Les "Danseuses" de la villa dei Papiri, à Herculanum
(Naples, museo archeologico nazionale)
Quand le spectateur pénètre dans la salle, les cinq danseuses indiennes, dont la chorégraphe, s'affairent déjà. Elles tournent le dos au public, comme si elles faisaient des exercices à la barre. Dos tourné aussi à la danse indienne. Calmement, de pose en pose, ces figures sans visage déclinent sous nos yeux tout le vocabulaire de la chorégraphe, dont les références indiennes auraient presque disparu, n'étaient ces appuis fermes au sol, et ces talons qui parfois le frappent. Puis le spectacle commence réellement, de la plus extrême austérité. Lenteur des mouvements, musique et danse abstraites, visages fermés. Le sommeil me gagne... Et puis miracle, passé l'engourdissement, je me retrouve soudain parfaitement éveillé, calme, indifférent à chercher un sens ou un intérêt à ce que je vois. Le charme opère. Ces cinq danseuses à peau de cuivre me rappellent les cinq "Danseuses" (1) à peau de bronze d'Herculanum ; le ryhtme et la forme de leurs farandoles statiques, soudain vivement éclairées, les vases grecs à fond noir. Je me plais à imaginer que, sans le chercher le moins du monde, Padmini Chettur ait renoué avec un très vieux passé de l'Inde.
♥♥♥♥♥♥ Paperdoll
a été donné aux Abbesses du 24 au 27 octobre 2006.
Quelques photos par Dieter Hartwig ici et par Vincent Jeannot là, et un extrait vidéo sur Impulstanz.
(1) Des guillemets s'imposent, car cette interprétation de ce groupe n'est plus admise aujourd'hui. Dommage ! Les Danseuses de la villa dei Papiri ne seraient que des porteuses d'eau, voire les Danaïdes en personne.