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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 14:15
Comme on ne sait jamais trop ce qu'on va voir à 100 Dessus dessous et qu'on ne choisit pas forcément son jour, je me suis retrouvé jeudi soir à voir du théâtre. Mais commes les frontières entre théâtre et danse n'ont jamais été bien gardées, allons-y !

♥♥ Anne Hirth, Wait Here for Further Instructions - une pièce sur l'attente (2005) : précision suisse.
C'est aussi une pièce sur l'incommunicabilité, située dans les années 1950. Il semble que ces années agissent sur les enfants de 68 comme un repoussoir fascinant. Est-ce leur esthétique, est-ce leur mélange de touffeur morale et de matérialisme naïf ? Anne Hirth nous plonge dans le huis clos de jeunes adultes autistes. Pas vraiment méchants, mais enfermés en eux-mêmes, comme ils sont engoncés dans leurs vêtements sages, dans leur égoïsme puéril et innocent que les convenances sociales s'ingénient à exacerber. Tout est fermé pour eux, la maison, les placards, pas moyen de s'échapper. Les désirs sont là, et les femmes paraissent en souffrir plus que les hommes. Il faut un incident trivial comme le besoin d'une cigarette ou l'évocation d'une recette de cuisine pour que les langues se délient, que les gestes fusent. Du beau théâtre, chorégraphié au millimètre.

Yves-Noël Genod, Hamlet : les textes font de la résistance.
Yves-Noël Genod a mis un mois pour peaufiner ce foutoir innommable. Moi qui bilais de n'avoir pas passé l'aspi chez moi, me voilà rasséréné. Mais qu'on ne s'y trompe pas : certains accessoires clefs figurent en bonne place. Un tee-shirt Rimbaud à l'extrême gauche, l'Ulysse de Joyce en poche écrasé par terre devant le premier rang, une Joconde en coussin quelque part vers le centre droit, une pochette de disque de Josephine Baker non loin de Joyce. Et, bien sûr, devant le convecteur électrique et juste à gauche du bidon d'eau déminéralisée, l'emblématique crâne. La pochade bordélique de Genod peut aisément se lire comme une grande vanité : le spectateur arrive après la fête, dont il ne reste qu'une débauche d'objets et de débris froids. Une teuf comme ça, on ne s'en remet pas. Clin d'oeil appuyé à la Planète des singes, où la folie des hommes finit par les conduire à leur quasi-destruction, c'est un gorille qui se confronte au crâne hamletien. L'homme, dans tout cela, erre autiste à ses semblables. Le grand vainqueur de ce chaos, une fois de plus pourrait-on dire, c'est le verbe. Joué, déclamé, chanté, sublime ou dérisoire, il en impose à tout, à nous, il déchire la fumée, les débris et le temps. Kitsch, absurde, idiotie, copicollages de textes et surimpressions incongrues, les procédés comiques de Genod ne sont pas neufs mais les comédiens sont bons et, passé les vingt premières minutes où l'on craint très fort qu'il ne se prenne très au sérieux, Genod parvient à nous faire renoncer à l'esprit d'analyse. On se laisse alors aller à l'invocation des textes et aux mini-performances qui se bousculent. Tout cela est encore un peu fou-fou, mais Yves-Noël Genod est sûrement un bon garçon, et l'on comprend bien qu'il vénère les classiques.

Miss Marion, Dressing Room : 100% vintage. L'enchaînement des trois spectacles de la soirée, a priori improbable, se révèle au fond assez heureux. Mise en scène plutôt classique chez Hirth, plutôt post-moderne chez Genod ; autisme des personnages chez les deux. Avec Miss Marion, on revenait aux années 1950, comme chez Hirth. Miss Marion qui, précise la feuille accompagnant la soirée, a d'abord mené des "recherches autour de la poupée Barbie" dans le cadre de sa scolarité à l'ENSAAMA (encore qu'ailleurs on lise que c'était pour son BTS), proposait un effeuillage inspiré du glamour des années 1950, son style de prédilection, très légèrement décalé. Gentil, mais on préfère revoir Rita Hayworth en  boucle.
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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 13:05
Tompkins-Animal-Femelle.jpg
Mark Tompkins, Animal femelle (cl. Agathe Poupeney / Fédé Photo)


Il y a des jours où l'on n'a pas envie d'écrire, et des spectacles dont on n'a pas très envie de parler. C'est le cas de l'Animal femelle de Mark Tompkins.

Ce spectacle entre typiquement dans la catégorie que je nommerais des "divertissements à prétention intellectuelle". Le titre promet beaucoup, mais ne tient guère. On s'attendrait à quelque réflexion sur l'animalité de la femme, mais en vérité le billet d'entrée ne vous donnera droit qu'à

1. Un résumé en dix minutes de l'évolution humaine
2. Une scène de catch
3. Une scène de lutte libre
4. Un témoignage libre des danseuses,
avec, en paquet cadeau, un Mark Tompkins jouant les dictateurs pervers.

Non qu'il y ait de belles choses dans ce spectacle - et comment pourrait-il en être autrement avec quatre jeunes femmes talentueuses et si agréablement dévêtues ? Mais il ne sort de là aucun propos, aucun début de sens.

