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Des liens vers des images, des photos, des photographies et des vidéos de danse contemporaine, ainsi que des critiques de spectacles - All the links to images, pictures, photos and videos of contemporary dance, as well as performances reviews.

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Relâchement total : Benoît Lachambre, Lugares comunes

Benoît Lachambre, Lugares comunes
(cl. Vincent Jeannot)

« Dans un espace scénique traditionnel, Benoît Lachambre a placé dix de ses collaborateurs pour explorer la question des lieux communs, plus précisément, des conditions de vie en commun. Au-delà de la séparation entre la scène et la salle, les personnages et les spectateurs, Lugares Comunes interroge l'espace de la rencontre. » ("Sortir en famille", sur la Fnac Éveil et jeux).

Confession : avec ma compagne, je devais aller voir Sidi larbi Cherkaoui, qu’elle affectionne, mais Cherkaoui était complet. Une voix suave venue du Théâtre de la ville m’avait téléphoné pour me prier de choisir un autre spectacle. Feuilletant le programme du Théâtre dans l’urgence, je tombe sur Benoît Lachambre, dont je connaissais la notoriété, mais que je n’avais pas encore vu sur scène. Va pour Lachambre. Inquiétante surprise : à réception de mes places, je m’aperçois que nous sommes au premier rang, ce qui n'arrive pas souvent. Le spectacle serait-il pour initiés ?

Benoît Lachambre est une sorte de gourou. On l’a vu auprès de nombre de danseurs et de chorégraphes. Ici, on le retrouve notamment avec Saskia Hölbling, dont on a déjà parlé sur ce blog, et avec laquelle il a déjà travaillé. Au début de Lugares comunes, il dort avec ses camarades, face au public. Son teint pâle, ses orbites creusées lui composent un masque mortuaire. Plus tard, son allure dégingandée et sa perruque folle lui donneront un air de Christ hagard et mal peigné. Assurément, il a de la présence.

Le texte de présentation du spectacle, signé Gérard Mayen, est écrit dans le plus pur style du Théâtre de la ville. (Il n’y a d’ailleurs guère que sa prose à glaner sur Internet. Un seul avis, recopié et multiplié sans critique sur des dizaines de sites, fait autorité sur la pièce. Spectateurs, faites-vous entendre !) D’après Gérard Mayen, donc, Nadia Lauro, auteur (connue) de la mise en espace, a créé « un fantastique lieu hors du commun…, un espace d’une amplitude somptueuse, ouvert, mais aussi fractionné en zones mouvantes, et en niveaux divers », etc. etc. Concrètement, le plateau est nu, noir, le sol simplement couvert de contreplaqué et meublé de fauteuils en plastique noir motorisés, animés depuis les coulisses. Je cherche vainement le hors du commun et l’amplitude somptueuse. On nous parlera vaguement, chuchoté en français, dit en espagnol, des sièges des spectateurs, et l’on supposera qu’il y a quelque rapport entre cela et les sièges mouvants. Sans plus.

Le plus réussi et le plus spectaculaire dans Lugares comunes, c’est la danse, mais il n’y en aura pas assez. C’est une danse individuelle, désossée, une danse caoutchouc, entre attraction et apesanteur, titubante, saoûle, exaltante, singulière, relaxante. Voilà sans doute les release technics dont Lachambre est un promoteur. C’est agréable, aussi bien pour les danseurs, très certainement, que pour le public. Danse cependant artificielle, car un véritable relâchement devrait conduire les danseurs à tomber et à se cogner, au lieu qu’ils se rattrapent très habilement : ils gardent donc l’entier contrôle de leur corps et ne se relâchent en vérité nullement.

À un moment, tout ce petit monde, dix performeurs, se regroupe pour discuter. Chacun se coupe la parole pour ne rien dire, façon groupe de parole d’intellos bobos. C’est amusant, mais archi-rebattu, et paraît bien gratuit. Le spectacle sème quantité de saynètes de ce genre, sans liens précis, généralement moins signifiantes encore.

Langues et races. On parle toutes sortes de langues sur le plateau, français, allemand, espagnol, anglais, des langues improvisées. Comme on ne peut pas connaître toutes les langues, et qu’elles ont tendance à se couvrir et à se chevaucher, elles sont presque incompréhensibles. On est de toutes les couleurs : une noire, une jaune, des blancs bruns, des blancs blonds, des café au lait. Mais tous portent une perruque grise. Souci de faire plaisir à tout le monde, sachant qu’un public contemporain compte statistiquement au moins un hispanophone, un germanophone, etc., un jaune, un noir, un bleu, un vert ? Ou bien d’exprimer que les mots sont inutiles, et que par conséquent ils n’ont pas besoin d’être compris, et qu’aux diverses couleurs de peau, il vaut mieux préférer l’équité triste du gris ?
Une partie de cadavres exquis semble confirmer ce refus de la parole signifiante et du sens. Plus tard, un afficheur à diodes rouges égrène des noms de Miss tout aussi dépourvus de sens. Peut-être est-ce aussi cela, les release technics, se libérer du sens. Au grand risque de tendre vers l’indifférence.

Mais ceci est un problème général des spectacles contemporains : les artistes ont peur du sens évident. À la clarté classique, dans laquelle sans doute il voient de la simplesse, ils préfèrent l’obscurité confuse, en laquelle ils croient trouver de la nuance et de la profondeur. Ils ont tort, car cette confusion rend impossible le dialogue avec le public. Un public qui, pourtant, est aujourd’hui fort ouvert, réceptif et curieux, mais qui ne comprend pas ce refus de lui parler autrement que par énigmes.

Rencontre et lieu commun. J’étais extrêmement près des interprètes, mais jamais je n’ai ressenti de rencontre avec eux. Il n’y a pas eu de dialogue ni de partage. Le lieu de chacun est resté strictement délimité. Le public est demeuré passif, dans son rôle contraint de bétail parqué, attendant la fin du spectacle. Qui fut hué et applaudi.

Le Tadorne est enthousiaste. Je me sens beaucoup plus proche de l'analyse de Danse à Montpellier.

Lugares comunes, de Benoît Lachambre, a été donné au Théâtre de la ville du 14 au 16 février 2007.
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S
Si Gérard Mayen donne dans la phraséologie creuse, c'est à desespérer ! C'est le seul journalise dont j'arrivais encore à lire les articles jusqu'au bout dans "mouvement" sans aspirine.  Enfin ça t'apprendra à lire les feuilles de salle ! Enfin, contrairement à Pascal, plus tu es proche de la scène, moins tu es happé. 
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L
Dix mois d'intervalles séparent nos deux visions. Il y a dans ton article de la défiance envers Lachambre mais aussi envers d'autres acteurs (!). J'en viens à me questionner sur le rôle joué par le Théâtre de la ville dans cette représentation. En effet, la même pièce au  KunstenFestivalDesArts de Bruxelles en mai 2006 a produit une autre atmosphère.
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