Troublant.

PS. Sur le théâtre de Gennevilliers et les flèches de Buren. Ces flèches rappellent les jeux de piste de notre jeunesse. Elles semblent avoir été plantées là pour l'usage exclusif des grands enfants de Paris. Elles vous cueillent dès la sortie du métro. C'est à croire qu'il n'y a rien d'autre à voir à Gennevilliers que son théâtre. Espérons qu'elles ne soient pas volées comme les petites Vierges qu'on plaçait autrefois dans des niches au coin des rues.

PPS. Avec Vénus et Adonis, Genod annonce qu'il clôt un cycle de six ans. Qu'y aura-t-il après ? A suivre !

Vénus et Adonis, de William Shakespeare, mis en scène par Yves-Noël Genod, avec Kate Moran, Felix M. Ott et Pierre Courcelle, a été donné au théâtre de Gennevilliers les 25 et 27 juin 2009.
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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 13:40

Beatriz Setien Yeregui, Beatriz chante (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ma première rencontre avec le Regard du Cygne, 210, rue de Belleville. Il paraît que le lieu est un ancien relais de poste de la fin du XVIIe siècle, quoique Hillairet n'en fasse pas mention. 3 numéros plus loin, au 213, subsiste un des regards de l'aqueduc de Belleville, le regard de la Lanterne, dont les éléments les plus anciens remontent au XVe siècle. Les regards se croisent. Passé la façade anonyme du 210, surprise, on plonge dans Paris-village, version arrière-cour et lampions. On chemine par une longue courette pavée comme entre les jambes d'une femme. Au bout, une petite salle minuscule, cosy comme un utérus. Pierre nue et rugueuse, poutres antiques, parquet de bois, juste quelques rangs de sièges encaissés, il faut se serrer les coudes. Cette sorte de fanum peut s'ouvrir sur la cour par deux battants, y laissant entrer toute sa lumière.

Pépinière de talents comme Micadanses, le Point Ephémère et Mains d'Oeuvres, le Regard du Cygne programme de singuliers événements nommés Spectacles sauvages et Cabaret des Signes. Pour son Cabaret, Kataline Patkaï a convoqué des ami(e)s et leur a laissé carte blanche. Reste que la proposition frappe par sa cohérence. Corps de femmes, visions de femmes, féminisme à l'évidence, mais un féminisme ouvert, serein, sans agressivité, où l'on se sent bien, cocooné. A l'instar du lieu, à l'image de Kataline Patkaï, dont le visage toujours gracieux oscille entre la Joconde et les anges de la cathédrale de Reims. En soi c'est déjà une réussite, à l'heure où le mot même de femme prête à polémique (voyez l'énervement oiseux que suscite l'exposition elles@centrepompidou).
Le sous-titre de ce Cabaret, Jesus et les douze apôtres, donne lui aussi dans ce féminisme souriant : car Jesus s'avère être une femme, la lumineuse Jesus Sevari, et ses apôtres aussi. Parcours sur l'identité féminine, donc, mais aussi sur l'identité de l'expatrié. Kataline est d'origine hongroise. Beatriz Setien Yeregui d'origine espagnole. Jesus chilienne. Viviana Moin argentine.  Et celles qui paraissent plus immédiatement françaises se glissent dans des corps étrangers, étranges, animaux.


Viviana Moin, Billy (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Des femmes qui disent "je" pour se raconter, se partager en somme. Sur le ton de la confidence plutôt que de la proclamation (tant pis pour le cliché sexiste). Isabelle Esposito est la plus inquiétante (La sombre sautillante - une version de la femme étrangement rare sur les plateaux de danse), Viviana Moin la plus sexuelle (Billy - à tous les fabricants de sextoys qui me lisent : Viviana Moin a d'excellentes idées à soumettre à votre profession), Beatriz Setien Yeregui la plus érudite (Beatriz chante - elle joue avec la pensée de Joseph Kosuth et chante des galanteries médiévales ; rappelons à ce sujet que "faire l'amour", avant le XIXe siècle, ne veut pas dire ce que l'on imagine, mais compter fleurette et rien de plus), Julie Trouverie la plus préhistorique, sinon la plus animale (Mysterious Skin - ah ! qu'avec elle La Guerre du feu eût été jolie !)


Julie Trouverie, Mysterious Skin (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Venu faire des photos le jour précédent la première, je n'ai pas pu entendre les Vraoums, ni voir Gemma Higgin Botham et Ugo Dehaes (haha ! un homme), ni partager la tant attendue "performance culinaire". Celle-ci piquant d'autant plus ma curiosité que son principe - manger sur des corps vivants pour assiette - a déjà une longue tradition derrière lui, dont j'ignore l'essentiel. A quand remonte ce jeu surréaliste, sommet d'érotisme cannibale ?