Les pseudo-critiques qui prétendent qu'Animal femelle "interroge" ou "questionne" je ne sais quoi (si j'étais dictateur, j'interdirais ces creuses expressions pour mille ans) se moquent du monde. Hélas, il se trouve toujours des autorités pour légitimer n'importe quoi. Le 10 décembre prochain, un psychiatre et psychanalyste vous psychanalysera la pièce. Si vous préférez chercher une caution dans l'université, voyez du côté du pauvre Gérard Mayen, que la boursouflure universitaire semble avoir définitivement gâté. En 2005 encore, celui-ci publiait une critique à peu près sensée d'Animal mâle, le premier volet de la pièce. Deux ans plus tard, il nous revient avec un tissu d'inepties, dans la plus pure tradition pédante, avec notes de bas de page et tout ce qu'il faut : "Dans cette optique", écrit-il à propos du travail de Tompkins, "le « soi » est à considérer comme rien de plus que « l’étrange non-consistance d’un espace-entre », espace, vibratile, d’interprétation permanente. Là peut s’envisager le mouvement de la danse, non comme extériorisation d’une intériorité constituée, ni comme décodage de significations imprimées sur des corps de surface préalablement existant, mais comme mise en jeu d’une performativité de l’incorporation, ayant valeur d’énonciation autant que de désignation, dans une dynamique d’embrayage visionnaire." Remarquable exemple de ce que produit l'endogamie forcenée du logos universitaire : une pensée logorrhéique et dégénérescente.

Oui, certes, il se passe d'assez belles choses sur ce ring sans cordes enfumé d'encens, bordé d'une loge d'artistes. Voir ces quatre femmes en pyjamas de détenus, d'abord cellules endormies comme des souris blotties, se dégeler peu à peu jusqu'à mimer l'excitation exacerbée des premiers âges. Voir comment, dans ce contexte, le Verbe prend le pouvoir. Voir l'oeil nazi, assez glaçant, de Mark Tompkins, débitant un discours délirant, digne du meilleur fou de bibliothèque. Et les yeux des lutteuses.

Mais tout cela ne fait pas sens, et ne m'enseigne (ne m'inspire) rien sur l'animalité de l'homme. Tompkins cite saint Augustin pour faire chic, Hitler pour faire choc. Mais il ne dit rien. Au commencement de la scène de lutte, Tompkins représente certains rituels ancestraux des sports de combat : jets de sel pour éloigner les mauvais esprits, lustrations purificatrices, frappements de la lice pour écraser les forces du mal, chants de bravoure pour galvaniser les énergies. Quel rapport avec son sujet ?

Animal femelle est le pendant, initialement non prévu, d'Animal mâle, créé il y a deux ans. Je n'ai pas vu Animal mâle ; mais d'après ce que j'en ai lu et vu par photos interposées, Animal femelle en est la copie conforme, à ceci près que les quatre hommes ont été remplacés par quatre femmes. Si l'on est très sérieux, on verra donc les deux pièces et l'on comparera. Mais ces hommes et ces femmes ne faisant guère que jouer les scènes que Mark Tompkins leur a assignées, je ne crois pas que l'on en tire davantage d'enseignement sur l'animalité humaine. Dommage.

S'il est une leçon à retenir de tout cela, elle réside sans doute dans l'extraordinaire capacité de l'homme (et plus encore de la femme ?) au mimétisme, à se plier à mille bassesses comme à mille sacrifices pour sa survie et celle de son espèce. A qui ces quatre femmes obéissent-elles ? Pourquoi se plient-elles à ces exhibitions qui, en partie, peuvent paraître dégradantes (bien qu'en vérité, naturellement, elles ne dégradent que celui qui les ordonne) ? Qui les exécute ? Des femmes ou des comédiennes ?
Leur performance, qui n'est pas sans risques (je souhaite au nez de Cecilia Bengolea un prompt rétablissement), force en tout cas l'empathie, et leur beauté ne manquera pas de ravir hommes et femmes.

♥♥ Animal femelle, de Mark Tompkins, est donné à la Cité internationale universitaire du 6 au 18 décembre 2007. Les 17 et 18 décembre, vous pourrez l'y voir avec Animal mâle à partir de 19 heures.

J'en profite pour râler contre la nouvelle charte graphique de la Cité internationale. Entremêler les caractères latins de caractères d'autres systèmes d'écriture part d'un généreux sentiment, mais pourquoi diable avoir affublé l'adjectif "internationale" d'un lambda ??? Cela fait "internltionale". Quelle ânerie !

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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 23:33
Quatorze, c'est indulgent : je dirais plutôt dix. Oui, des CM2, égarés dans des corps de vingtenaires. Deux filles, deux garçons, des corps dans la plénitude de leur âge, entièrement moulés dans des résilles. Et que ça joue, et que ça se court après, et qu'on se prend, qu'on fait comme si, qu'on imite les grands, qu'on joue à faire et à se faire peur, à crier, à pleurer, à danser pour de faux. Fous rires et jeux idiots. Avec David Wampach, c'est permis !
Mais la Symphonie fantastique de Berlioz, grondant comme en mono du fond de scène, suggère un contexte plus classique. Avec ce labyrinthe de rideaux sombres qui fait tout le décor, on se met à penser forêt et dryades, et la lumière rasante venue de haut semble détacher les corps blancs pour brosser un tableau hollandais.

Bref, un spectacle d'abord déroutant, et pour finir un divertissement bien joli, où l'on retrouve quelques idées de l'excellent Bascule : un décor réduit peu ou prou à une boîte, des costumes ludiques (toujours de Rachel Garcia) qui cachent vaguement pour mieux montrer, une certaine irrévérence tendre envers l'humain.

Reste une question pipole. Wampach aurait-il la nostalgie de ses quatorze ans ?

♥♥ Quatorze de David Wampach a été créé le 28 juin 2007 à Montpellier danse et donné le 5 décembre 2007 à la salle Jacques Brel de Fontenay-sous-Bois dans le cadre de la Biennale nationale de danse du Val-de-Marne.
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 23:19
Comment chercher une étoile les deux mains occupées.

