"Flamboyant" selon Rosita (
Le Monde), "glamour" pour
Télérama, "cinglant et drôle"
dixit Libé, "explosif et déjanté" assure
Le Figaro, "soutenu par Sasha Waltz" qui plus est, j'espérais mieux de ce
Péplum.Je dois vous expliquer que nous avons été grandement amoureux, l'Antiquité et moi, quand j'étais adolescent. J'ai dévoré Homère et Ovide, suivi les mauvais garçons du
Satiricon, vibré aux amours de Daphnis et Chloé, tremblé pour l'Âne d'or d'Apulée, crié avec Juvénal contre les vices des Romains. Je suis un Gallo-Romain, un barbare touché par la Grèce. Rome m'écrase : le Colisée comme un crâne dévorant, la Domus Aurea comme un bunker enfoui, le Panthéon comme le point focal de l'univers.
Nasser Martin-Gousset, lui, n'a pas craint d'être écrasé puisque, accueillant sur ses épaules tout le poids de Rome, il lui a surajouté celui du péplum américain.
Péplum est une évocation-éloge de la
Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz (1963), qui conte les amours tragiques de Cléopâtre (Liz Taylor) et de Marc Antoine (Richard Burton). Des extraits du film et d'épisodes du tournage, projetés sur un mur, servent de fil conducteur à la pièce. On peut dire qu'ils occupent l'essentiel de la place, et que l'on finit par assister plutôt à une projection qu'à un spectacle de danse.
La pièce de Nasser Martin-Gousset est sans doute pleine de clins d'oeil au film que je n'ai pas reconnus, n'ayant pas de souvenir précis de
Cléopâtre. De Rome, le chorégraphe n'a retenu que son caractère dissolu : un empereur cynique et débauché, des Romains mols et lascifs qui, engagés un temps dans une marche militaire, n'en tiennent pas longtemps le ryhtme et retombent vite avachis. Ambiance boîte de nuit disco sur fonds d'
I Feel Love de Donna Summer.
Il y a de bonnes idées dans
Péplum : un groupe de trois musiciens rock rythmant efficacement la pièce, le décor, sorte de raccourci saisissant de Rome : un haut mur inébranlable, l'escalier de l'Assassinat, le garde prétorien inflexible (ou presque) ; une ouverture saisissante en ce qu'elle semble faite pour coller aux élections présidentielles : "would you trust that man", demande l'un des acteurs de
Cléopâtre (ou quelque chose comme cela, je n'ai pas retenu les paroles exactes), feriez-vous confiance à cet homme ? En même temps, un Néron bedonnant, belle réincarnation de Peter Ustinov (
Quo vadis, 1951) titube devant un mur couvert d'affichettes à son effigie, pour aller tâter le slip du militaire impassible. Et puis tout à la fin, en épilogue, quelques répliques italiennes extraites du merveilleux
Satiricon de Fellini.
Tout cela est joli, n'a rien d'excessivement déjanté, mais souffre de quelques longueurs-langueurs, et surtout ne dit pas grand chose - et reste en tout cas très en-deça et de l'histoire, et du péplum. L'enthousiasme unanime de la presse me laisse pour le moins perplexe.
♥♥♥♥♥♥ Péplum,
de Nasser Martin-Gousset, a été donné au Théâtre de la ville du 3 au 6 avril 2007.