Kataline Patkaï, Sisters
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)


Kataline a repris un extrait de Sisters. Créée aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2008, cette pièce chemine. Cette fois c'est Kataline qui, Duras en main, jouait le rôle de démiurge et de coryphée. Dans l'atmosphère intime du Regard du Cygne, sous les éclairages changeants et très doux de la lumière naturelle, la pièce autrefois perdue sur le grand plateau du nouveau théâtre de Montreuil changeait de visage. On mesurait mieux les détails, les motifs, les obsessions de Kataline Patkaï. Particulièrement le lien - le cheveu, à la manière de Pelléas et Mélisande, que l'on retrouve dans Krack, nouveau projet de Kataline dont on goûte un aperçu. Lien sensuel (de désir) et violent (de domination et d'arrachement), écheveau ferment de ronde, ou plus exactement de spirale, d'enroulement. Des figures triangulaires aussi, s'étirant en fronton grec (du Parthénon), et d'agrégat monstrueux, polymorphe, prodigue en contractions et en éclatements, dont rarement une tête émerge. Fil, enveloppe, triangle, monstre, autant de signatures de la féminité.


Kataline Patkaï, Sisters (cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Muettes à quelques incantations près (pas très convaincantes, soit dit au passage), ces femmes pourraient être soeurs de couvent, avec leurs capuchons de moine. Mais de leur chenille sort une volée grouillante de papillons en maillot de bain. Conglomérat qui s'autodésire, s'autosatisfait et me rappelle, malgré des postulats très éloignés, une pièce toute récente d'Isabelle Choinière. Ou qui rencontre, sur un mode moins ouvertement sensuel, le motif du Bain turc cher à Ingres. Symboles et idées se bousculent encore : mue, métamorphose, double, un et multiple, manifestation du genre dans l'unique, leur conflictuelle confrontation. Quoique tournée vers elle-même, cette entité complexe n'hésite pas à dévisager le regard du public, comme une démonstration de force, une sorte de défi tranquille.

Cabaret des signes #5 : Jesus et les douze apôtres, suite de performances dirigée par Kataline Patkaï, a été donné au Regard du Cygne à Paris du 15 au 17 mai 2009.

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 21:16

Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Pour terminer la saison de Mains d'Oeuvres, un joli duo de Marie-Jo Faggianelli. De la beauté assumée sans académisme, du japonisme à l'orée du XXIe siècle : deux raisons, a priori, d'aller voir ces Récits dispersés.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Ce titre pouvait annoncer du butô et sa tonalité sombre ; mais il faut prendre "dispersé" en bonne part : dispersés comme ces fleurs jetées peu à peu sur le plateau, haïkus répandus comme des bulles de vent. Wen-hsuan Chen revêt une longue robe noire pinabauschienne, Marie-Jo Faggianelli une robe bleue vaporeuse. Les corsages à demi-défaits, dont elles relèvent continument la bretelle, les gestes attentifs que l'une et l'autre se portent suggèrent une histoire sensuelle dont on ne saura rien de plus.


Marie-Jo Faggianelli, Récits dispersés
(cl. Jérôme Delatour - Images de danse)

Plutôt que japonaise, l'esthétique de la pièce nous plonge dans l'Occident du début du XXe siècle. Les couleurs délicates rappellent les verres diaphanes d'Henry Cros. Les gestes libres et élégants, la danse légère d'Isadora Duncan, avec des détours par Martha Graham. A un seau d'eau près, nous étions chez Pina Bausch. Et puis certaines poses gracieuses de Wen-hsuan Chen rappellent les danseuses de terre cuite des vieilles dynasties chinoises.
L'absence de musique évite de tomber dans la joliesse. Reste qu'un je ne sais quoi m'a manqué pour adhérer tout à fait à ces Récits trop évidemment beaux.

Guy Degeorges est moins réservé que moi.

Récits dispersés, de Marie-Jo Faggianelli, a été donné à Mains d'Oeuvres les 12 et 13 juin 2009.

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Articles Récents

Festivals & cies

Quelques festivals...


Hiver


Artdanthé (Vanves, entre novembre et mars)
Faits d'Hiver (Île-de-France, janvier)
Tanztage Berlin (janvier)
SzólóDuó Tánc Nemzetközi Fesztivál (Budapest)
Escena contemporanea (Madrid, janvier-février)
Vivat la danse ! (Armentières, février)
Tanzplattform (février, Allemagne)  
DañsFabrik (Brest, février-mars)
Les Hivernales d'Avignon (Avignon, février-mars)
Tanz Bremen (Brème, mars)
Les Repérages (Lille, mars)
Biennale nationale de danse du Val-de-Marne (mars-avril)

Printemps


Biennale de danse de Charleroi (mars-mai)
Freedance
(Dniepropetrovsk, Ukraine, avril)
Brasil Move Berlim (Berlin, avril)

Springdance (Utrecht, avril)
La danse de tous les sens (Falaise, mai)

Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis (Île-de-France, mai-juin)

Festival TransAmériques (Montréal, mai-juin)
Tanec Praha
(Prague, juin)
Dance Week Festival (Zagreb, juin)
Uzès Danse
(Uzès, juin)
Latitudes contemporaines (Lille, juin)
Alkantara festival (juin)
Zawirowania (Varsovie, juin)