Jesus-Sevari-copie-1.JPG
Jesus Sevari (cl. Jérôme Delatour / Images de danse)

Cela commence par Jesus en croix.
Sauf que Jesus a des talons aiguilles et qu'elle est étendue sur le sol, sur un drap blanc.
Jesus Sevari est une danseuse et chorégraphe chilienne.
Jesus ? Drôle de prénom pour une femme.

Jesus, lèvres peintes, pâle sous la lumière comme une Vierge polychrome, est la proie de quarante escargots lubriques. Il en sort même de sa bouche.
Languettes vagabondes, larmes casquées, bouffeuses épisodiques de carcasses, les escargots, dit-on, sont engraissés par les morts ; non contents de cette nourriture, ils sortent de terre au printemps pour manger nos salades.
Deux musiciens ensachés comme des pénitents veillent sur la scène, à la fois morbide, érotique et annonciatrice de résurrection. (Pour ceux d'entre nous dont les années de catéchisme seraient loin, ou qui ne partageraient pas les mystères de la foi chrétienne, rappelons que quarante est le nombre de jours qui précèdent la résurrection du Christ. Vous suivez ?)

Je ne connais pas le Chili et j'aimerais connaître l'Amérique latine. C'est bien comme cela que je l'imagine : charnelle, violente et douce, indienne et catholique, un tantinet excessive. La vie, la mort, le noir, le blanc, les couleurs, très vives. Et le métissage, comme ici un ange rose et bleu, des ballons festifs et bariolés comme des plumes d'Indiens, les corps nus du Nouveau Monde, une Mort Dark Vador, des projections à la Tony Oursler. Et les ventilateurs dans tout cela ? Disons que c'est la touche surréaliste - avec les sept salades.

P1080035.JPG
Jesus Sevari (cl. Jérôme Delatour / Images de danse)

Como salir déroule le drame ordinaire d'une vie banale, l'histoire d'une âme sauvage et d'un corps fragile et trop petit, l'oeil plus gros que le ventre, tiraillés entre rêves et réalités. Cela n'a pas trop d'importance. Les thèmes abordés, simples, populaires parce qu'universels, laissent toute sa place à l'émotion.
On verra la lutte de la Mort et de la Vamp. La Mort, armée d'un sèche-cheveux et d'un épilateur électrique attise les vanités ; la Vamp pare le coup et donne l'estocade avec son grand miroir. On verra une mise à mort effectuée par un guitariste, la guitare pour marteau de Charon. Et bien d'autres choses encore.

La pièce est optimiste : Jesus est femme, femme terre, germinative, femme arbre, fécondée de lait. Puisque la mort rôde fatalement autour de nos corps prêts à faner, mais que nous renaîtrons sous une forme ou sous une autre, pourquoi ne pas rester gai et fraternel ?

Sous des dehors presque amateurs, Como salir mêle habilement, l'air de rien, cultures savantes et populaires, symboles païens et chrétiens. Une vraie danse de série B qui ne recule pas devant la cocasserie bon enfant. La chaleur humaine et la bonté rayonnante de Jesus Sevari et de son double Sylvie Deslande, l'absence manifeste de prétention achèvent d'emporter l'adhésion du spectateur.

La presse n'en a pas parlé. Faut-il encore s'en étonner ?

♥♥♥ Como salir a buscar una estrella con las dos manos ocupadas, de Jesus Sevari, a été donné par l'association Absolutamente, créée en 2003, les 29 et 30 novembre 2007 à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris. C'est le 3e épisode d'une trilogie intitulée Fantasy Brain. Grâce à Julien Saglio, on peut découvrir sur le Web un extrait du premier épisode, Initiation.

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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 22:12
Visuelsimple1.jpg
Photo © Phile Deprez - Concept photo : Mathilde Geens

Conception graphique Laetitia Ballesteros

 
Nightshade est la traduction anglaise de belladone, plante très toxique dont les baies noires fournissent une drogue. Administrées par gouttes sur l'oeil, elles dilatent la pupille, effet autrefois recherché par les belles italiennes (belle done) pour accroître l'envoûtement de leur regard.

J'ai de bonnes et de mauvaise nouvelles.

On commence par les bonnes ?
Le concept de Nightshade, imaginé par Dirk Pauwels, est intéressant : confronter le strip-tease à la danse contemporaine. Le nu est assez présent dans la discipline, mais généralement ressenti comme problématique, aussi bien par les chorégraphes que par le public. De plus, ce concept réunit culture "populaire" et art "savant". Le choix de ce spectacle, qui a déjà pas mal tourné à l'étranger puis en France, pour la réouverture de la Grande Halle de La Villette forme un clin d'oeil bienvenu, car cette grande dame vient à peine de jeter ses derniers voiles de restauration. La voilà maintenant plus nue que nue, s'exhibant derrière ses vitres jusqu'au squelette. La salle de spectacle est on ne peut plus sobre et dépouillée. C'est le bâtiment lui-même, sa carcasse métallique peinte en gris métallisé, les lattes du toit peintes en blanc, de larges tentures noires très simples faisant office de murs, des banquettes tendues de velours cramoisi. Dans ce grand espace, traversé d'odeurs de confiserie de fête foraine, plane quelque chose de mortuaire. A l'affiche de Nightshade, un chat très Jan Fabre, que l'on retrouve déambulant comme un gros fantôme phosphorescent sur le rideau noir de la scène. Un chat nu mais pas à poil, un monstre incongru et intrigant à la fois, comme au fond le sujet du spectacle. Une fois de plus, c'est de la Belgique que vient la nouveauté. Son riche passé culturel offre à ses artistes des trésors d'inspiration dans lesquels ils puisent avec bonheur.

