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Maguy Marin, Ha ! Ha ! : fini de rire ?

Ha ! Ha ! est un coup de gueule : dans cette pièce théâtrale, créée pour l'inauguration du centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, Maguy Marin entend dénoncer les rieurs faciles, ceux qui veulent rire de tout et s'ennuient des choses graves. De ceux-là, dit-elle, le rire tue. Ceux-là, ce seraient vous et moi, tous ceux qui vivent dans une autosatisfaction ignorante et béate, une médiocrité confortable. Pour ma part, j'ai la faiblesse naïve de ne pas me reconnaître en eux. Je confesse un certain confort matériel ; mais je n'ai jamais ri des malheureux, et j'ai un certain respect de la culture, que je tiens pour une nourriture et un moyen d'échange entre les hommes. Dès lors, je ne me sens guère concerné par cette diatribe, à laquelle je ne peux du reste que souscrire : oui, rire des malheureux, des opprimés, des victimes, ce n'est pas drôle, et à la fin cela peut leur porter tort ; certes !

Hélas, le discours de Maguy Marin recèle d'autre part une lourde ambiguïté ; car il laisse croire qu'elle fait aussi le procès du rire. Or, personne n'a mieux pourchassé le rire que les dictatures et les églises. Le rire, en effet, n'est pas que l'expression de cette vacuité morale que Maguy Marin cloue au pilori ; c'est aussi un redoutable instrument de critique et de lucidité.

Le rire n'est pas qu'aux mains des puissants et des bien portants ; il appartient aussi aux petits et aux faibles. Je suis d'accord avec Maguy Marin que le propre du rire est d'agir par la destruction ; mais il est des destructions salutaires. Je ne rougirai jamais de rire en compagnie de Rabelais ou de Molière, grands pourfendeurs d'ignorance, de faux-semblants et d'injustices.

Déception donc, devant ce brûlot maladroit.

Ha ! Ha !, de Maguy Marin, est donné aux Abbesses du 4 au 6 mars 2008.
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G
Je comprends bien ce qui t'indigne. Le tableau n'est pas gai. Encore que je ne sois pas persuadé qu'il y ait sur ce sujet décadence. La connerie a toujours eu de beaux jours devant elle, le petomane de la belle époque n'est pas pas mort. Mais quel rire est con, quel rire ne l'est pas ? A être franc je ne trouve pas plus fins que Bigeard beaucoup de nos chorégraphes lorsqu'ils se mêlent de vouloir nous faire rire. Et denoncer le public, est ce bien productif ( sachant, comme le remarque Jérome, que Maguy Marin ne s'adresse pas vraiment au public qu'elle dénonce)? Est ce productif pour un artiste de "faire la leçon" au public.
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L
Avez-vous une seule fois regardé la télévision entre 18h et 22h? Êtes-vous allé à la FNAC observer le tableau des spectacles à venir dans votre ville? N'avez-vous donc rien remarqué? Les humoristes sont partout! Et que pensez des soirées entre amis où la moindre pensée un peu abouti est balayée d'un revers de main : "on ne va pas se prendre la tête"! Et encore, on oublie les petites annonces sur Meetic où cette expression fait flores pour appâter la princesse charmante (car, bizarrement, cette expression est souvent prononcée par des hommes). Le divertissement (celui qui empêche toute pensée, tout débat, tout questionnement sur le système) est partout. Il s'immisce même (et surtout) dans le politique. Maguy Marin ne parle pas de Déproges mais bien de tous ces humoristes qui squattent la sphère publique et qui participent à la décadence de notre pays, symbolisée par la vulgarité de Sarkozy. Je pense comme Maguy Marin: ces humoristes à deux balles polluent les écrans et le festival "off" d'Avignon. Ce sont des fascistes en puissance. Je ne remercierais jamais assez Marin de dénoncer la complicité du public dans ce processus. Et cela n’a rien à voir avec le clivage droite / gauche. Le rire con et gras est partout. C'est fou ce que Desproges nous manque.
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J
Bonjour Guy,Son intention clairement exprimée (en dehors de la pièce) était de dénoncer ces spectateurs qui pensent qu'un spectacle n'est qu'un pur divertissement, ceux qui se repaissent des comiques à deux sous et de la télé Ruquier. Le problème, comme toujours dans ce genre de dénonciation (voir Rodrigo Garcia), c'est que le public à qui elle s'adresse n'est pas celui qu'elle veut morigéner. Soyons lucides : le client de Bigard ne va pas voir Maguy Marin... Résultat, le public de Ha ! Ha ! se sent conforté dans sa certitude d'être du bon côté, et que le peuple mal éduqué se trouve de l'autre. Un peu facile !Là où il y a maladresse, c'est que, parmi les petites phrases que Maguy Marin fustige, il y a par exemple : "on a bien le droit de se marrer". Eh bien oui, a-t-on envie de lui dire, j'espère qu'on a encore ce droit, sinon nous entrons dans le domaine sinistre des utopies totalitaires.Le 5 mars encore, le spectacle a été mi-acclamé, mi-hué. Grosso modo, d'après ce que j'ai lu dans la presse (le peu de presse) et d'après des réactions diverses vues ici et là, les gens de gauche applaudissent et les gens de droite crient - souvent sur le mode un peu benêt de "ce n'est pas de la danse" (bien vu !). "M.-C.V." (sic), dans Libé, se montre de gauche, mais conclut par un "sans commentaire" par lequel elle s'autorise à ne pas faire son boulot de journaliste... Il y aurait pourtant bien des commentaires à faire, et c'est à se demander, tant ils sont rares, si la société n'est pas tout à fait anesthésiée. J'espère que nous aurons l'occasion de ferrailler avec Pascal (Le Tadorne) qui, lui, a encensé Ha ! Ha ! il y a un an (http://www.festivalier.net/article-5850700-6.html)
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G
Drôle d'idée que de s'attaquer au rire. Où cela peut il mêner ? Que le rire puisse être l'expression d'une révolte contre l'injustice, à l'imitation du rire de Chaplin ou de Lubitch contre Hitler, c'est évident. Alors faut il pour autant distinguer un "bon" rire d'un "mauvais" rire, ce dernier à stigmatiser? Cela m'inquiète. POurquoi ne pas être plus inquiet des intentons de artistes que des intentions des gouvernements? Quelles sont les intentions de Maguy Marin ? 
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