Eté


Festival de Marseille (juin-juillet)

Montpellier danse (Montpellier, juin-juillet)
Festival d'Avignon (Avignon, juillet)
L'Eté des Hivernales (Avignon, juillet)
ImPulsTanz (Vienne, juillet-août)
Paris quartier d'été (Paris, juillet-août)
Internationale Tanzmesse nrw (Düsseldorf, août)
Tanz im August (Berlin, août-septembre)

Automne


Biennale de la danse (Lyon, septembre)

Le Temps d'aimer (Biarritz, septembre)
Plastique Danse Flore (Versailles, septembre)
Dansem (Marseille, septembre-octobre)
Sidance (Séoul, septembre-octobre)
iDans (Istanbul, septembre-octobre)

Ciało/Umysł (Varsovie, septembre-octobre)
Festival d'Automne (Paris, septembre-décembre)
Les Eclats chorégraphiques (Poitou-Charentes, octobre)
Tanzhautnah (Cologne, octobre)
123Tanz (Hall, Autriche, octobre)
Tanztendenzen (Greifswald, octobre)
Bøf (Budapest, octobre)
Panorama de dança (Rio de Janeiro, octobre-novembre)
Dance (Munich, octobre-novembre)
Fest mit Pina (Allemagne, novembre)
Euro Scene Leipzig (novembre)
Les Inaccoutumés (Paris, novembre-décembre)
Decemberdance (Bruges, décembre)

Dates variables


DatanzDa (Zürich)
Les Grandes traversées (Bordeaux)
Ikonoclaste (Wuppertal)
Junge hunde (Kanonhallen, Danemark)



... & compagnies


cie l'Abrupt (Alban Richard) VID
Absolutamente (Jesus Sevari)
AIME (Julie Nioche)
Aitana Cordero VID
Alias (Guilherme Botelho)
Ann Liv Young DVD
Anna Halprin
Ann van den Broek VID
cie Ariadone (Carlotta Ikeda) VID
Arthur Kuggeleyn + Co.
As Palavras (Claudio Bernardo) VID
Association Achles (David Wampach) VID
Association Edna
(Boris Charmatz)
cie Caterina Sagna VID
cie Cave canem (Philippes Combes) VID
cie Christine Le Berre
cie C.Loy (Cécile Loyer) VID
Corps indice (Isabelle Choinière) VID
cie Dans.Kias (Saskia Hölbling) DVD
cie DCA (Philippe Decouflé) VID
Deja donne
(Lenka Flory et Simone Sandroni) VID
Digital Video Dance Art (Iker Gómez) VID
Dorky Park (Constanza Macras) VID
Editta Braun Company VID
Erna Omarsdottir VID
cie Felix Ruckert
Les Gens d'Uterpan (Annie Vigier/Franck Apertet)
cie Gilles Jobin DVD VID
cie Greffe (Cindy van Acker)
Groupe Noces (Florence Bernad) VID
Hors Commerce (Hélène Cathala) VID
cie Isabelle Schad
Jeremy Wade
cie Jocelyne Danchik VID
cie Jours tranquilles (Fabrice Gorgerat)
cie Kataline Patkaï
Katharina Vogel VID
Kekäläinen & Company
cie Krisztina de Châtel DVD
Kwaad bloed vzw
(Charlotte vanden Eynde & Ugo Dehaes)
L1 danceLab (collectif hongrois)
La BaZooKa VID
La Ribot DVD
La Ventura et cie (Anna Ventura) VID
La Zampa (Magali Milian-Romuald Luydlin) VID -> photos
cie L'Explose (Tino Fernández)

cie Li-Luo (Camille Mutel) VID
Liquid Loft (Chris Haring) VID
Marcela Levi VID
cie Marie Chouinard
VID
Márta Ladjánszki VID
Mette Ingvartsen VID
MHKArt (Meryt-Halda Khan) VID
Michèle Noiret VID
Mossoux-Bonté DVD VID
Niko Raes VID
Olga Pona VID
cie Pal Frenak
Perrine Valli
Pé Vermeersch VID
cie Philippe Saire
cie Post-Retroguardia (Paco Dècina)
Quasi Stellar (Apostolia Papadamaki)
Re.al (João Fiadeiro) VID
Real dance Super Sentai (Ines Birkhan & Bertram Dhellemmes)
cie Rosalind Crisp
VID
Rosas (A. T. de Keersmaeker) DVD
RoseAnne Spradlin Dance
Sinequanon VID
Sol Picó
Superamas VID
cie Thor (Thierry Smits) VID
cie Toufik OI VID
Troubleyn
(Jan Fabre)
Ultima vez (Wim Vandekeybus) DVD VID
United-C (M. van der Put / P. Roelants) VID
Virginie Brunelle

Viviana Moin
XLproduction (Maria Clara Villa-Lobos) VID
Yasmeen Godder VID
Yves-Noël Genod

VID