Les mauvaises nouvelles maintenant.
On attendait que les sept chorégraphes rassemblés s'interrogeassent sur le statut du strip-tease : danse ou pas danse (pourquoi ne pas en faire un genre, comme le hip-hop ou la non-danse ?), et sur sa place dans nos sociétés démocratiques où, depuis quarante ans, nous nous exposons nus sur les plages. Définitivement désuet, le strip-tease ? Le texte de présentation de La Villette entend répondre d'emblée à la question, sur un ton étrangement moralisateur : le strip-tease s'est pornographié, y lit-on sous la plume du metteur en scène Pol Heyvaert, parce que la société est devenue plus dure.
Partant de bonnes intentions, sans doute, et d'une générosité un tantinet condescendante (on a mis les petits plats dans les grands : belle et grande salle, belle musique originale de bois d'Ad Cominotto, naviguant entre musique médiévale, jazz, trompes tibétaines), Nightshade aboutit en fait à une disqualification radicale du strip-tease. Ici l'on prévient que ce n'est pas une danse, et qu'il a donc fallu le chorégraphier - comme s'il n'existait pas des écoles de strip-tease, comme si les strip-teasers ne devaient pas s'inventer leur chorégraphie, bonne ou mauvaise. Là on présente les chorégraphes, en oubliant de présenter les interprètes ; or ces soloïstes sont tous strip-teasers professionnels. Préférer des strip-teasers à des danseurs est sans doute une façon de leur rendre hommage ; mais en même temps c'est une manière de montrer ce qu'ils pourraient faire si, abandonnant leur pratique basse, mécanique et alimentaire, ils acceptaient de se laisser coacher et sauver par l'Art avec un grand A. C'est en tout cas maintenir le strip-tease à sa place, chez les strip-teasers.
Le flyer de La Villette, au verso rose bonbon, prévient naïvement que le strip-tease a été dûment "débarrassé de son odeur de souffre" (sic !) Le strip-tease sans soufre, n'est-ce pas comme si le diable communiait à la messe ? Que lui reste-t-il donc après cela ? De fait, le strip-tease corrigé par l'Art ne brille ni par sa fantaisie, ni par sa sensualité, et se révèle pour le moins ennuyeux. Tout a été fait pour oublier l'ambiance des bars, et le spectateur se trouve maintenu à distance respectable et ostensible de la scène - à 6 ou 7 mètres pour le moins d'une estrade haut perchée. L'on ne peut s'empêcher de penser, encore une fois, que les artistes contemporains ont un problème avec le sexe, voire qu'ils en ont peur.

Alain-Platel-2bis.jpg
Caroline Lemaire - Alain Platel (photo © Phile Deprez)

Dans leur ensemble, les sept chorégraphes ne paraissent pas non plus avoir pris cette commande très au sérieux. La plupart a puisé dans ses habitudes pour produire son petit numéro. Vera Mantero nous ressert son regrettable Hey Dude... pour donner dans la bouffonnerie gentillette (son interprète, Delphine Clairet, reprend jusqu'aux intonations de la chorégraphe ; elle a pourtant du potentiel). Il n'y a rien à en retenir, sauf cette image de l'eau qui purifie le corps en le dévoilant. Claudia Triozzi a décalqué sa dernière chorégraphie, Up to Date : un corps plongé dans un écrin de tapisserie virtuelle (Jacques Ninio), mélange de tangkas, de taches de Rorschach et de Gustave Moreau. Couvert de cette texture colorée, le corps nu semble à peine déshabillé (bel exercice esthétique, un peu vain, hué par certains, un peu sévères tout de même). Wim Vandekeybus a fait de la vidéo. Alain Platel a rendu un véritable hommage au strip-tease. Il en a produit l'épure, la synthèse ultime, avec sa touche personnelle : le raffinement, la grâce, un glamour très années 1980. Sa superbe interprète, Caroline Lemaire, joue son rôle à la perfection. Comme les grands chefs, Platel sait que tout est dans le produit et dans la cuisson. Il ne manque à son show qu'un soupçon de folie. Je passe sur la proposition d'Eric de Volder, extrêmement pâlichonne, une fois passée la première image : une femme à terre, baignée de rouge fumée, comme dégommée par un gros calibre extra-terrestre. La seule à vraiment tirer son épingle du jeu est Caterina Sagna, qui a su en appeler aux fantasmes en jouant la carte du conte cruel (je n'en dis pas plus). Simple et efficace. Enfin, n'oublions pas Johanne Saunier et son interprète Gidi Meesters - le seul strip-teaser mâle de la soirée - qui ont réussi une performance délicate et sensible, où le strip-teaser mime son numéro, avant d'ôter l'essentiel.

Caterina-Sagna-1.jpg
Sky van der Hoek - Caterina Sagna (photo © Phile Deprez)

Bref : une excellente idée, mais des chorégraphes en petite forme, excessivement sages qui, à tous les sens du terme, n'ont qu'à peine effeuillé leur sujet.

Pour finir, je dois remercier La Villette, au nom de la communauté des bloggeurs, de m'avoir invité dans ses murs. Cette invitation témoigne d'un véritable esprit d'ouverture aux nouvelles formes d'expression critique encore trop rare parmi les programmateurs culturels. Bravo !


♥♥♥♥♥♥ Nightshade est donné à la Grande Halle de La Villette du 18 septembre au 13 octobre 2007.

Il y a deux extraits vidéo originaux du spectacle à voir ici et , dus au travail de notre ami Werner Sohajek, créateur de l'excellent Kulturvision.

