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Cette soirée n'a pas la même évidence que la Soirée Steve Reich. Bartok, Beethoven et Schönberg s'y succèdent et trois chorégraphies données dans l'ordre de leur création, glissant vers toujours plus de romantisme, la troisième formant comme une synthèse formelle des deux premières.
Cela commence par le Quatuor n° 4 (1986) de Bela Bartok. Anne Teresa de Keersmaeker s'empare du mythe de la collégienne. Quatre écolières en uniforme bleu marine et queue de cheval bravache entament une danse de petite fille, glissant peu à peu vers une danse plus femme au fur et à mesure qu'elle s'accélère, imperceptiblement martiale ou guerrière quand leurs chaussures claquent contre la scène. Elles sont vénéneuses et insolentes, déterminées, savent pertinemment que les choses se passent sous leur jupe. Du gibier pour Balthus ou Bellmer, des Lilith en puissance qui exhibent leur culotte blanche. Au 3e mouvement, elles quittent leur jupe. Sous la jupe, l'âme ; incertaine. Mais tout revient, avec les jupes, au quatrième mouvement.
Avec la Grande fugue (1992) de Beethoven, six hommes et deux femmes, tous en costume noir et chemise blanche. Pièce d'énergie qui serait de la danse classique sans la coupe des pointes, les chutes anéantisssant les envols, les roulades à terre. Spirales, moulinets emphatiques, excès des gestes et des élans proprement romantiques. Tours de piste keersmaekeriens.
Après 50 minutes de représentation, 20 minutes d'entracte avant la Nuit transfigurée (1995) de Schönberg. Anne Teresa de Keersmaeker aurait hésité, dixit le Monde, à recréer cette pièce. On le comprend, et l'on s'étonne qu'elle ait pu commettre cette faute de goût. Décor et atmosphère qu'on pourrait lire comme un hommage à Delvaux : nuit de pleine lune, hommes de dos énigmatiques, femmes mystérieuses. Jusqu'ici tout va bien. Pour le reste, c'est comme si Anne Teresa de Keersmaeker, en compétition avec Pina Bausch pour un gros marché, l'avait emporté de justesse en ajoutant aux prestations de sa rivale un tombereau de banalité et de mièvrerie : ces rayons de pétales filtrant à travers de hauts fûts nus, ces gestes ampoulés sortis du pire ballet romantique, frisant souvent le ridicule, particulièrement chez les hommes, et surtout ces duos sans âme... Le duo amoureux est sans doute la figure la plus minée de la danse. Il ne faudrait pas s'y aventurer sans avoir de solides idées à exprimer sur le sujet. Gallotta l'a brillamment traité. Anne Teresa de Keersmaeker s'en révèle incapable ; ses duos sonnent aussi creux que faux. Du coup, la pièce tire en longueur à travers son vide existentiel et ennuie terriblement.
Conclusions :
♥♥♥♥♥♥ La Soirée répertoire (Repertory Evening) d'Anne Teresa de Keersmaeker est donnée au Théâtre de la ville du 9 au 13 mai 2007 avec le concours du Duke Quartet. Un enregistrement de Quatuor n° 4 existe sur le DVD Hoppla ! (2007), disponible chez certains libraires en ligne ou sur le site de la compagnie Rosas.
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