Gilles Jobin, Double deux D'abord, la soupe primordiale. De folles particules parcourues de pulsations étranges, s'agitant chaotiquement, selon une organisation si parfaite et si complexe qu'elle dépasse l'entendement humain. C'est à peine si l'on y remarque des récurrences, des mouvements et des figures qui semblent se transmettre par ondes. Puis les particules s'apparient furtivement, mâle avec femelle. Que sont-elles ? Des gestes violents et cruels nous avertissent bientôt que ce sont des hommes. Et la chose devient évidente lorsque les paires se figent en couples, formant avec solennité des poses de kamasutra. L'engendrement fini, les couples se dissolvent et retournent à leur vie de particules. Il ne sera rien dit des vies nouvelles qu'elles ont données, seulement de la mort qui les attend. Toujours plus ralenties, comme épuisées, elles n'ont plus l'énergie de s'arracher les unes aux autres, une force invincible les rappelle à l'unité primitive. Tandis qu'elles s'agglutinent en une pétrification informe, leur dernier effort sera pour exprimer, en tordant leurs visages béants, des cris sans voix.
On retrouve, dans cette courte pièce de Gilles Jobin, beaucoup d'éléments familiers au chorégraphe : la violence humaine, manifestée par des corps traînés à terre ; la représentation stylisée, presque monumentale, des actions humaines, comme la violence et la sexualité ; un goût du dépouillement et de la simplicité scénique.
Voici une pièce sans effets, qui traite avec simplicité du principe de la vie, qui est aussi celui du mouvement. Et qui, pour ces raisons, touche.
♥♥♥♥♥♥ Double deux
de Gilles Jobin a été donné au Théâtre de la ville du 7 au 11 février 2007. Rappelons que les DVD de Braindance (2000), The Moebius Strip (2001), Steak House (2005) et maintenant de Double deux, capté au théâtre de l'Arsenic (2006), sont disponibles sur le site de la compagnie Parano fondation au prix unitaire de 20 euros.