Votez pour cette pièce pour participer au Palmarès de Scènes 2.0 !
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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 10:57
Eléonore Didier, Paris, possible
(cl. Images de danse)

A l'heure où titillés par les trompettes du Midi, les bobos transhument, il reste encore bien des choses à voir à Paris. Au Point Ephémère, par exemple, Eléonore Didier nous ouvre gratuitement sa résidence. Sa performance, intitulée Paris, possible, est en principe ouverte à un seul spectateur les lundis de 11 à 13 h ; mais ce 16 juillet nous étions six, dont un photographe et une dessinatrice. Ici, pas de places, pas de musique, une belle salle de danse brute, une relation plus étroite avec la danseuse, bien qu'elle paraisse ne pas tenir compte de notre présence et même si nul mot n'est échangé. Bien plus qu'un spectacle, c'est un temps de vie partagé.

Notes :

Juillet, tenue eskimo. Parka brune, jean, baskets gris-vert
A terre.
Part en fermant la porte.
Ronron des péniches.
Reprend où elle en était
Enlève une chaussure
La chaussette
    tête de mort humour
Se gratte la jambe
Visage dans les cheveux
    et la capuche
    contre le sol
        puis dans les genoux
Comme un ordinateur lent à démarrer
    dedans, des millions d'opérations
    pour prendre conscience de ses périphériques
    s'allumer millimètre par millimètre
Tape des pieds à plat
Sinon tout à fait silencieuse, toujours
Enlève son jean
    une jambe seulement
Balancier des chairs
    difficulté déséquilibre l'autre encore habillée
Autre jambe enlevée en gardant la chaussure, redifficulté
se retourne, visage, soupir
exercice talons
se tape la tête contre une marche
    de plus en plus fort
    grimace légèrement
Orgasme
A quatre pattes avant la station debout ?
S'effondre sur tranche
debout enfin
le corps nu est debout :
et voilà le visage et l'homme
poses photo, le temps
Toute rouge
miroirs ébréchés
question d'états fugitifs
torse luisant de sueur
sur l'escabaut, oscillant trophée, pendue comme la toison d'or
Repart définitivement
(Théâtralité du non théâtral...)

Eléonore Didier, Paris, possible
(cl. Images de danse)
 
Avec une grande simplicité, sans oripeaux inutiles, Eléonore Didier réussit un solo parfaitement construit, subtil, sans longueur, parfaitement lisible, à la fois tranchant et gracieux, témoignant d'une attention aux détails qui dénote une vraie sensibilité.
Eléonore Didier donne à voir le travail quotidien du danseur, l'écoute attentive de son environnement, son embrassement par toute sa chair et tous ses pores. Elle exécute à merveille cet exercice, cette façon de voir avec la peau et de sentir avec l'âme, de s'unir à l'inerte jusqu'à vouloir le pénétrer, à entrer en résonnance avec lui en s'arquant comme les câbles électriques, en se pliant comme l'escabaut.

Eléonore Didier, Paris, possible
(cl. Images de danse)

Mais Eléonore Didier parvient à dépasser l'exercice. Sous ses pas, la friche urbaine se fait paysage, vierge nature  dans laquelle le corps se perd et se retrouve. Comme les saints ermites représentés par les artistes de la Renaissance, elle est un point dans l'immensité de la Création ; exaltation et mélancolie.  De face puis de profil, l'escabaut devient compas de proportion pour relier le corps et le monde. Quelques autres accessoires suffisent à suggérer le sentiment de la mort et de l'éphémère : la chaussette à tête de mort, trouvaille à mi-chemin du gimmick et de l'avertissement sententieux, memento mori à même le corps palpitant ; l'appareil photo, qui grave l'instant qui meurt ; les deux miroirs de la pièce, ébréchés, enrôlés de force dans cette vanité improvisée ; le corps même de la danseuse étendu tout du long, échevelé, rappelant les gisants du gothique tardif, si réalistes et morbides, ou les suppliciés disséqués des artistes de la Renaissance.
Cerise sur le gâteau, ces figures empruntées à la statuaire antique, comme pour prouver avec culot qu'une beauté forte et naïve a encore sa place dans les arts.

♥♥♥♥♥♥ Paris, possible, d' Eléonore Didier, est donné au Point Ephémère en juin et juillet 2007.

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 22:22

En avant-première, un compte rendu que je viens d'écrire pour le prochain numéro de l'excellente Polia, la revue de l'art des jardins :

 

Comme-une-danse.jpg



Les Carnets du paysage, 13-14 (automne 2006-hiver 2007), Actes Sud / École nationale supérieure du paysage, 377 p., illustrations en noir et blanc et en couleurs, un DVD, 30 €.

Avec ce double numéro, les Carnets du paysage restent fidèles à leur réputation de défricheurs de contrées inconnues ou peu fréquentées. Il s’agit ici de paysage et de mouvement et, plus particulièrement, de la place du corps vivant dans le paysage : comment la nature, le paysage inspirent ou déterminent ses mouvements, bref, les chorégraphient.

Par petites touches foisonnantes, incluant la danse sinusoïdale du lombric à travers les saisons (Gabriel Chauvel), les exercices de voltige du randonneur épicurien sur tuf, tourbe et dunes (Marc Rumelhart), le ballet des brebis passant un ravin (étonnants dessins du berger André Leroy), une boulographie improvisée par des joueurs de pétanque chalonnais (performance de Richard Conte sur DVD), cette dernière livraison laisse ressortir plusieurs impressions. D’abord, l’évolution considérable du paysage contemporain par rapport au paysage de la Renaissance et à la cartographie classique, fixistes, ignorant le travail du temps, plaçant d’emblée le corps en position de spectateur, extérieure au paysage. En faisant de Versailles une scène permanente, en chorégraphiant lui-même la visite de ses jardins (Hervé Brunon), Louis XIV poussa sans doute le contrôle de la nature et des corps à l’extrême. Au cours du XXe siècle, l’art moderne a multiplié les expériences pour sortir de ce fixisme. Dans les années 1910, Adolphe Appia, fervent admirateur de Wagner, rompit avec le décor de scène illusionniste (Anne Boissière) ; dans les années 1950-1960, Anna Halprin poussa les danseurs à s’aventurer au dehors, à travers bois et villes, un peu comme les impressionnistes près d’un siècle plus tôt, privilégiant la création collective, l’improvisation, laissant une part d’initiative au danseur.

