Il devient urgent de se mettre au portugais. C'est non seulement une belle langue, mais une langue en prise avec la vie culturelle contemporaine.
Après
Idança, après
O Melhor Anjo, voici
Obscena. Ce mensuel pourrait devenir le
Mouvement du Portugal, à cette différence près qu'il est diffusé pour l'heure gratuitement, au format Pdf. Le premier numéro, qui fait 98 pages en couleurs, a paru comme prévu le 31 janvier.
Son éditorial plaide pour animer le débat public : "muitos queixam-se da falta de debate público mas contribuem para esse marasmo com inércia e silêncio" (
beaucoup se plaignent du manque de débat public mais contribuent à ce marasme par leur inertie et leur silence). L'éditeur d'
Obscena, Tiago Bartolomeu Costa, en sait quelque chose, puisqu'il est aussi l'auteur de l'admirable blog
O Melhor Anjo.
La revue se veut indépendante et veut agir de suite, en paraissant sur Internet, plutôt que d'attendre les hypothétiques financements d'une version papier. Elle veut aussi donner une place d'honneur à la critique, au jugement et à la réflexion. Comme les meilleurs revues françaises du domaine,
Mouvement et
Cassandre, Obscena s'engage pour la culture et interpelle les politiques publiques.
Obscena est une porte ouverte sur le spectacle vivant au Portugal, en rendant compte des dernières productions en tournée dans le pays, mais aussi sur des figures phares de l'étranger : dans ce numéro, un article sur le désormais célèbre Pavillon noir d'Angelin Preljocaj, puis un long interview d'Helena Waldmann autour de sa désormais célèbre pièce
Letters from Tentland (2005) qui, à coups de tentes métaphoriques, dénonçait la condition de la femme en Iran. La revue propose encore des comptes rendus de DVD (dont le
magnifique coffret produit par Wim Vandekeybus) et de livres, un cahier de photographies (l'Hôtel des Artistes de Lisbonne, photographié par Abílio Leitão), ainsi que des articles de réflexion sur le spectacle vivant : Kalina Stefanova, par exemple, se demande si "La critique théâtrale peut être post-dramatique".
Assurément, ce coup d'essai est un coup de maître.