On peut faire du théâtre ou de la danse dans l'espace d'un F4 parisien : la preuve par le
Proscenium.
La pièce s'intitule aussi
Kao-Kagami, kao voulant dire visage et
kagami miroir. Sur fond de musique concrète puis de violoncelle (très belles compositions d'André Serre-Milan), elle met en scène trois femmes plongées dans le noir, éclaboussées de pixels psychédéliques façon Akira (le clin d'oeil à Hiroshima ?), la violence en moins.
Longtemps, enfermées dans leur tunique tube et leur chapeau cloche, on ne saura si ce sont femmes, ectoplasmes ou génies de la nature. Et puis, soudain, plus de doute possible, elles s'ouvrent : elles disent "Bonjour Madame", et l'une "Mignonne, allons voir si la rose..." Elle sont timides, s'enhardissent malgré elles, quittent leur tube. Elles demeurent étranges au public et à elles-mêmes, se découvrent un sexe, étonnées. Comme dans les
Aphorismes géométriques de Michel Kelemenis, une suite de solos décline alors l'étrangeté de la femme ; comme si, les siècles de l'homme étant passés, il était temps pour elle et pour l'humanité de se demander ce qu'elle est.
Ici, ces femmes sont aussi les intercesseurs pacifiques d'une rencontre de l'Orient et de l'Occident ; c'est un des attraits de la pièce. Les comédiennes-danseuses sont européennes ; la chorégraphe, grimée en coryphée butô, lie dans l'ombre leurs corps et le temps. Leurs mouvements sont butô, elles ont le pas menu de l'asiatique honnête ; elles parlent en français. Elles ont de fulgurantes expressions, yeux révulsés, blancs d'oeil à la japonaise ; elles éjaculent leurs grimaces à la manière des diables romans. Leur costume-prison est japonais ; leurs dessous sont occidentaux.
Merci à notre ami d'
Un soir ou un autre de m'avoir entraîné au Proscenium, il n'a pas son pareil pour dénicher des spectacles de qualité en dehors des "grandes" productions encensées par la presse.
♥♥♥♥♥♥ Kao-Chaos
de Yumi Fujitani a été recréé au Proscenium du 10 au 14 avril 2007.