L’exemple de la danse contemporaine semble influencer les paysagistes au point que les deux disciplines, chorégraphie et, si l’on peut dire, chorographie, semblent aujourd’hui extrêmement proches dans leur approche et leurs préoccupations. Toutes deux admettent pour principal fondement la perception de l’environnement, du sol et de la gravité en particulier (Emmanuelle Huynh). En créant des passages obligés, de douces contraintes pour le corps comme le sculpteur George Trakas (Catherine Grout), le paysagiste est éminemment chorégraphe. À la suite des chorégraphes, les paysagistes ont aussi tenté d’élaborer, dans les années 1950-1960, une notation du mouvement : tandis que Philippe Thiel essayait de noter l’expérience paysagère, Lawrence Halprin proposait sa motation, système permettant en outre de prévoir et d’induire les mouvements des personnes (Frédéric Pousin, Gilles A. Tiberghien). Les efforts des paysagistes actuels pour concevoir leurs créations à travers le temps (Michel Desvigne), pour déférer à l’histoire d’un paysage et refuser la tentation de la table rase (Gianni Burattoni et Jacques Leenhardt), pour se laisser aller au ressenti, au hasard (Élisabeth Ferron et Olivier Marty), forment encore d’autres points communs avec les chorégraphes contemporains.

Paradoxalement, si la danse moderne et contemporaine a en quelque sorte montré aux paysagistes la voie du mouvement, elle-même n’est pas encore parvenue à se libérer des contraintes de la scène. Peut-être n’est-ce pas un hasard si les chorégraphes sont si peu présents dans ce numéro. Aujourd’hui, la danse en extérieur reste du domaine de l’expérience et de l’exception. Hervé Brunon donne l’exemple de la compagnie Ixkizit, mais on pourrait en citer bien d’autres, comme le festival de Chamarande ou le projet américain Bodycartography. Un état des lieux de la danse en extérieur serait le bienvenu.

Cette livraison des Carnets n’évite pas les aléas du genre : des essais parfois vains, voire prétentieux ; mais l’ensemble est suggestif et stimulant.anti_bug_f

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 23:49
Lapsus, de labor en latin : glissement, chute au sens propre, erreur au figuré. La nouvelle chorégraphie de Maria Donata d'Urso colle hélas à tous les sens du terme.

Lapsus est une miniature délicate enserrée dans un épais anneau de deux mètres de circonférence, disposé au centre de la scène. Un joli concept : un corps nu, en l'occurrence celui de la chorégraphe, une lumière qui le détaille en tranches singulières, étranges, inédites, de dos ou de profil. Quelques belles images, peut-être pas celles que la chorégraphe imaginait : sein s'étirant en doux triangle, cage thoracique emphatique quand le ventre se creuse, façon coquillage.
Malheureusement, le concept du spectacle, déjà exploité dans Collection particulière et fortement influencé par le travail de Laurent Goldring, est ici usé jusqu'à la corde, jusqu'à la sécheresse, laborieusement, en figures du reste plutôt hasardées, parfois approximatives.

Lovée dans son cercle, Maria Donata d'Urso marque toutes les heures de ce cadran sans chiffres, comme pour rappeler mal à propos que le temps s'écoule trop lentement à notre goût. Tout ceci tient purement de l'exercice de style : belle apparence, peu de fonds. On balance entre la publicité pour parfum, par l'esthétisme froid, excessivement épuré, et le spectacle de foire, par l'épate illusionniste. La contrainte, c'est bien connu, est le moteur de toute création. Mais ici Maria Donata d'Urso se contraint trop et se condamne à l'impasse : après l'horizontale et le cercle, le triangle ou le carré ? Ma déception est à la mesure de mon attente.

♥♥♥♥♥♥ Lapsus, de Maria Donata d'Urso, est donné à Montreuil du 24 au 26 mai 2007 dans le cadre des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis. On peut voir des photos du spectacle sur Cit'en scènes et sur le site de Raphaël Pierre.
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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 22:42
En hors d'oeuvre de Two Playful Pink, une partie de Pong à raquettes roses, partagée entre deux postes de télé.

Le premier tableau commence et l'on n'en mène pas large. Avec leurs gueules de déterrées, un tantinet aliénées, les deux jeunes femmes qui habitent ce huis clos n'ont pas vraiment l'air du genre épanoui. Signatures compulsives, tics exclamatifs, dentier figé, trémolos de bras et de cuisses, sauts de grenouilles main entre les pattes sur Ligeti pathétique, elles ont même l'air carrément atteintes. Et vas-y que je te tire les yeux et la bouche, vas-y que je te tords les cheveux ! Vingt ans après Anne Teresa de Keersmaeker, les naughty girls des années 2000 tournent sévèrement inquiétantes... Univers concentrationnaire ? asile psychiatrique ? Mais où nous emmène donc Yasmeen Godder la maigrelette ?

Les choses s'éclaircissent au deuxième tableau. Musique pop, ambiance boîte de nuit, les donzelles se dérident un peu, souvent camarades, parfois amoureuses, parfois rivales, à la vie à la mort. Entre chaque tableau, elles se changent, s'épongent et se désaltèrent au coin du ring, imperturbables, prêtes pour le prochain round. Au troisième tableau, c'est évident : elles sont gravement amoureuses - mais toujours insidieusement parodiques, inquiétamment séductrices. Le match finit en enlacements et tours de piste légers - jupe entre les dents.

Vocabulaire riche et inventif, suspense ménagé... voilà une pièce parfaite.

♥♥♥♥♥♥ Two Playful Pink (2003), de Yasmeen Godder, a été donné au Blanc-Mesnil les 22 et 23 mai 2007 dans le cadre des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis.

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 14:59

Cette soirée n'a pas la même évidence que la Soirée Steve Reich. Bartok, Beethoven et Schönberg s'y succèdent et trois chorégraphies données dans l'ordre de leur création, glissant vers toujours plus de romantisme, la troisième formant comme une synthèse formelle des deux premières.


Cela commence par le Quatuor n° 4 (1986) de Bela Bartok. Anne Teresa de Keersmaeker s'empare du mythe de la collégienne. Quatre écolières en uniforme bleu marine et queue de cheval bravache entament une danse de petite fille, glissant peu à peu vers une danse plus femme au fur et à mesure qu'elle s'accélère, imperceptiblement martiale ou guerrière quand leurs chaussures claquent contre la scène. Elles sont vénéneuses et insolentes, déterminées, savent pertinemment que les choses se passent sous leur jupe. Du gibier pour Balthus ou Bellmer, des Lilith en puissance qui exhibent leur culotte blanche. Au 3e mouvement, elles quittent leur jupe. Sous la jupe, l'âme ; incertaine. Mais tout revient, avec les jupes, au quatrième mouvement.


Avec la Grande fugue (1992) de Beethoven, six hommes et deux femmes, tous en costume noir et chemise blanche. Pièce d'énergie qui serait de la danse classique sans la coupe des pointes, les chutes anéantisssant les envols, les roulades à terre. Spirales, moulinets emphatiques, excès des gestes et des élans proprement romantiques. Tours de piste keersmaekeriens.


Après 50 minutes de représentation, 20 minutes d'entracte avant la Nuit transfigurée (1995) de Schönberg. Anne Teresa de Keersmaeker aurait hésité, dixit le Monde, à recréer cette pièce. On le comprend, et l'on s'étonne qu'elle ait pu commettre cette faute de goût. Décor et atmosphère qu'on pourrait lire comme un hommage à Delvaux : nuit de pleine lune, hommes de dos énigmatiques, femmes mystérieuses. Jusqu'ici tout va bien. Pour le reste, c'est comme si Anne Teresa de Keersmaeker, en compétition avec Pina Bausch pour un gros marché, l'avait emporté de justesse en ajoutant aux prestations de sa rivale un tombereau de banalité et de mièvrerie : ces rayons de pétales filtrant à travers de hauts fûts nus, ces gestes ampoulés sortis du pire ballet romantique, frisant souvent le ridicule, particulièrement chez les hommes, et surtout ces duos sans âme... Le duo amoureux est sans doute la figure la plus minée de la danse. Il ne faudrait pas s'y aventurer sans avoir de solides idées à exprimer sur le sujet. Gallotta l'a brillamment traité. Anne Teresa de Keersmaeker s'en révèle incapable ; ses duos sonnent aussi creux que faux. Du coup, la pièce tire en longueur à travers son vide existentiel et ennuie terriblement.


Conclusions :

  • Anne Teresa de Keersmaeker devrait renoncer définitivement au romantisme et chorégraphier le Pierrot lunaire.
  • Soirée nocturne : scène noire, musiciens en noir, costumes noirs ou bleu nuit dans les deux premières pièces, scène de nuit dans la dernière. Les deux soirées présentées par Anne Teresa de Keersmaeker au Théâtre de la ville mettent en avant le dépouillement, le blanc et le noir.
  • Le dépouillement proprement dit est un fil d'Ariane discret et polymorphe de l'oeuvre d'Anne Teresa de Keersmaeker. Dans le Quatuor n° 4, les danseuses ôtent leur jupe puis la remettent. Dans la Grande Fugue, les danseurs ôtent leur veste. Dans ce dernier cas, le prétexte est l'échauffement de la danse, un peu comme dans Once, où il menait à une sorte de strip-tease inattendu, fragile et intimiste ; comme aussi, d'une manière bien différente encore, dans Small Hands.
  • Chez Anne Teresa de Keersmaeker, les corps se touchent peu, et lorsqu'ils le font, la chorégraphe se met en grand péril.
  • La femme keersmaekerienne restera toujours une naughty girl en godillots, et c'est bien ainsi.


♥♥♥♥♥♥ La Soirée répertoire (Repertory Evening) d'Anne Teresa de Keersmaeker est donnée au Théâtre de la ville du 9 au 13 mai 2007 avec le concours du Duke Quartet. Un enregistrement de Quatuor n° 4 existe sur le DVD Hoppla ! (2007), disponible chez certains libraires en ligne ou sur le site de la compagnie Rosas.

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Articles Récents

Festivals & cies

Quelques festivals...


Hiver


Artdanthé (Vanves, entre novembre et mars)
Faits d'Hiver (Île-de-France, janvier)
Tanztage Berlin (janvier)
SzólóDuó Tánc Nemzetközi Fesztivál (Budapest)
Escena contemporanea (Madrid, janvier-février)
Vivat la danse ! (Armentières, février)
Tanzplattform (février, Allemagne)  
DañsFabrik (Brest, février-mars)
Les Hivernales d'Avignon (Avignon, février-mars)
Tanz Bremen (Brème, mars)
Les Repérages (Lille, mars)
Biennale nationale de danse du Val-de-Marne (mars-avril)

Printemps


Biennale de danse de Charleroi (mars-mai)
Freedance
(Dniepropetrovsk, Ukraine, avril)
Brasil Move Berlim (Berlin, avril)

Springdance (Utrecht, avril)
La danse de tous les sens (Falaise, mai)

Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis (Île-de-France, mai-juin)

Festival TransAmériques (Montréal, mai-juin)
Tanec Praha
(Prague, juin)
Dance Week Festival (Zagreb, juin)
Uzès Danse
(Uzès, juin)
Latitudes contemporaines (Lille, juin)
Alkantara festival (juin)
Zawirowania (Varsovie, juin)

Eté


Festival de Marseille (juin-juillet)

Montpellier danse (Montpellier, juin-juillet)
Festival d'Avignon (Avignon, juillet)
L'Eté des Hivernales (Avignon, juillet)
ImPulsTanz (Vienne, juillet-août)
Paris quartier d'été (Paris, juillet-août)
Internationale Tanzmesse nrw (Düsseldorf, août)
Tanz im August (Berlin, août-septembre)

Automne


Biennale de la danse (Lyon, septembre)

Le Temps d'aimer (Biarritz, septembre)
Plastique Danse Flore (Versailles, septembre)
Dansem (Marseille, septembre-octobre)
Sidance (Séoul, septembre-octobre)
iDans (Istanbul, septembre-octobre)

Ciało/Umysł (Varsovie, septembre-octobre)
Festival d'Automne (Paris, septembre-décembre)
Les Eclats chorégraphiques (Poitou-Charentes, octobre)
Tanzhautnah (Cologne, octobre)
123Tanz (Hall, Autriche, octobre)
Tanztendenzen (Greifswald, octobre)
Bøf (Budapest, octobre)
Panorama de dança (Rio de Janeiro, octobre-novembre)
Dance (Munich, octobre-novembre)
Fest mit Pina (Allemagne, novembre)
Euro Scene Leipzig (novembre)
Les Inaccoutumés (Paris, novembre-décembre)
Decemberdance (Bruges, décembre)

Dates variables


DatanzDa (Zürich)
Les Grandes traversées (Bordeaux)
Ikonoclaste (Wuppertal)
Junge hunde (Kanonhallen, Danemark)



... & compagnies


cie l'Abrupt (Alban Richard) VID
Absolutamente (Jesus Sevari)
AIME (Julie Nioche)
Aitana Cordero VID
Alias (Guilherme Botelho)
Ann Liv Young DVD
Anna Halprin
Ann van den Broek VID
cie Ariadone (Carlotta Ikeda) VID
Arthur Kuggeleyn + Co.
As Palavras (Claudio Bernardo) VID
Association Achles (David Wampach) VID
Association Edna
(Boris Charmatz)
cie Caterina Sagna VID
cie Cave canem (Philippes Combes) VID
cie Christine Le Berre
cie C.Loy (Cécile Loyer) VID
Corps indice (Isabelle Choinière) VID
cie Dans.Kias (Saskia Hölbling) DVD
cie DCA (Philippe Decouflé) VID
Deja donne
(Lenka Flory et Simone Sandroni) VID
Digital Video Dance Art (Iker Gómez) VID
Dorky Park (Constanza Macras) VID
Editta Braun Company VID
Erna Omarsdottir VID
cie Felix Ruckert
Les Gens d'Uterpan (Annie Vigier/Franck Apertet)
cie Gilles Jobin DVD VID
cie Greffe (Cindy van Acker)
Groupe Noces (Florence Bernad) VID
Hors Commerce (Hélène Cathala) VID
cie Isabelle Schad
Jeremy Wade
cie Jocelyne Danchik VID
cie Jours tranquilles (Fabrice Gorgerat)
cie Kataline Patkaï
Katharina Vogel VID
Kekäläinen & Company
cie Krisztina de Châtel DVD
Kwaad bloed vzw
(Charlotte vanden Eynde & Ugo Dehaes)
L1 danceLab (collectif hongrois)
La BaZooKa VID
La Ribot DVD
La Ventura et cie (Anna Ventura) VID
La Zampa (Magali Milian-Romuald Luydlin) VID -> photos
cie L'Explose (Tino Fernández)

cie Li-Luo (Camille Mutel) VID
Liquid Loft (Chris Haring) VID
Marcela Levi VID
cie Marie Chouinard
VID
Márta Ladjánszki VID
Mette Ingvartsen VID
MHKArt (Meryt-Halda Khan) VID
Michèle Noiret VID
Mossoux-Bonté DVD VID
Niko Raes VID
Olga Pona VID
cie Pal Frenak
Perrine Valli
Pé Vermeersch VID
cie Philippe Saire
cie Post-Retroguardia (Paco Dècina)
Quasi Stellar (Apostolia Papadamaki)
Re.al (João Fiadeiro) VID
Real dance Super Sentai (Ines Birkhan & Bertram Dhellemmes)
cie Rosalind Crisp
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Rosas (A. T. de Keersmaeker) DVD
RoseAnne Spradlin Dance
Sinequanon VID
Sol Picó
Superamas VID
cie Thor (Thierry Smits) VID
cie Toufik OI VID
Troubleyn
(Jan Fabre)
Ultima vez (Wim Vandekeybus) DVD VID
United-C (M. van der Put / P. Roelants) VID
Virginie Brunelle

Viviana Moin
XLproduction (Maria Clara Villa-Lobos) VID
Yasmeen Godder VID
Yves-Noël Genod

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